« Le cyclisme 100% propre ? Un leurre » : Le coup de gueule lucide de Ben Healy avant la saison 2026

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Le cyclisme 100% propre un leurre le coup de gueule lucide de Ben Healy avant la saison 2026
Ben Healy a mis "les deux pieds dans le plat" comme on dit ... Image : @EF_Education_EasyPost

Dans une interview exclusive, l’étoile montante du peloton, Ben Healy, brise un tabou. Alors que le cyclisme affiche des vitesses stratosphériques, le puncheur irlandais d’EF Education-EasyPost assume un constat glaçant : aucun sport, malgré les contrôles, ne peut se prétendre entièrement pur, propre. Décryptage d’un discours qui secoue depuis quelques heures la planète vélo à l’aube d’une nouvelle année de compétition.

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Le doute est-il l’ultime rempart contre la triche ? À la veille de l’ouverture de la saison 2026, Ben Healy, figure emblématique du dernier Tour de France et du cyclisme mondial, choisit la franchise plutôt que les poncifs. Dans un entretien accordé à l’Irish Mirror, le coureur de 25 ans livre une analyse froide et dépassionnée de la lutte antidopage, tout en décortiquant les rouages de la surenchère performance.

Un vent de lucidité souffle sur le peloton. Porté par une année 2025 exceptionnelle – victoire d’étape et maillot jaune sur le Tour, médaille de bronze mondiale –, Healy ne succombe pas à l’angélisme. Son diagnostic est sans appel.

Un idéal de propreté : « Une impossibilité statistique »

Pour Ben Healy, affirmer qu’une discipline sportive est irréprochable relève de la naïveté. « Dans n’importe quel sport, il est impossible de dire : ‘Oh oui, ce sport est 100 % propre‘ » assène le coureur d’EF Education-EasyPost. Une position qui transcende le seul cyclisme, souvent montré du doigt pour son passé sulfureux.

Cette prise de parole, loin d’être un coup de cynisme, s’accompagne d’une reconnaissance des efforts déployés. « Cela ne retire rien au travail colossal des instances » tempère-t-il immédiatement. Il salue un système de contrôle qu’il estime plus rigoureux qu’ailleurs, citant en exemple le récent cas Oier Lazkano, suspendu pour anomalies dans son passeport biologique. « Tous les athlètes sont soumis à des tests rigoureux et fréquents, potentiellement même plus que dans d’autres sports » précise Healy, voyant dans cette sanction la preuve que le filet se resserre.

Vitesses records : Le matériel et la tactique, nouveaux moteurs de la performance

Face à l’accélération fulgurante du peloton – le Tour 2025 a pulvérisé des records avec une moyenne de 42,336 km/h –, les interrogations fusent. Le spectre du dopage ressurgit inévitablement. Ben Healy, lui, propose une explication en deux temps, résolument tournée vers l’évolution technologique et stratégique.

La révolution technologique en selle

« La raison principale, c’est le matériel » affirme-t-il sans ambages. Le bond en avant réalisé en seulement cinq ans, depuis son passage chez les espoirs, est selon lui un facteur clé. Cadres plus aérodynamiques, groupes plus efficients, roues plus légères : l’arsenal du coureur moderne a redéfini les limites de la physique sur deux roues.

L’ère des trains infernaux

Mais la technologie seule ne suffit pas. Healy pointe du doigt une mutation profonde des tactiques de course. « Regardez UAE Team Emirates. Ils mettent en place leur train et, un par un, les coureurs emmènent la course à toute vitesse. Ça fait toute la différence. » Cette militarisation des efforts, où chaque équipier tire le peloton à un rythme infernal pendant de courts relais, annihile les velléités d’attaques et explique en partie ces moyennes vertigineuses.

Le rêve irlandais : Du jaune au maillot arc-en-ciel

Derrière l’analyste se cache un compétiteur aux ambitions précises. L’expérience du maillot jaune, porté deux jours durant sur le Tour 2025, reste un « jour de repos stressant » mais fondateur. « Entendre que j’allais remporter l’étape… c’était pure euphorie » se souvient-il de son succès en solitaire à Vire Normandie.

Mais c’est vers un autre graal que Healy tourne désormais son regard. « Les Championnats du monde sont probablement la course que je rêve le plus de gagner » confie-t-il, les yeux déjà rivés sur le parcours canadien de 2026, qui semble taillé pour ses qualités de puncheur. Sa médaille de bronze à Kigali, décrochée dans des conditions extrêmes (chaleur, altitude), a aiguisé son appétit. Une victoire qui signerait aussi, pour ce passionné de style (Issey Miyake, vestes motard customisées), le droit de porter le plus beau maillot du cyclisme.

Quant au Tour de France, il conserve sa place de rêve absolu, mais lointain. « Chaque cycliste a ce rêve au fond de lui. Il faut aussi être réaliste » conclut-il, marquant une pause entre l’ambition et la lucidité qui caractérise désormais ce coureur hors-norme.

En quelques phrases, Ben Healy a réussi un tour de force : reconnaître les failles sans trahir son sport, expliquer le présent sans occulter le passé, et fixer un cap pour l’avenir, teinté de rêve et de réalisme. Une voix qui compte et qui résonnera bien au-delà du départ du Tour Down Under.

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