Pour la première fois dans l’histoire, le Tour de France visitera l’Alpe d’Huez lors de deux étapes consécutives. Ce final alpin inédit, associé à un Grand Départ à Barcelone et un contre-la-montre décisif, dessine une édition 2026 délibérément spectaculaire et brutale. Une conception audacieuse qui pourrait redéfinir la hiérarchie jusqu’au dernier souffle sur les 21 lacets. Plongée dans les arcanes d’un parcours pensé pour l’exploit.
Lire aussi : Tour de France 2026. Le parcours qui veut crucifier les favoris
Christian Prudhomme et son équipe ont dévoilé leur arme absolue pour le Tour de France 2026 : une fin de course conçue comme un piège alpin. Au cœur de cette stratégie, un scénario inédit. Les 19e et 20e étapes se termineront toutes deux au sommet du sanctuaire du cyclisme, l’Alpe d’Huez. Une répétition ? Bien au contraire. Il s’agit d’une double sentence, chaque fois prononcée par un chemin différent, pour une semaine alpine destinée à pulvériser les dernières résistances.
Un parcours 2026 sous le signe de la démesure
L’édition 2026, qui s’élancera de Barcelone pour la première fois, affiche une volonté claire : diversifier les terrains de bataille tout en concentrant le dénouement dans un final explosif. Sept massifs sprints sont au programme, mais l’accent est résolument mis sur la haute montagne et le contre-la-montre.
Après des incursions dans les Pyrénées (arrivée au sommet à Gavarnie-Gèdre), le Massif central (Le Lioran) et les Vosges (Le Markstein), la course basculera dans les Alpes pour un final d’une rare intensité. Le contre-la-montre individuel de la 16e étape (26 km) servira de prélude technique avant l’offensive générale. Le Plateau de Solaison (étape 15) et Orcières-Merlette (étape 18) serviront de prémices. Puis viendra l’apothéose.
L’étape 19 : Le rituel immuable des 21 lacets
Vendredi 24 juillet 2026. La première salve. L’ascension se fera par la voie royale, celle des 21 lacets légendaires. Une montée plus courte (13,8 km à 8,1%) mais d’une intensité psychologique unique. Chaque virage, portant le nom d’un vainqueur passé – de Coppi à Pinot –, pèse sur les épaules des coureurs. Dans ce contexte d’une deuxième semaine très dense, cette étape pourrait servir de tremplin pour un baroudeur ou de première estocade pour un prétendant au général. La stratégie des équipes sera cruciale : faut-il y aller pour gagner ou simplement contenir ? La réponse pourrait se trouver dans les écarts minimes créés la veille à Orcières-Merlette.

L’étape 20 : L’épreuve de vérité par l’envers du décor
Samedi 25 juillet. Le coup de grâce. L’organisation a réservé son chef-d’œuvre pour l’avant-dernier jour. Le parcours est simplement colossal : près de 130 km et 5 600 m de dénivelé positif au cœur des plus grands cols des Alpes.
Le scénario est écrit pour un duel épique : le Col de la Croix de Fer, le Télégraphe, puis l’iconique Galibier (2 642 m) constitueront la sélection naturelle. Mais la véritable innovation réside dans la fin. Après la descente du Galibier, les coureurs n’affronteront pas directement les lacets. Ils emprunteront le Col de la Sarenne (12,8 km à 7,3%), versant sauvage, étroit et beaucoup moins fréquenté.
Cette ascension technique et imprévisible, déjà gravie par le Tour en 2013, ajoute une couche d’incertitude tactique et d’usure physique avant les ultimes kilomètres vallonnés menant au pied de l’Alpe d’Huez… pour une dernière montée, par le bas cette fois, vers la ligne d’arrivée commune. Une double ascension de la station en une seule étape, par deux versants différents. Du jamais vu.

Analyse : Une bonne idée pour le spectacle et le général ?
L’annonce de ce double final soulève des questions stratégiques et philosophiques.
Pour le spectacle et les médias : C’est un coup de maître. La promesse de deux jours de folie sur le site le plus médiatique du cyclisme garantit l’audience et une tension narrative maximale. Le grand public identifie immédiatement l’enjeu.
Pour la course au général : Le risque était de rendre les étapes 19 trop attendue, les favoris se neutralisant pour se réserver pour l’étape-reine du lendemain. Cependant, la proximité de l’arrivée à Paris (le surlendemain) et la difficulté extrême de l’étape 20 pourraient au contraire inciter les plus audacieux à frapper dès le premier jour pour creuser un fossé psychologique. La course au maillot jaune pourrait donc se jouer sur un subtil équilibre entre économie d’énergie et prise de risque.
Le point de vue des puristes : Certains regretteront le manque de diversité dans ce final alpin, avec trois arrivées au sommet très rapprochées (Orcières, Alpe, Alpe). Le contre-la-montre de la 16e étape reste cependant un puissant levier pour varier les profils de vainqueurs potentiels.
L’Étape du Tour 2026 : Le défi ultime pour les amateurs
Quelques jours avant les pros, 16 000 cyclistes amateurs auront le privilège de se frotter à ce parcours historique de la 20e étape lors de L’Étape du Tour de France. Ils affronteront ainsi la Croix de Fer, le Télégraphe, le Galibier, l’ascension redoutable du Col de la Sarenne et la montée finale vers l’Alpe d’Huez. Une aventure d’une rare authenticité, sur des routes chargées d’histoire, promise à devenir légendaire.
Un pari audacieux qui pourrait faire date. En misant sur une double dose d’Alpe d’Huez, le Tour de France 2026 choisit la surenchère émotionnelle et la difficulté pure. Ce final alpin en deux actes, entre rituel classique et innovation par la Sarenne, est conçu pour éviter le statu quo et forcer le destin. Reste à savoir quel champion saura écrire son nom, non pas une, mais deux fois, sur le livre d’or de la légende. Une certitude : les 24 et 25 juillet 2026, le monde du cyclisme aura les yeux braqués sur l’Isère.


