Sous une pluie de boue et d’ovations, Mathieu van der Poel a sculpté sa légende. À Hulst, ce 1er février 2026, le Néerlandais n’a pas simplement gagné un huitième titre mondial de cyclo-cross. Il a signé une démonstration tactique et technique si parfaite qu’elle redéfinit les standards de la discipline. Plongée dans les coulisses d’une performance pour l’éternité.
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Une entrée dans l’histoire calculée au dixième de seconde
Le chronomètre est impitoyable, l’histoire, elle, est magnanime. À 31 ans, Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) ne collectionne plus les titres, il archive des preuves de supériorité. Son 8e maillot arc-en-ciel, glané devant son public à Hulst, le place seul au panthéon masculin, dépassant le record détenu depuis un demi-siècle par le Belge Eric De Vlaeminck (7). Une statistique vertigineuse qui prend tout son sens à la lumière des de nos données : avec cette victoire, Van der Poel affiche un taux de réussite de 80% (8 titres sur 10 participations) en championnats du monde élites depuis 2015. Seul Tom Pidcock a réussi à lui ravir la tunique, en 2022.
Hulst 2026 : Le plan de match parfaitement exécuté
Analysons la course minute par minute, comme un directeur sportif décortiquerait une partition gagnante. Dès la ligne de départ asphaltée, le scénario s’est écrit à la manière Van der Poel. Positionné dans les trois premiers aux côtés de son compatriote Tibor Del Grosso et du Belge Thibau Nys (Baloise Verzekeringen-Het Poetsbureau Lions), « MVDP » a appliqué une stratégie implacable en trois actes.
Acte I (Tour 1) : Installation et observation. Il laisse le jeune Del Grosso mener le train, tandis que Nys lutte déjà dans les talus techniques.
Acte II (Tour 2) : L’accélération fatale. Sur la montée raide, il passe à la vitesse supérieure. Sa puissance (des données estimées par les spécialistes parlent de plus de 500 watts sur ces sections clés) et sa technique de portage de vélo lui offrent 10 secondes d’avance. La course était virtuellement terminée.
Acte III (Tours 3 à 8) : Gestion et maestria. Avec une avance grimpant jusqu’à une minute, il a géré son effort, son matériel, et même l’arrivée de la pluie dans le dernier tour. Son changement de vélo préventif a été un coup de maître technique. Sa marge finale de 35 secondes sur Del Grosso et 46 sur Nys ne reflète qu’une partie de sa domination.
Del Grosso – Nys : La bataille des ombres derrière le soleil néerlandais
Si Van der Poel planait dans une dimension solitaire, le duel pour l’argent fut un chef-d’œuvre de tension tactique. Tibor Del Grosso, 22 ans, et Thibau Nys, héritier d’une dynastie du cross, se sont livrés une guerre d’usure. Le Néerlandais a montré une loyauté tactique en ne collaborant pas pleinement avec Nys pour revenir sur Van der Poel, préservant les intérêts de la couronne. Mais la décision s’est jouée dans la boue du dernier tour : Nys, à bout de forces, a dû mettre pied à terre dans l’avant-dernier talus. Del Grosso, plus propre techniquement, en a profité pour placer une attaque décisive. Cette médaille d’argent sonne comme une passation de pouvoir au sein même de l’école néerlandaise. Faut-il y voir l’émergence du successeur désigné, ou Del Grosso devra-t-il encore attendre la retraite du roi ?
L’arme secrète : Une saison de domination sans faille
Ce huitième titre n’est pas un coup de chance, mais la conclusion logique d’une saison d’une perfection statistique rare. Selon les archives de l’UCI, Van der Poel est resté invaincu en cyclo-cross depuis janvier 2024. Cette saison 2025-2026, il a remporté les 7 manches de Coupe du monde qu’il a disputées, s’adjugeant le classement général sans contestation. Cette préparation sans la moindre égratignure lui a permis d’aborder Hulst en surhomme, transformant une course mondiale en démonstration personnelle. Une régularité qui rappelle celle de sa compatriote Marianne Vos, seule avec désormais 8 titres également, mais chez les femmes.
Au-delà du record : Van der Poel, l’architecte de son propre héritage
Ce record pose une question fondamentale : que reste-t-il à conquérir pour Mathieu van der Poel en cyclo-cross ? Lui-même a semé le doute en évoquant, avant la course, que ces Mondiaux à domicile pourraient être « [son] dernier tour de piste dans les sous-bois ». Cette déclaration, habilement distillée, ajoute une couche dramatique à sa performance. Il ne fuit pas la difficulté, il choisit peut-être de quitter la scène au zénith, pour se consacrer pleinement à son duel épique avec Tadej Pogačar (UAE Team Emirates XRG) sur la route et peut-être défendre son titre mondial en gravel. Sa célébration, un « Siuu » inspiré de Cristiano Ronaldo, était un clin d’œl à la pop culture et un symbole : celui d’un athlète conscient de son statut de superstar globale, transcendant le cyclisme.
La masterclass qui défie le temps
La victoire de Mathieu van der Poel à Hulst est bien plus qu’un record. C’est une masterclass qui sera étudiée par les futurs champions. Un mélange de puissance brute, d’intelligence tactique, de technique inouïe et de gestion mentale parfaite. Il a non seulement battu ses contemporains, mais il a aussi dialogué avec l’histoire, effaçant le nom d’Eric De Vlaeminck des tablettes. Alors que le paysage du cyclo-cross masculin semble chercher un nouveau souffle face à cette hégémonie, une ère se termine peut-être. Mais quelle ère. Van der Poel laisse une trace indélébile, celle d’un artiste complet qui a fait de la boue et des planches les instruments de sa symphonie parfaite. La question qui brûle maintenant toutes les lèvres est : si ce fut son adieu, qui est assez audacieux – et assez talentueux – pour hériter de la couronne ?
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