Sur les pentes infernales de Green Mountain, Christian Scaroni n’a pas seulement gagné une course, il a donné un avertissement. Vainqueur de la 5e étape et du général du Tour d’Oman 2026, l’Italien de XDS-Astana a livré une leçon de gestion tactique face à un Adam Yates déchaîné. Retour sur une démonstration qui propulse Scaroni dans une nouvelle dimension, et sur une équipe Astana qui vient de trouver son patron pour les grands rendez-vous.
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Christian Scaroni, arc-bouté sur ses cocottes, le regard fixé sur cette ligne blanche qui semblait reculer à chaque coup de pédale. Autour de lui, un monument en perte de vitesse (Adam Yates), un équipier espagnol prêt à se damner pour lui (Cristian Rodríguez), et le fantôme d’un leader suisse (Mauro Schmid) lâché dans les pourcentages à deux chiffres du Jebel Akhdar.
Nous sommes mercredi, sur les hauteurs d’Oman, et nous venons d’assister à l’avènement d’un nouveau patron.
Non, Christian Scaroni (28 ans) n’a pas volé ce Tour d’Oman 2026. Il l’a construit brique par brique, watt par watt, dans une 5e étape qui restera comme un cas d’école dans les manuels de tactique. Oubliez les récits poussiéreux des victoires acquises en solitaire au sommet. Ici, la victoire s’est négociée dans le collectif, dans la confiance et dans un timing parfait. Voici l’histoire secrète de ce doublé.
Tour d’Oman 2026 : Pourquoi le Jebel Akhdar a-t-il changé de main ?
Le piège de la « Montagne Verte »
Avec ses 5,7 km à 10,4 % de moyenne, le Jebel Akhdar est un juge de paix impitoyable. C’est un col qui ne pardonne rien, ni les fins de stage, ni les espoirs trop tôt dévoilés.
Pourtant, à l’approche du pied de l’ascension, beaucoup voyaient Mauro Schmid (Jayco-AlUla) résister. Leader avec seulement 4 secondes d’avance sur Scaroni, le Suisse avait réussi l’exploit de prendre la barre sans être un grimpeur pur-sang. Mais sur ces pentes, les illusions s’évaporent plus vite que l’eau sur le bitume omanais.
Le syndrome du double tenant
Adam Yates (UAE Team Emirates XRG) est arrivé sur cette ligne de départ avec un statut écrasant. Double vainqueur sortant. Leader d’une armada. La pression de performer immédiatement après son transfert chez UAE. Selon les données et statistiques de TodayCycling, Yates affichait une puissance estimée supérieure à 6,3 w/kg dans ses premières attaques. Du lourd. Du très lourd.
Mais Yates a commis l’erreur classique du champion qui veut trop montrer sa supériorité trop tôt. En lançant le forcing à 3,5 km du sommet, il a certes éliminé Schmid (magnifique, mais définitivement hors de sa zone de confort), mais il a aussi joué le rôle de poisson-pilote idéal pour le requin qui le suivait.
Christian Scaroni : La stratégie du « faussaire » ?
Rester dans la roue pour mieux tuer le match
Il y a deux types de grimpeurs. Ceux qui attaquent pour impressionner, et ceux qui suivent pour gagner. Christian Scaroni (XDS-Astana) appartient à la seconde catégorie, la plus redoutable.
Son style n’est pas académique. Scaroni, visage fermé, buste fixe, accroché au sommet de son cintre, a laissé Yates labourer le bitume.
Son premier fait de guerre ? Ne pas paniquer quand Yates a attaqué. Son deuxième fait de guerre ? Avoir compris que Cristian Rodríguez n’était pas un simple équipier, mais un lieutenant de luxe.
L’effet miroir Astana
Quand Rodríguez a doublé Plapp dans les 200 derniers mètres pour signer le doublé sur l’étape, beaucoup y ont vu un simple exploit individuel. C’est une erreur d’analyse. C’est le résultat d’un plan.
Souvenez-vous. Début 2026, XDS-Astana mise gros. Le recrutement de Cristian Rodríguez, ancien d’Arkéa-B&B Hotels, n’est pas un hasard. Rodríguez est un grimpeur capable de tenir 20 minutes à haute intensité, mais c’est surtout un finisseur. En se sacrifiant pour contrôler les vagues Yates derrière Scaroni, il a permis à l’Italien d’arriver frais dans le dernier kilomètre. Une abnégation rare, qui place désormais Rodríguez comme le meilleur équipier de montagne du circuit.
Classement final : Le podium a-t-il un goût d’inachevé ?
Yates, le bronze qui interroge
Adam Yates complète le podium à 44 secondes. Un résultat honorable sur le papier, mais amer dans le détail. Le Britannique était le plus fort du quatuor de tête, statistiquement. Pourtant, il termine 4e de l’étape et 3e au général.
C’est la dure loi du cyclisme moderne : on ne gagne pas une course à deux, et on ne la gagne pas tout seul. Si UAE avait placé un équipier capable de suivre dans le dernier kilomètre pour prendre relais ou contrer Scaroni, l’histoire s’écrivait différemment. Mais le désert omanais est aussi celui des illusions.
Schmid, l’homme du contre-la-montre inversé
On ne peut évoquer ce classement sans saluer la résistance de Mauro Schmid. 4e du général à 44 secondes. Le Suisse de Jayco-AlUla a littéralement tenu sur les jambes et le mental. S’il n’a pas le profil du grimpeur andin, sa régularité sur les trois premiers actes lui a offert un écrin de trois jours en jaune.
Une question à nos lecteurs : Selon vous, Mauro Schmid a-t-il atteint son pic de carrière avec cette 4e place, ou peut-il franchir un cap supplémentaire sur des courses World Tour plus sélectives ? Répondez en commentaire.
Pourquoi ce succès est différent des autres
Christian Scaroni n’avait jamais gagné d’étape sur un Tour d’Oman. Mieux : avant 2026, son meilleur classement général sur une course par étapes était une 8e place anonyme.
Selon les données internes de son équipe, Scaroni a atteint cet hiver des pics de puissance en endurance inédits dans sa carrière. Là où il plafonnait souvent sur les longues sorties, il a désormais la capacité d’enchaîner 4 jours d’effort intense sans défaillance physiologique.
Le cyclisme est un sport de chiffres, mais aussi de regards. Scaroni a grandi. À 28 ans, il est entré dans l’âge du management de course. Il ne dépense pas une calorie pour un regard, ne s’énerve pas sur une attaque lointaine. Il économise, évalue, exécute.
L’Italie tient-elle enfin son successeur ?
Le cyclisme italien attendait un signe. Entre les sprinteurs vieillissants et les talents qui peinent à confirmer, la Botte cherchait un patron pour les courses d’une semaine.
Avec ce doublé au Tour d’Oman 2026, Christian Scaroni envoie un signal clair. Non, il ne remplacera pas les grands noms du passé sur les Grands Tours. Mais sur les terrains escarpés et les formats compacts (Oman, Burgos, Algarve), l’Italien vient de démontrer qu’il était capable de plier une course en une seule montée.
Dernière question, en toute subjectivité : Pensez-vous que l’équipe XDS-Astana doit faire du Tour d’Oman 2026 le point de départ d’un leadership clair pour Scaroni sur les Ardennaises, ou garder un rôle d’équipier pour les sprints ? Le débat est ouvert.
Christian Scaroni, vainqueur au Jebel Akhdar. Le nom restera. L’image aussi.
Classement Tour d’Oman 2026, étape 5 – Top 20
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team les 155,9 km en 3:23:19 (46 km/h)
- RODRÍGUEZ CRISTIÁN, XDS Astana Team +0:03
- PLAPP LUKE, Team Jayco AlUla +0:06
- YATES ADAM, UAE Team Emirates – XRG m.t.
- DOUBLE PAUL, Team Jayco AlUla +0:13
- QUINTANA NAIRO, Movistar Team +0:16
- BERWICK SEBASTIAN, Caja Rural – Seguros RGA +0:26
- ROULAND LOUIS, Cofidis +0:29
- LECERF JUNIOR, Soudal Quick-Step +0:30
- PESCADOR DIEGO, Movistar Team m.t.
- ULISSI DIEGO, XDS Astana Team +0:38
- VANHOUCKE HARM, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- SCHMID MAURO, Team Jayco AlUla m.t.
- DRIESEN NIELS, Lotto Intermarché +0:48
- HARPER CHRIS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- BARTA WILL, Tudor Pro Cycling Team +0:51
- TJØTTA MARTIN, Uno-X Mobility m.t.
- BONNET THOMAS, TotalEnergies +0:56
- BOUCHARD GEOFFREY, TotalEnergies +1:05
- PICKERING FINLAY, Team Jayco AlUla m.t.
Classement général final – Top 20
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team en 19:33:16
- RODRÍGUEZ CRISTIÁN, XDS Astana Team +0:24
- YATES ADAM, UAE Team Emirates – XRG +0:44
- SCHMID MAURO, Team Jayco AlUla m.t.
- DOUBLE PAUL, Team Jayco AlUla m.t.
- BERWICK SEBASTIAN, Caja Rural – Seguros RGA +0:45
- QUINTANA NAIRO, Movistar Team +0:52
- PESCADOR DIEGO, Movistar Team +0:53
- TJØTTA MARTIN, Uno-X Mobility +1:06
- ROULAND LOUIS, Cofidis +1:07
- ULISSI DIEGO, XDS Astana Team +1:12
- HARPER CHRIS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +1:15
- HERRADA JESÚS, Burgos Burpellet BH +1:50
- BARTA WILL, Tudor Pro Cycling Team +1:52
- DRIESEN NIELS, Lotto Intermarché +1:59
- VANHOUCKE HARM, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +2:04
- NERURKAR LUKAS, EF Education – EasyPost +2:23
- CASTELLON JAN, Caja Rural – Seguros RGA +2:31
- GUALDI SIMONE, Lotto Intermarché +3:05
- CEPEDA JEFFERSON ALEXANDER, EF Education – EasyPost +3:07
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Fin d’étape décisive et infernale, comme attendu, avec les sévères pentes finales. Cette course de Yates, déjà sur l’avant à quatre bornes du sommet, rappellerait un peu la course du jeune Christen, des UAE lui aussi, dans le dernier Alula Tour et sur une arrivée analogue , lorsque Christen s’enflamme trop tôt, à plus de trois kilomètres du sommet, et puis se fait reprendre ensuite, la victoire revenant finalement à l’astucieux Voisard, devant Higuita… On se souvient que Christen, tirant la leçon de son erreur, manoeuvra parfaitement par la suite le dernier jour, dans l’étape décisive.
A. Yates n’étant pas un perdreau de l’année, nous pourrions dire qu’il commet ici une surprenante erreur, assez semblable à celle son jeune équipier, avec en plus cette différence qu’il s’agit ici de l’étape décisive, celle où il faut retenir les écarts définitifs sur la ligne… Cherchons peut-être aussi ailleurs, où à tenter de décrocher tout le monde au train, UAE et Yates craignaient peut-être le finish de Scaroni, Yates se rappelant peut-être aussi de sa défaite face à Gaudu dans cette même arrivée l’an passé… Conclusion de cette si âpre bataille où Scaroni s’est accroché, haussant toujours plus son niveau, où Rodrigues hors de France se révèle en Astana, secondant parfaitement Scaroni au rupteur derrière Yates, les Astana, avec l’aide involontaire de Plapp, achèvent Yates sur le haut… Relevons les courses très inégales de bon nombre de concurrents, révélatrices de niveaux pour le moins fluctuants : parmi les montées remarquables, il y a celle de Plapp, plus ou moins à la rue dans son Down Under; Plapp inverse là ses saisons passées. La présence de l’éternel Quintana dans les meilleurs réjouit ses supporters : sur ces pentes et avec dix ans de moins, le colombien les aurait arrangé à tous ! Par contre d’autres, classés d’ordinaire bons grimpeurs, arrivent loin, hors du coup, sans doute hors de forme… En ce départ de saison, avec les interrogations ou révélations qui vont toujours avec, ces pentes traduisaient finalement, et comme toujours, la nature impitoyable, difficile et bien spéciale de la compétition.