David Gaudu a touché le fond : le réveil du fantôme du cyclisme français

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David Gaudu a touché le fond le réveil du fantôme du cyclisme français
David Gaudu est de retour, pour le plus grand plaisir du public tricolore. Image : @Groupama_FDJ

Une saison 2025 qualifiée de « calvaire ». Une rupture de confiance avec son équipe. Un changement radical d’entraîneur. David Gaudu, l’éternel espoir du cyclisme français, sort du silence. Dans une interview exclusive à L’Équipe, le leader de Groupama-FDJ livre une analyse sans filtre de sa chute. Et dévoile les fondations d’une renaissance construite sur l’humilité et la rupture. Voici les confessions d’un champion en quête de rédemption.

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La descente aux enfers a duré toute une saison. Le retour à la lumière, lui, passe par des sorties de sept heures sous le soleil d’hiver. David Gaudu a choisi la voie longue, l’approche contemplative, pour panser les plaies de l’année 2025. Une méthode radicale, à l’image du constat dressé par le grimpeur breton : « J’ai touché le fond« .

Après une saison émaillée de blessures, de doutes et d’une absence retentissante sur le Tour de France, le coureur de la Groupama-FDJ United opère une révolution silencieuse. L’objectif est simple : ne plus jamais revivre un tel « calvaire« . L’arme principale ? Un changement de paradigme complet, incarné par un nouvel homme : Luca Festa.

L’implosion : le récit d’une saison « en enfer »

Les chiffres sont impitoyables. Une victoire d’étape en début d’année au Tour d’Oman, vite engloutie par une cascade de pépins physiques. Un Giro anecdotique (66e et pas une place d’honneur). Un renoncement historique au Tour de France. Et une Vuelta en montagnes russes, avec un éclair – un maillot rouge conquis, une victoire d’étape à Ceres – suivi d’une plongée brutale.

« Ç’a été la saison la plus dure de ma carrière » confirme Gaudu, sans détour. Le diagnostic est sévère. « Je me suis demandé ce qu’il se passait, comment c’était possible de passer de si haut à si bas. » La mécanique s’est grippée, et avec elle, la relation symbiotique avec son équipe. « L’équipe avait du mal à comprendre et moi, j’avais du mal à leur faire confiance. » Une fracture qui a conduit à une décision lourde de sens.

La révolution Festa : l’Italien qui fait rouler plus longtemps, moins vite

Exit David Han, l’entraîneur historique, décrit comme « un deuxième papa« . Place à Luca Festa, un technicien italien passé par la Cofidis, dont la philosophie semble aux antipodes de la culture de performance traditionnelle. Son credo ? Le volume. Des heures passées sur le vélo, à basse intensité, pour reconstruire une base solide.

« J’avais la réputation de bourriner à l’entraînement » admet Gaudu. Un défaut qui a sans doute creusé son irrégularité. Désormais, en stage en Espagne ou dans les Alpes-Maritimes, le programme consiste à « profiter du paysage« . Une approche presque méditative, conçue pour restaurer un corps et un mental mis à rude épreuve. L’équipe parie sur la patience pour retrouver le coureur au potentiel phénoménal, capable d’un top 5 sur le Tour.

« On s’est trop acharné sur moi » : le fardeau de l’héritage Pinot

La chute sportive n’explique pas tout. Dans son analyse, David Gaudu pointe un autre adversaire, plus insidieux : la pression médiatique et populaire. Depuis des années, il porte le poids de l’héritage. Celui de Thibaut Pinot, son ancien leader, et plus largement, l’attente d’une nation en mal de successeurs.

« En France, beaucoup de gens sont prêts à te cracher dessus quand tu es au fond du trou parce qu’ils étaient jaloux quand tu réussissais » lâche-t-il, amer. Il évoque « un acharnement« , ravivé par des polémiques passées comme celle du Discord avec Arnaud Démare en 2023. Pour Gaudu, ce statut d’éternel espoir a créé une exigence démesurée, transformant chaque contre-performance en trahison.

Aujourd’hui, il estime être « moins au centre des attentes« . L’émergence de nouveaux visages – Vauquelin, Magnier, Seixas – a, paradoxalement, allégé le fardeau. Une libération qui pourrait être le catalyseur de son retour.

2026 : la quête de la rédemption et le poids des points UCI

L’enjeu de la saison à venir dépasse la simple performance individuelle. Elle est vitale pour Groupama-FDJ. Avec la remise à zéro des points UCI, chaque résultat comptera pour le classement mondial de l’équipe, crucial pour son maintien au plus haut niveau.

Gaudu en a pleinement conscience : « L’équipe a fini 17e l’an dernier en partie à cause de moi… J’étais un leader et je n’ai pas fait le boulot. » Cette prise de responsabilité marque un tournant. Son ambition est claire : « Je veux retrouver ma place de leader, tirer l’équipe vers le haut. »

Ses objectifs ? Plus de victoires d’étape isolées, mais une régularité retrouvée sur les grands tours. « J’aimerais bien finir dans le Top 10 au moins sur une des courses que je vais disputer cette saison. » Le Tour des Émirats, en février, sans la présence écrasante de Pogacar, sera un premier test révélateur.

Le phénix breton peut-il renaître ?

La métamorphose de David Gaudu est en marche. Elle est technique, avec la méthode Festa. Elle est mentale, avec l’acceptation d’un statut modifié. Elle est collective, avec la volonté de porter son équipe.

Le chemin sera long. Les sorties de sept heures ne construiront pas un champion en un jour. Mais elles symbolisent une nouvelle forme d’humilité : celle de repartir des fondamentaux. Après avoir touché le fond, David Gaudu n’a plus qu’une direction possible : le haut. Le cyclisme français, malgré tout, retient son souffle. L’histoire n’est peut-être pas encore écrite.

1 COMMENTAIRE

  1. D. Gaudu a bien raison de profiter de la route et des paysages, à « basse intensité », le vélo c’est avant tout ça… Relevons qu’à l’entrainement, beaucoup roulent comme des branques, souvent pour suivre leurs compteurs, des plans, des programmes, etc…; de plus en plus; ce qui engendre aussi beaucoup de chutes en dehors de la compétition. Ce sujet n’écarte pas le rapport au risque de chute, qui est l’un des problèmes que rencontrait l’an passé D. Gaudu; mais en compétition, ce qui est un tout autre sujet…

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