
Seize ans déjà. Un chiffre qui résonne comme un défi dans le cyclisme moderne. À 36 ans, Mikel Landa s’apprête à épingler un nouveau dossard sous le soleil de février. Entre deux lignes tracées sur les routes de Calpe, le grimpeur basque confie une flamme intacte. Malgré les chutes, les changements d’équipe et l’évolution d’un sport toujours plus exigeant, « Landismo » est plus qu’un style : une philosophie de résistance. Retour sur un parcours hors norme et les ambitions 2026 d’un dernier romantique.
Lire aussi : Le calendrier UCI WorldTour 2026
Landa, l’insoumis : une longévité construite à coups de pédale
Le paysage du cyclisme a radicalement changé depuis février 2011. À l’époque, un jeune Basque de 21 ans, Mikel Landa, faisait ses débuts professionnels sur le Trofeo Palma de Mallorca. Quinze ans et une carrière riche en rebondissements plus tard, le coureur de Soudal Quick-Step se prépare pour une seizième saison consécutive au plus haut niveau. Une perspective qu’il n’aurait jamais osé envisager. « C’est un sacré parcours. Le cyclisme a changé, et moi aussi, mais la passion, elle, est restée identique » confie-t-il à l’occasion du stage hivernal en Espagne. Cette longévité exceptionnelle, dans une ère d’hyper-spécialisation et de pression constante, est en soi une victoire. Elle raconte une adaptation permanente, un amour inaltérable pour la compétition et une résilience à toute épreuve.
Le palmarès d’un éternel second couteau devenu icône
Analyser le palmarès de Mikel Landa, c’est comprendre la complexité du cyclisme. Les statistiques brutes ne suffisent pas à capturer son aura. Certes, on y trouve deux podiums sur le Giro d’Italia (3e en 2015 et 2022), des victoires d’étape sur les trois grands tours, et des places d’honneur sur des classiques ardoisées comme la Liège-Bastogne-Liège. Mais son héritage dépasse les trophées.
Il est l’outsider par excellence, le tacticien subtil des montagnes, celui dont les accélérations en danseuse ont marqué l’histoire récente du Giro. Son rôle de lieutenant de luxe pour Christopher Froome sur le Tour de France 2017, où il sacrifia ses propres chances pour la cause Sky, a aussi forgé sa légende : celle d’un coureur à la fois talentueux et doté d’un sens aigu de l’équipe. Cette dualité – leader capable et équipier d’exception – explique en grande partie l’affection indéfectible des « Landistas », une fanbase qui célèbre l’élégance, l’attaque et une certaine idée du cyclisme romantique.
2025 : Le rêve du Giro brisé, la résilience à la Vuelta
Sa deuxième saison chez Soudal Quick-Step devait être celle de la confirmation. Après une intégration réussie en 2024, Landa abordait le Giro 2025 avec des cartes à jouer au classement général. Une préparation optimale, une forme ascendante… tout fut réduit à néant en quelques secondes, lors d’une chute collective dès la première étape. Abandon. « Tout est parti en fumée » résume-t-il, sans amertume mais avec une lucidité froide.
Plutôt que de sombrer, le Basque a puisé dans ses ressources. Son retour lors de la Vuelta a España fut un modèle de résilience. Libéré de l’impératif du général, il est revenu à son essence : attaquer. Combatif, insaisissable, il a frôlé la victoire d’étape et a insufflé un souffle épique à la course. Cette fin de saison « sur le vélo », comme il le dit, fut cruciale. Elle a réaffirmé non seulement sa condition physique, mais surtout son mental d’acier et son statut d’attaquant né.
Objectifs 2026 : Le printemps basque comme horizon
À l’aube de cette nouvelle campagne, Mikel Landa affiche une sérénité motivée. Sa reprise sera progressive, avec la Volta a la Comunitat Valenciana et la Clásica Jaén comme mise en jambe. Mais son regard est déjà tourné vers le cœur du printemps, vers ses terres de prédilection.
« J’ai hâte de me mesurer en Catalogne et au Pays basque. J’adore ces courses » annonce-t-il. Le Tour de Catalogne (23-29 mars) et l’Itzulia Basque Country (6-11 avril) ne sont pas de simples préparations. Ce sont des objectifs à part entière, chargés d’une dimension sentimentale et identitaire. Y remporter une étape, y briller par son panache, constitue une quête personnelle. Ces courses difficiles, taillées pour les grimpeurs complets, sont le terrain de jeu idéal pour son style. Elles offrent aussi un baromètre précieux de sa forme avant d’envisager, peut-être, un nouveau rôle dans un grand tour durant l’été.
L’héritage Landa : bien plus qu’un simple grimpeur
Que peut-on encore attendre de Mikel Landa à 36 ans ? Probablement pas une révolution, mais la perpétuation d’une certaine excellence. Il n’est plus le jeune prodige de 2015, ni le co-leader ultra-protégé. Il incarne désormais autre chose : la persistance du style et de l’intelligence de course dans un peloton souvent standardisé.
Son rôle chez Soudal Quick-Step dépasse les résultats. Il est un mentor à poigne pour les jeunes, un exemple de professionnalisme, et une assurance tout-terrain pour les chefs de file de l’équipe. Sa simple présence dans une course modifie les dynamiques tactiques. Les adversaires savent que l’attaque peut venir à tout moment, sur les pentes les plus raides. Cette aura, cette menace permanente, est l’un de ses atouts les plus précieux.
Alors que la saison 2026 est sur le point de débuter, Mikel Landa reste ce paradoxe vivant : un vétéran qui roule avec la fougue d’un débutant, un presque-retraité qui parle avec la passion du premier jour. Son histoire n’est pas encore écrite. Une dernière victoire sur les routes du Pays basque, un ultime coup d’éclat dans un grand tour ? Peu importe. Déjà, ses seize années de loyauté à la pédale sont un triomphe. Et pour les Landistas, le spectacle, cette danse caractéristique sur les pourcentages les plus fous, vaut à lui seul le détour. Le romantisme cycliste a encore un visage, et il porte un casque bleu ciel et marine.
> Rejoignez la communauté LE PELOTON CONNECTE – L’actualité du cyclisme, classements, infos et vidéos en direct Facebook.

