Ils sont partis sous le soleil pour deux jours de sprint, mais c’est sous un ciel maussade de la Nièvre que les 153 coureurs de la 84e édition vont vivre le premier vrai coup de tonnerre. Ce mardi 10 mars, le parcours de la « Course au Soleil » nous offre un contre-la-montre par équipes de 23,5 kilomètres autour de Pouilly-sur-Loire. Loin d’être un simple exercice de style, cette 3e étape est un piège tendu sous les roues des leaders. Derrière le chronomètre, c’est une partie d’échecs qui commence, et la Visma de Jonas Vingegaard ou la Lidl-Trek de Juan Ayuso savent que la moindre seconde perdue ici pourrait se payer cash dans l’arrière-pays niçois.
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Piège ou tremplin ? Pourquoi le chrono par équipes de Paris-Nice 2026 va déjà redessiner le général
Mardi 10 mars 2026. Pour les équipes, le prologue est terminé. Pour les leaders, les jambes commencent à chauffer. Mais c’est bien ce soir, aux alentours de 17h, que les premiers grands enseignements de ce Paris-Nice tomberont. Le chronomètre ne ment jamais, et en équipe, il devient un formidable révélateur de cohésion et de puissance. Décryptage d’une étape qui s’annonce aussi spectaculaire que décisive.
Pourquoi ce chrono de 23,5 km est bien plus qu’un « exercice de puissance pure » ?
Contre toute attente, ce parcours entre Cosne-Cours-sur-Loire et Pouilly-sur-Loire, taillé pour les rouleurs, recèle de subtilités qui pourraient avantager les collectifs les plus fins tactiquement. On a pris le temps d’analyser le profil centimètre par centimètre.
Un tracé qui roule, mais qui use
Le départ est donné sur des routes larges, idéales pour lancer le train immédiatement. Comme le soulignent les données techniques, les cinq premiers kilomètres sont un vrai tapis rouge. Cependant, c’est après cette entame que le parcours se corse légèrement. On note une première ondulation d’un kilomètre à 3,9%, parfaite pour casser le rythme des équipes qui auraient abusé des gros braquets.
Le véritable juge de paix se situe dans la seconde moitié. La bosse de deux kilomètres à 3,6% à Saint-Andelain, juste avant la descente sur la Loire, est un piège classique en contre-la-montre par équipes. C’est là que les équipes peuvent éclater. Les purs rouleurs peuvent passer cette côte, mais les grimpeurs légers comme Lenny Martinez (Bahrain Victorious) ou David Gaudu (Groupama-FDJ United) doivent absolument accrocher le wagon sous peine de créer un trou d’air rédhibitoire. Enfin, les 500 derniers mètres en légère montée (2,5%) sont un cruel rappel à l’ordre : il faudra de l’énergie pour aller chercher la gagne, pas seulement pour la préserver.

Le règlement ASO, une arme tactique sous-estimée
Beaucoup de fans regardent le chrono en cherchant la moyenne la plus élevée. Pourtant, c’est l’article 16 du règlement de l’épreuve qui va dicter les stratégies : « le classement de l’étape s’établit pour chacune des équipes sur le temps réalisé par le coureur ayant franchi la ligne en 1re position« .
Concrètement, cela signifie qu’une équipe peut sacrifier trois ou quatre de ses éléments dans les derniers kilomètres pour propulser son leader vers la victoire d’étape et le bon temps. On se souvient de la Visma l’an dernier, où Jorgenson et Vingegaard étaient passés largement détachés devant leurs coéquipiers. Ce format encourage le culot et le sacrifice. Une équipe comme la Red Bull-BORA-hansgrohe, avec des rouleurs solides, pourrait tenter le coup pour placer Primož Roglič en orbite, même au prix de l’abandon temporaire de ses coéquipiers dans le final.
Le match des géants : Visma, Lidl-Trek et INEOS peuvent-ils se départager ?
Le plateau des favoris est exceptionnel. On attend une bataille de haute volée entre trois conceptions du cyclisme.
Visma | Lease a Bike, la favorite au standing
L’armada néerlandaise débarque avec une équipe de rouleurs cliniquement construite. Le quatuor Vingegaard-Armirail-Affini-Campenaerts est probablement le plus dense du peloton. Edoardo Affini et Victor Campenaerts sont des spécialistes capables de tenir des relais supersoniques, tandis que Bruno Armirail n’est pas en reste et apporte cette intelligence tactique et cette puissance sur le plat. L’objectif est clair : assoir la domination de Vingegaard et gratter des secondes sur Ayuso. Selon nos données et statistiques, Visma présente le meilleur temps de base cumulé, mais comme on le répète dans le jargon, « un chrono par équipes ne se gagne pas sur le papier« .
Lidl-Trek, l’outsider qui monte en puissance
C’est notre coup de cœur pour cette étape. Face à Vingegaard, Juan Ayuso (ex UAE Team Emirates XRG) n’est pas seul : il est désormais chez Lidl-Trek, et l’équipe américaine a construit un collectif redoutable pour ce chrono. Le duo Mathias Vacek et Jakob Söderqvist est probablement l’un des plus prometteurs et des plus puissants du peloton. Ajoutez à cela l’expérience de Søren Kragh Andersen et la science du chrono de Lennard Kämna, et vous obtenez un huit-clos explosif. Lidl-Trek a les moyens de rivaliser, voire de surprendre, si la cohésion est parfaite.
INEOS Grenadiers, l’épouvantail technique
Puis vient la maison INEOS. Avec Joshua Tarling, ils possèdent sans doute le coureur au plus gros potentiel chronométrique du plateau. Le jeune britannique est un extraterrestre. Mais le cyclisme est un sport d’équipe, et c’est là que le bât blesse. Comme nous l’analysions, les maillons faibles potentiels sont Carlos Rodriguez et Oscar Onley. Si ces deux grimpeurs décrochent dans la bosse de Saint-Andelain, Tarling et Vauquelin se retrouveront seuls et perdront un temps précieux. INEOS joue gros : soit ils réalisent un sans-faute et créent l’exploit, soit ils perdent plus de 20 secondes. Selon vous, le talent individuel de Tarling peut-il compenser un collectif moins homogène que celui de la Visma ?
Le tableau des horaires : à quelle heure suivre vos favoris ?
Pour ne rien manquer de ce bras de fer, notez bien ces horaires. Le premier départ sera donné à 15h10, et le dernier à 16h34. La diffusion en intégralité est assurée sur Eurosport Max et France 3 dès 15h10.
Voici l’ordre de départ (Heure de Paris) :
15:10:00 Team Picnic PostNL
15:14:00 Team Jayco AlUla
15:18:00 Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team
15:22:00 Groupama – FDJ United
15:26:00 UAE Team Emirates – XRG
15:30:00 TotalEnergies
15:34:00 Team Visma | Lease a Bike (Favori)
15:38:00 Bahrain – Victorious
15:42:00 Movistar Team
15:46:00 Soudal Quick-Step
15:50:00 Cofidis
15:54:00 Decathlon CMA CGM Team
15:58:00 Lotto Intermarché
16:02:00 Alpecin-Premier Tech
16:06:00 Uno-X Mobility
16:10:00 Tudor Pro Cycling Team
16:14:00 Lidl – Trek (Favori)
16:18:00 Red Bull – BORA – hansgrohe (Favori)
16:22:00 XDS Astana Team
16:26:00 INEOS Grenadiers (Favori)
16:30:00 NSN Cycling Team
16:34:00 EF Education – EasyPost
Météo et conditions : un vent léger qui peut tout changer
Les prévisions annoncent un temps typiquement nivernais pour un mois de mars : 14°C, avec des averses et des éclaircies. Le paramètre clé sera le vent, annoncé léger de sud-ouest (force 2). Sur un parcours exposé longeant la Loire, notamment dans les 5 derniers kilomètres, même une brise légère peut créer des bordures par équipes. Si le vent se lève légèrement, les équipes partant en fin de tableau (INEOS, EF) auront un avantage certain si la pluie s’arrête, tandis que les premières équipes pourraient pâtir d’une route humide.
Notre pronostic pour la 3e étape
Sur ce parcours roulant et avec ce règlement qui favorise les équipes capables de concentrer leurs forces sur un seul homme, notre analyse penche pour un duel au sommet.
La favorite : Team Visma | Lease a Bike ⭐⭐⭐
Leur expérience, leur densité et la science du chrono d’Affini en font l’équipe à battre. Ils savent gérer un effort sur 23 kilomètres sans se désunir.
Les challengers : Lidl-Trek ⭐⭐ & INEOS Grenadiers ⭐⭐
Lidl-Trek pour la puissance brute et la jeunesse. INEOS pour le génie de Tarling, à condition que le collectif tienne.
Les outsiders de luxe : UAE Team Emirates XRG, Movistar, Decathlon CMA-CGM, Red Bull-BORA-hansgrohe ⭐
UAE peut compter sur des rouleurs solides pour protéger leur leader, mais sans le collectif « mort de faim » des trois premiers. Red Bull, avec Roglič, peut viser le top 5 mais pâtit peut-être d’un collectif moins rôdé que Visma sur ce type d’exercice.
Les 3 enseignements à retenir avant le coup de feu
Le chrono piège : La bosse de Saint-Andelain et la légère montée finale sont les pièges à éviter. Les équipes mal équilibrées entre rouleurs et grimpeurs vont souffrir.
Visma en favorite, Lidl-Trek en trouble-fête : Si une équipe peut détrôner Visma, c’est bien Lidl-Trek, grâce à sa double menace Vacek/Söderqvist. INEOS joue son va-tout sur le facteur X Tarling.
Le général se joue maintenant : Lenny Martinez (Bahrain) et David Gaudu (Groupama-FDJ) risquent de perdre du temps précieux. Pour les autres leaders, l’objectif est de limiter la casse sous les 30 secondes.
Rendez-vous mardi après-midi pour voir si la Visma justifie son statut ou si la nouvelle génération Lidl-Trek crée la sensation sur les bords de Loire. Une chose est sûre : le Paris-Nice 2026 entre dans le dur. Qui, selon vous, sera le premier à craquer dans la bosse de Saint-Andelain ?
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