À l’aube d’une saison charnière, Giulio Ciccone opère une mue stratégique. Le grimpeur de la Lidl-Trek annonce officiellement tourner la page des classements généraux dans les Grands Tours. Libéré, il se recentre sur un nouvel horizon : les monuments Ardennais et les étapes de prestige. Rencontre exclusive en Espagne avec un coureur apaisé, déterminé et ultra-précis.
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Un millimètre et demi. C’est la marge infime, ajustée avec une précision d’horloger sur la hauteur de selle de son nouveau vélo, qui en dit long sur l’état d’esprit de Giulio Ciccone. À Denia, où le camp d’entraînement de la Lidl-Trek bat son plein, le vainqueur d’étape du Tour de France et du Giro incarne un mélange de sérénité et de détermination froide. Une évolution qui dépasse la simple mécanique.
Le virage stratégique d’un grimpeur affranchi
L’annonce confiée à nos confrères de bici.pro est claire et assumée : 2026 sonne le glas de ses ambitions au classement général des Grands Tours. Une décision mûrie, qui ressemble à une libération. « En me retirant de la course au général, je simplifie tout » explique l’Abruzzais, le regard franc. « Finis le stress permanent du leader qui doit gérer les dynamiques de groupe, être toujours devant, même les jours de moins bien. »
Ce recentrage n’est pas un renoncement, mais une redéfinition. Son rôle au sein d’une équipe Lidl-Trek surpuissante, renforcée par l’arrivée de Juan Ayuso, en devient plus lisible et plus tranchant.
Ayuso, un co-leadership serein et des objectifs sur-mesure
Comment se positionne-t-il face à la nouvelle star espagnole, pressentie pour viser la Grande Boucle ?
« J’ai immédiatement soutenu son arrivée » assure Ciccone, démontrant un sens aigu du collectif. « Avec mon nouveau programme, la cohabitation est parfaite. Je me mets à sa disposition pour son projet de Grand Tour, sans que cela ne me diminue. Cela me permet de recentrer mes objectifs sur d’autres terrains. »
Ces terrains de prédilection ont désormais un nom : les Classiques ardennaises, où il partira en double leadership, et les étapes reines des Grands Tours. Un programme sur-mesure pour un puncheur-grimpeur de son calibre.
Une préparation affinée pour des cibles précises
Ce changement de cap influence-t-il sa préparation ? « Certains aspects, oui, notamment en début de saison. Pouvoir viser toutes les Ardennaises modifie l’approche. Mais je ne veux pas tout bouleverser » tempère-t-il.
La raison est simple et témoigne d’une grande confiance : « L’année dernière, j’ai abordé le Giro dans la meilleure condition de ma carrière. Je veux retrouver exactement cela. » L’objectif est donc d’adapter sans dénaturer, de peaufiner pour performer sur des cibles désormais mieux définies.
Le Giro 2026, le Blockhaus et la pépite Philipsen
Si 2025 a été une année de transition, 2026 pourrait être un point d’orgue. Le Giro retournera dans ses terres, en Abruzzes, avec l’ascension mythique du Blockhaus. « Courir près de chez soi, c’est toujours spécial, un vrai boost de motivation » confie-t-il, avant d’ajouter avec lucidité : « Mais au Blockhaus, je n’ai que de mauvais souvenirs. J’y ai toujours pris de belles raclées. Inutile de faire des plans. »
Au sein de l’effectif, son œil de veteran identifie un talent prometteur : « Albert Philipsen. Il va faire un bond en avant cette année. Il a un énorme potentiel. » Un avis qui pèse, venant d’un coureur aussi attentif aux détails humains que techniques.
La quête de la perfection : du millimètre à l’innovation
Cette précision est omniprésente. Le réglage méticuleux du vélo n’est pas un coup de tête, mais une routine. « Je vérifie toujours que les mesures sont parfaitement identiques à celles de mon vélo à la maison. J’ai déjà eu des soucis de selle, alors je suis prudent. »
Il salue aussi les innovations matérielles, comme les nouvelles roues Bontrager à haut profil : « Un vrai progrès. Les sensations sont excellentes, elles sont clairement plus rapides. » Une recherche permanente du gain marginal, désormais entièrement mise au service d’ambitions redessinées.
Giulio Ciccone aborde donc cette nouvelle année libéré du poids des classements généraux, mais plus affûté que jamais. En visant les monuments et les étapes, il mise sur l’intensité pure. Une stratégie risquée, mais qui pourrait bien révéler la quintessence de son talent de guerrier des ascensions. L’histoire dira si ce virage millimétré est celui de la consécration.



Que Ciccone ne veuille plus disputer les classements généraux des grands tours, cela ne ressemble pas plus à un tournant qu’à un virage dans la carrière du grimpeur italien ; durant cette carrière, déjà bien avancée, G;Ciccone n’y a pas vraiment réussi, ne terminant jamais dans un top 10 de classement général. Il pourrait y avoir certes une exception à l’avenir le concernant, mais celles-ci sont très rares. Sur ce sujet, sans parler de l’inégalable C. Horner, il serait possible de rappeler le gallois G. Thomas, vainqueur du Tour de France à la neuvième de ses quatorze participations, après n’y avoir guère brillé au général : deux fois 140é, dont la première année; Thomas suivit d’ailleurs une trajectoire assez similaire dans le giro, ne réussissant qu’en fin de carrière, après y avoir surtout connu des chutes, alors que beaucoup lui auraient préconisé de ne pas se présenter…