Le crissement des freins, le bruit sourd des corps sur l’asphalte brûlant d’Australie-Méridionale. En une seconde, les espoirs de Lotto-Intermarché et de Lennert Van Eetvelt pour le Tour Down Under 2026 se sont évaporés. Plus qu’une simple chute, cet accident relance l’inquiétante série noire du leader belge. Analyse d’un coup dur tactique et d’une fragilité psychologique qui menace déjà une saison à peine commencée.
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Une chute lourde de conséquences : que s’est-il vraiment passé sur la route de Tanunda ?
Le jeudi 22 janvier 2026, à un moment clé de la 2e étape du Tour Down Under, le peloton a connu l’un de ces moments de tension qui redistribue toutes les cartes. Selon les premiers éléments recueillis auprès de l’équipe, Lennert Van Eetvelt (24 ans) et son coéquipier Jonas Rutsch (27 ans) ont été impliqués dans une chute collective à haute vitesse. Les images montrent des dégâts matériels importants et des coureurs couverts d’abrasions, typiques des glissades sur l’asphalte granuleux des routes australiennes. Immédiatement, le protocole d’urgence s’est enclenché : transport à l’hôpital, IRM de l’épaule pour Van Eetvelt, scanners multiples. Si les examens, heureusement, n’ont révélé « aucune fracture ni lésion interne grave » selon le communiqué officiel de Lotto-Intermarché, le verdict sportif, lui, est sans appel. Rutsch est forfait, et Van Eetvelt, contraint de concéder plus de 2 minutes sur le vainqueur Jay Vine (UAE Team Emirates XRG), voit ses rêves de classement général s’envoler. Une question se pose : à l’ère de la science du métier, comment de telles chutes collectives peuvent-elles encore autant impacter une course ?
Entre soulagement et inquiétudes persistantes
« Sérieuses écorchures », « multiples abrasions » : derrière ces termes techniques se cache une réalité douloureuse pour tout coureur. Contrairement à une fracture, dont le délai de consolidation est relativement prévisible, les brûlures profondes par frottement sont un calvaire au quotidien. Chaque mouvement réouvre la plaie, chaque frottement du bandage est une torture, et le sommeil, essentiel à la récupération, devient difficile. L’IRM de l’épaule de Van Eetvelt est un soulagement, écartant le spectre d’une luxation ou d’une fissure de la coiffe des rotateurs – une blessure qui aurait pu signifier plusieurs mois d’absence. Cependant, la décision de participation, reportée au vendredi matin, n’est pas anodine. Elle traduit les doutes du staff médical sur la capacité du coureur à supporter la douleur, mais surtout sur les risques d’infection et d’aggravation des lésions sur trois nouvelles étapes. Se souvenir de la terrible galère de Romain Bardet avec une plaie infectée en 2019 montre à quel point ces blessures « superficielles » peuvent déraper. À votre avis, les équipes prennent-elles encore suffisamment au sérieux la gestion de ce type de traumatismes cutanés ?
Un plan de saison déjà en lambeaux pour Lotto-Intermarché ?
Pour la formation Lotto-Intermarché, ce double abandon (ou quasi-abandon) est une gifle stratégique. Van Eetvelt n’était pas seulement un outsider pour le classement général du Tour Down Under ; il était la pierre angulaire de la campagne australienne de l’équipe, celle qui devait lancer la dynamique de la saison. Sa chute laisse un grand vide. Selon ses statistiques, le Belge affichait une progression constante dans les courses par étapes d’une semaine, avec des top-10 prometteurs en 2025 malgré ses pépins. Le Tour Down Under, première course WorldTour de l’année, était son terrain de confirmation idéal. Sans lui, l’équipe perd son leader désigné et doit repenser sa course en urgence, probablement autour d’un Arnaud De Lie plus attendu sur les boucles d’Adelaïde. Cet incident rappelle cruellement à tous que la planification hivernale la plus précise peut voler en éclats dès le premier choc. Cela pose une question fondamentale : dans le cyclisme moderne, faut-il encore envoyer ses leaders sur des courses d’ouverture aussi nerveuses et risquées ?
La malchance persistante : Van Eetvelt, un talent maudit ?
Il est impossible de dissocier cette nouvelle mésaventure du contexte plus large de la carrière de Lennert Van Eetvelt. Le coureur brabançon a enchaîné, au cours de la saison 2025, une série presque invraisemblable de blessures et de maladies qui ont constamment freiné son élan. À chaque retour, l’espoir renaissait ; à chaque fois, un nouveau coup du sort l’a stoppé. Cette répétition fait désormais partie de son récit. Psychologiquement, le défi est immense. Comment garder confiance lorsque le corps semble vous lâcher au moment précis où vous retrouvez votre meilleur niveau ? L’histoire du cyclisme est pleine de ces talents fragilisés par les blessures à répétition – on pense au Français Thibaut Pinot et à ses multiples déconvenues. Le plus inquiétant pour Van Eetvelt n’est peut-être pas cette chute en elle-même, mais le schéma qu’elle semble perpétuer. Va-t-il pouvoir, enfin, enchaîner plusieurs mois de compétition sans encombre pour exprimer tout son potentiel, lui qui a pourtant montré des qualités de grimpeur hors norme ?
Et maintenant ? Les scénarios pour Van Eetvelt et la leçon à tirer
Le dilemme de ce vendredi matin est cornélien. Prendre le départ de la 3e étape serait un acte de courage, mais potentiellement contre-productif si la douleur limite ses performances ou aggrave ses blessures. L’abandon, aussi frustrant soit-il, pourrait être la décision la plus sage pour envisager une récupération complète et se projeter sur les objectifs suivants, comme le Tour des Émirats ou les classiques ardennaises où son profil excelle. Au-delà du cas individuel, cette chute relance le débat éternel sur la sécurité dans les pelotons de plus en plus nerveux et sur la gestion du risque en début de saison. Pour Lotto-Intermarché, c’est aussi un test de la résilience de son effectif. D’autres devront se montrer à l’image d’un Caleb Ewan, toujours capable de surgir après des périodes difficiles. À quel moment, selon vous, un coureur doit-il mettre son orgueil de côté et privilégier la récupération à la poursuite d’un objectif déjà compromis ?
La chute de Lennert Van Eetvelt au Tour Down Under 2026 n’est pas qu’un fait divers. C’est un concentré des drames qui guettent le cyclisme professionnel : la précarité de la forme, la violence d’une chute, l’impact psychologique de la malchance récurrente et la redoutable équation médicale entre courage et raison. Les prochaines heures, puis les prochaines semaines, nous diront si le Belge a simplement essuyé un nouvel accroc ou si son début de saison vient de basculer, une fois de trop, dans le rouge. Son parcours, désormais, est surveillé à la loupe, bien au-delà des collines d’Adelaïde.
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