Trois jours, trois victoires, trois visages. Sur l’île de Majorque, Remco Evenepoel n’a pas simplement gagné : il a livré un manifeste tactique pour la saison 2026. Entre chrono par équipes parfait, raid solitaire historique et maîtrise dans l’adversité, le champion belge a démontré une polyphonie rare. Plongée dans les coulisses d’un triomphe qui redéfinit déjà les rapports de force.
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Le triplé parfait : un exploit statistique inédit en début de saison
Selon nos données et statistiques, seuls trois coureurs au cours de la dernière décennie avaient remporté les trois premières courses de leur saison : Remco Evenepoel vient d’ajouter sa propre variation à cette liste très fermée. Mais jamais un tel triplé n’avait présenté une telle diversité tactique : victoire collective (contre-la-montre par équipes), victoire par échappée lointaine (55 km en solitaire), et victoire par maîtrise dans des conditions extrêmes. À 26 ans, Evenepoel rejoint ici des débuts de saison légendaires, comme ceux de Merckx en 1971 ou de Kelly en 1983, tout en y ajoutant une dimension analytique propre à l’ère moderne. Ces performances ne sont pas de simples succès ; elles constituent un échantillon représentatif de l’arsenal complet d’un coureur qui vise à la fois les classiques, les grands tours et les titres mondiaux. La question qui brûle désormais les lèvres de tous les observateurs : un tel démarrage est-il le signe d’une sur-forme risquée, ou le fruit d’une planification scientifique inédite ?
JOUR 1 – Le chrono par équipes : la naissance d’une symbiose (Trofeo Ses Salines)
Le 29 janvier, la Red Bull-BORA-hansgrohe ne se contentait pas de gagner un contre-la-montre par équipes (23,8 km à 59,67 km/h de moyenne). Elle signait un acte fondateur. L’analyse des données intermédiaires est éloquente : l’équipe, menée par Evenepoel, était même légèrement en retard au point de contrôle (-2 secondes sur Movistar). Le gain final de 3 secondes s’est construit dans les 5 derniers kilomètres, sur un rythme imposé par le champion du monde du contre-la-montre. Cette progression en course révèle une gestion d’effort parfaite et une confiance absolue dans le plan établi.
Evenepoel, déjà chef d’orchestre dans une nouvelle équipe
Le transfert le plus médiatique de l’hiver posait une question cruciale : comment le leader absolu allait-il s’intégrer ? La réponse fut immédiate et silencieuse. Evenepoel n’a pas écrasé ses coéquipiers par sa puissance ; il les a portés par sa régularité et sa position en tête de train aux moments-clés. Son association avec Florian Lipowitz (3e du Tour de France 2025) et Maxim Van Gils a semblé naturelle. Cette victoire collective, six mois avant le prologue par équipes du Tour de France 2026 à Barcelone, est un signal géopolitique envoyé à UAE Team Emirates et Visma | Lease a Bike. La question est ouverte : Cette démonstration collective rend-elle l’équipe Red Bull-BORA plus redoutable pour le Tour de France que lors de l’ère primaire Soudal Quick-Step ?
JOUR 2 – Le raid solitaire : la signature psychologique (Trofeo Serra Tramuntana)
Le 30 janvier, Evenepoel est passé de la symphonie au solo magistral. Son attaque au pied du Coll de Sóller, à 55 km de l’arrivée, n’était pas une attaque de détail. C’était une affirmation. En parcourant cette distance seul, il a établi la plus longue échappée victorieuse de l’histoire de cette course, surpassant même ses propres références (Course des Raisins 2021, Figueira 2024). L’aspect le plus frappant n’est pas la distance, mais le timing : réaliser un tel effort d’anthologie le 30 janvier, en pleine phase d’intégration d’équipe, défie les conventions de la préparation.
L’effet de sidération, arme tactique suprême
Pourquoi le peloton, composé de coureurs de WorldTeams, a-t-il capitulé ? L’analyse vidéo montre un effet psychologique immédiat. L’accélération fut si violente et si tôt qu’elle a créé un vide décisionnel. Aucune équipe (UAE, Movistar) n’a pris l’initiative de poursuivre, chacune attendant que l’autre s’y colle. Pendant ce temps, les coéquipiers d’Evenepoel verrouillaient parfaitement la course. Cette séquence est un pur manuel de domination : une attaque qui paralyse, suivie d’un verrou stratégique. L’écart est passé de 30″ à plus de 2 minutes en 20 km. Une leçon de pouvoir cycliste.
JOUR 3 – La maîtrise dans l’adversité : la preuve de maturité (Trofeo Andratx-Pollença)
Le 31 janvier, sous un vent « à décorner les bœufs » et sur un parcours raccourci de 26 km, Evenepoel a livré peut-être la performance la plus impressionnante du triplé. Contre le jeune Français Mathys Rondel (Tudor Pro Cycling), il a montré une patience et une intelligence tactique nouvelles. Il a laissé son équipe écraser le Puig Major, a contenu sa première attaque, et a scellé la course dans la descente et sur la dernière montée. Ce n’était plus le « cannibale » dévorant tout sur son passage, mais le stratège calculant son effort. Les données de VAM (Vitesse Ascensionnelle Moyenne) sur les 3 derniers km, supérieures de 8% à la moyenne du Top 10, prouvent qu’il gardait de la marge. Il a gagné sans « tout casser ».
Evenepoel vs Rondel : le duel qui annonce l’avenir
Le face-à-face avec Mathys Rondel (19 secondes à l’arrivée) fut un concentré de cyclisme moderne : la puissance pure contre l’opportunisme intelligent. Rondel, 4e la veille, a prouvé qu’il était l’un des plus grands espoirs français. Mais Evenepoel a démontré qu’il pouvait désormais gagner en économisant ses forces, en s’appuyant sur son équipe (Van Gils 3e), et en frappant au moment précis. Question ouverte pour les puristes : Cette victoire « raisonnée » est-elle plus inquiétante pour ses rivaux que ses raids solitaires, car elle prouve qu’il peut gagner de multiples façons ?
Quel impact sur la saison 2026 et la hiérarchie mondiale ?
Ce triplé majeur a des répercussions immédiates sur le paysage cycliste. Premièrement, il valide la fusion Red Bull-BORA comme un succès opérationnel foudroyant. Deuxièmement, il replace Evenepoel au cœur des favoris pour le Tour des Flandres et Liège-Bastogne-Liège, des courses où sa puissance explosive et désormais sa patience seront décisives. Enfin, il installe une pression psychologique immense sur ses principaux rivaux, Tadej Pogačar et Jonas Vingegaard. Ces derniers ne peuvent ignorer qu’Evenepoel aborde 2026 avec une condition physique précoce, une équipe solide et une palette tactique élargie.
L’envol d’un phénix tactique
Le Challenge de Majorque 2026 restera dans les annales comme le moment où Remco Evenepoel a transcendé son statut de phénomène pour endosser celui de patron complet du peloton. Il a prouvé qu’il pouvait être le moteur d’une équipe, le solitaire implacable et le tacticien froid. Ce « hat-trick » parfait n’est pas un aboutissement, mais un prologue. Il trace la route vers des objectifs plus grands : les classiques, le maillot arc-en-ciel sur route, et surtout, le Tour de France 2026. Le message, désormais, est clair pour tous : la machine Evenepoel est non seulement lancée, mais elle a aussi appris à penser. La légende, chapitre après chapitre, s’écrit sous nos yeux. La saison est longue, mais les premiers coups de pinceau sont déjà ceux d’un chef-d’œuvre.
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