Il était annoncé comme le prodige de demain. Ce samedi, sur la Faun Ardèche Classic 2026, Paul Seixas a exigé que l’on parle de lui au présent. Par un numéro en solitaire de 41 kilomètres digne des plus grands, le jeune Français de 19 ans a martyrisé un plateau WorldTour sur les routes escarpées de l’Ardèche. Mieux qu’une victoire, une déclaration de guerre à huit jours d’un rendez-vous désormais incontournable : les Strade Bianche, où l’attend un certain Tadej Pogacar.
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Paul Seixas, l’homme qui a terrassé l’Ardèche : 41 kilomètres de bravoure pour un duel annoncé avec Pogacar
Il y a des victoires qui marquent une carrière, et il y a des victoires qui définissent une ère. Celle que Paul Seixas (Decathlon CMA CGM) a signée ce samedi 28 février sur la 26e édition de la Faun Ardèche Classic appartient sans nul doute à la seconde catégorie. Sur un parcours vallonné de 187,6 kilomètres autour de Guilherand-Granges, le Lyonnais n’a pas simplement remporté sa première classique ProSeries : il a livré une démonstration de force et d’audace qui force la comparaison avec les plus illustres cannibales du peloton.
En s’extirpant du groupe des favoris dans les pentes du Mur de Royes pour filer seul vers l’arrivée, Seixas a signé le deuxième plus long raid solitaire de l’histoire de l’épreuve (41 km), juste derrière les 47,3 km de Rémi Cavagna en 2020. Mais au-delà de la statistique, c’est la manière qui interpelle. Une manière qui, à une semaine des Strade Bianche, pose une question fascinante : le prodige est-il déjà prêt à croiser le fer avec le « Patron » ?
Comment Paul Seixas a-t-il pulvérisé la Faun Ardèche Classic 2026 ?
Le piège se referme : l’échappée matinale condamnée par les rouleaux
Dès les premiers kilomètres, sous un ciel bas et une pluie fine typique de l’Ardèche, la course s’est animée. Une échappée de neuf coureurs, emmenée par Alexy Faure Prost (Picnic-PostNL) et l’expérimenté Geoffrey Bouchard (TotalEnergies), a tenté de prendre les devants. Mais comme le rappellent les données et statistiques recueillies durant la course, sur un parcours aussi nerveux, avec ses 11 difficultés répertoriées, l’avance des fuyards est rarement confortable. Elle n’a d’ailleurs jamais dépassé les deux minutes.
Du côté du peloton, la mécanique Decathlon s’est mise en place avec une précision d’horlogerie suisse. Conscients de l’état de forme de leur leader, les coéquipiers de Seixas ont laissé Lidl-Trek et Visma-Lease a Bike mener la chasse, économisant leurs forces pour l’heure décisive. Un timing parfait qui a vu les derniers survivants de l’échappée, Lévêque et Fougner, être avalés au pied du redoutable Mur de Royes, à environ 45 kilomètres du but.
Le Mur de Royes (6,8 km à 7,3%) : l’accélération qui a tout changé
C’est là que le scénario a basculé dans l’extraordinaire. Contrairement à la tactique classique qui veut qu’on laisse ses équipiers durcir la course, Paul Seixas a pris les choses en main. Il a placé une accélération tranchante, assis sur son vélo, le regard fixé sur l’horizon. Comme l’a raconté plus tard notre journaliste présent sur place, « on a tout de suite compris que la messe était dîte ».
Le premier à céder fut le groupe des favoris, incapable de soutenir son rythme. Seul Matteo Jorgenson (Visma-Lease a Bike), le double vainqueur de Paris-Nice, put dans un premier temps s’accrocher à sa roue. Mais ce fut pour mieux sombrer. « C’était un tempo dément, avec des passages à plus de 10% » s’est on dit à l’arrivée, dans le milieu. Incapable de suivre plus de deux kilomètres, l’Américain a dû s’avouer vaincu à 41,6 km de la ligne. Le piège s’était refermé.
Un numéro en solitaire de 41 kilomètres : dans la roue du phénomène Seixas
L’écart qui ne cesse de grandir : une démonstration de puissance
Dès lors, la course est devenue un one-man-show. Seixas s’est enfoncé dans un contre-la-montre de 41 kilomètres, alternant portions techniques et difficultés comme le Val d’Enfer (1,7 km à 9,3%). Loin de flancher, il a creusé des écarts abyssaux. Au pied de la dernière ascension, son avance sur le trio de chasse Jorgenson-Jan Christen (UAE Team Emirates-XRG)-Lenny Martinez (Bahrain Victorious) atteignait déjà 1’15 ». Un gouffre.
Pendant ce temps, derrière, la coopération était forcée mais vaine. Le trio, conscient de jouer uniquement les places d’honneur, a fini par lever le pied, laissant l’écart grimper jusqu’à 1’48 à l’arrivée. « On ne jouait pas la même course » a dû se dire Christen, qui a tout de même réglé au sprint un Martinez déçu (3e) et un Jorgenson (4e) au visage marqué par l’effort. Le top 5 est complété par Mattias Skjelmose (Lidl-Trek), relégué à près de deux minutes. Du jamais-vu sur cette classique.
« Comme Pogačar et Van der Poel » : l’analyse d’un récital
C’est dans ces chiffres que réside toute la folie de l’exploit. Sur un plateau comprenant des coureurs du calibre de Jorgenson, Skjelmose, Ben Healy ou Romain Grégoire, l’écart final est celui d’un homme qui évolue dans une autre dimension. Seixas a offert un récital de puissance et de maturité.
Ce numéro fait écho aux plus grandes démonstrations de force du cyclisme moderne. On pense évidemment à Tadej Pogačar sur ce même type de parcours, capable de tuer une course à 50 kilomètres de l’arrivée. Mais Seixas, lui, n’a que 19 ans. Sa progression est exponentielle : après une première saison professionnelle solide mais sans victoire (8e du Dauphiné, 7e du Lombardie), il a ouvert son compteur en début d’année sur le Tour d’Algarve (une étape et 2e du général derrière Juan Ayuso). Neuf jours plus tard, il double la mise avec la manière.
Après l’exploit, l’heure du grand rendez-vous : que peut faire Seixas face à Pogačar ?
Strade Bianche 2026 : le choc des générations est-il pour le 7 mars ?
Si la victoire en Ardèche est historique, elle n’est qu’une étape. Tous les regards sont désormais tournés vers le samedi 7 mars et les Strade Bianche. La course italienne, avec ses routes blanches et son final à Sienne, verra la grande rentrée de Tadej Pogačar (UAE Team Emirates-XRG). Le Slovène, triple vainqueur sortant, y est invaincu depuis 2022. Mais pour la première fois, un jeune loup aux dents longues semble prêt à lui contester sa couronne.
L’affiche est alléchante : le phénomène établi contre le phénomène montant. Seixas, qui a déjà prouvé sa polyvalence, possède le punch pour les pourcentages impossibles des strade et la maturité tactique pour gérer une course de mouvement. Il sera épaulé par un collectif Decathlon solide, mais devra aussi composer avec des clients comme Wout Van Aert, Thomas Pidcock ou Isaac Del Toro.
« Il appartient au monde des plus grands » : quel avenir pour le prodige français ?
La question n’est plus de savoir si Paul Seixas est un futur grand, mais s’il est déjà un grand du présent. Son calendrier printanier, qu’il a dévoilé, est celui d’un leader : Strade Bianche donc, puis Tour du Pays Basque (6-11 avril), Flèche Wallonne (22 avril) et Liège-Bastogne-Liège (26 avril). Un enchaînement de courses WorldTour qui vise clairement les classiques ardennaises, où sa pointe de vitesse dans les montées pourra faire des ravages.
Alors, que peut-il faire face à Pogačar ?
L’histoire nous apprend que les passations de pouvoir sont rares et se méritent. Mais elle nous apprend aussi que les champions ne calculent pas. En Ardèche, Paul Seixas n’a pas calculé. Il a attaqué, il a vaincu. Le 7 mars, sur les strade bianche de Toscane, il aura l’occasion de prouver que son numéro n’était pas un simple feu de paille, mais la promesse d’une ère nouvelle.
Question à nos lecteurs : Selon vous, Paul Seixas peut-il réellement inquiéter Tadej Pogačar sur les Strade Bianche, ou le Slovène est-il encore trop fort pour le prodige français de 19 ans ? Venez débattre en commentaires !
Classement complet de la Faun Ardèche Classic 2026
- SEIXAS PAUL, Decathlon CMA CGM Team les 187,6 km en 4:37:22 (40,5 km/h)
- CHRISTEN JAN, UAE Team Emirates – XRG +1:48
- MARTINEZ LENNY, Bahrain – Victorious m.t.
- JORGENSON MATTEO, Team Visma | Lease a Bike m.t.
- SKJELMOSE MATTIAS, Lidl – Trek +2:07
- PIGANZOLI DAVIDE, Team Visma | Lease a Bike +2:18
- BERNAL EGAN, INEOS Grenadiers +2:34
- CEPEDA JEFFERSON ALVEIRO, Movistar Team +3:46
- ARRIETA IGOR, UAE Team Emirates – XRG +4:16
- VERCHER MATTÉO, TotalEnergies +4:21
- MARIAULT AXEL, CIC Pro Cycling Academy m.t.
- PACHER QUENTIN, Groupama – FDJ United +4:25
- TULETT BEN, Team Visma | Lease a Bike +4:29
- PESCADOR DIEGO, Movistar Team +4:31
- CHAMPOUSSIN CLÉMENT, XDS Astana Team +4:40
- BRENNER MARCO, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- GUALDI SIMONE, Lotto Intermarché +4:45
- CARR SIMON, Cofidis +5:11
- BAGIOLI ANDREA, Lidl – Trek +5:12
- RIVERA BRANDON SMITH, EF Education – EasyPost +5:14
- HEALY BEN, INEOS Grenadiers m.t.
- GRÉGOIRE ROMAIN, Groupama – FDJ United +5:22
- BREUILLARD NICOLAS, TotalEnergies m.t.
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team +5:49
- JARNET MAXIME, Van Rysel Roubaix +6:07
- CAMPRUBÍ MARCEL, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- BARTA WILL, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- KOERDT BJORN, Team Picnic PostNL m.t.
- OLDANI STEFANO, Caja Rural – Seguros RGA +6:36
- DOUBEY FABIEN, TotalEnergies m.t.
- CASTELLON JAN, Caja Rural – Seguros RGA +7:03
- HAMILTON CHRIS, Team Picnic PostNL +8:39
- GENIETS KEVIN, Groupama – FDJ United m.t.
- CALZONI WALTER, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- VEZIE MAXIME, CIC Pro Cycling Academy m.t.
- MERIS SERGIO, Unibet Rose Rockets m.t.
- VERSCHUREN KILLIAN, Unibet Rose Rockets m.t.
- VINOKUROV NICOLAS, XDS Astana Team m.t.
- ULISSI DIEGO, XDS Astana Team +8:40
- POELS WOUT, Unibet Rose Rockets m.t.
- RODRÍGUEZ CRISTIÁN, XDS Astana Team m.t.
- ZAMBANINI EDOARDO, Bahrain – Victorious m.t.
- LAURANCE AXEL, INEOS Grenadiers m.t.
- SOBRERO MATTEO, Lidl – Trek m.t.
- OOMEN SAM, Lidl – Trek m.t.
- NERURKAR LUKAS, EF Education – EasyPost m.t.
- MORGADO ANTÓNIO, UAE Team Emirates – XRG m.t.
- PRODHOMME NICOLAS, Decathlon CMA CGM Team m.t.
- FABRIES UGO, UAE Team Emirates – XRG m.t.
- ROMO JAVIER, Movistar Team m.t.
- OMRZEL JAKOB, Bahrain – Victorious m.t.
- DONOVAN MARK, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- GLOAG THOMAS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- LÓPEZ JUAN PEDRO, Movistar Team +8:44
- ROULAND LOUIS, Cofidis +8:46
- VENTURINI CLÉMENT, Unibet Rose Rockets m.t.
- COSTIOU EWEN, Groupama – FDJ United m.t.
- BAUDIN ALEX, EF Education – EasyPost m.t.
- COSNEFROY BENOÎT, UAE Team Emirates – XRG m.t.
- EEMAN KAMIEL, Lotto Intermarché +9:54
- MEEHAN JAMIE, Cofidis m.t.
- HARDOUIN LOUIS, Van Rysel Roubaix m.t.
- PAPON VICTOR, Nice Métropole Côte d’Azur m.t.
- SCHIFFER ANTON, Team Visma | Lease a Bike m.t.
- MAISONOBE SAM, Cofidis m.t.
- SERRANO GONZALO, Movistar Team m.t.
- JOALLAND YAËL, Cofidis m.t.
- DONZÉ ROBIN, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- BERNARD JULIEN, Lidl – Trek +11:35
- SIVAKOV PAVEL, UAE Team Emirates – XRG m.t.
- STAUNE-MITTET JOHANNES, Decathlon CMA CGM Team m.t.
- FOUGNER EIVIND BROHOLT, Unibet Rose Rockets +11:43
- QUINN SEAN, EF Education – EasyPost +12:28
- SIMMONS QUINN, Lidl – Trek m.t.
- DINHAM MATTHEW, Team Picnic PostNL m.t.
- WEISS FABIAN, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- AUGUST ANDREW, INEOS Grenadiers m.t.
- HAIG JACK, INEOS Grenadiers m.t.
- SWEENY HARRY, EF Education – EasyPost m.t.
- MIHOLJEVIĆ FRAN, Bahrain – Victorious +12:48
- LANGELLA LENAIC, CIC Pro Cycling Academy m.t.
- WALTON JONAS, CIC Pro Cycling Academy m.t.
- ERMAKOV ROMAN, Bahrain – Victorious m.t.
- GILLET BAPTISTE, Nice Métropole Côte d’Azur m.t.
- CORRES GORKA, Caja Rural – Seguros RGA m.t.
- LÓPEZ JOSEBA, Caja Rural – Seguros RGA m.t.
- TORRES PABLO, UAE Team Emirates – XRG +12:58
- CHAUSSINAND JORIS, CIC Pro Cycling Academy +13:55
- CAPRON RÉMI, Van Rysel Roubaix m.t.
- ROCHAS RÉMY, Groupama – FDJ United +14:17
- JUNGELS BOB, INEOS Grenadiers m.t.
- RAUGEL ANTOINE, Van Rysel Roubaix m.t.
- GODON DORIAN, INEOS Grenadiers m.t.
- VADER MILAN, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- LOSPITAO PABLO, Caja Rural – Seguros RGA m.t.
- HÄNNINEN JAAKKO, Nice Métropole Côte d’Azur +16:31
- MOLLY KENNY, Van Rysel Roubaix m.t.
- KEPPLINGER RAINER, Bahrain – Victorious m.t.
- LE BERRE MATHIS, TotalEnergies m.t.
- JASCH LENNART, Tudor Pro Cycling Team m.t.
100 coureurs classés sur 143 partants.
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