Champion du monde en titre et quadruple lauréat du Tour de France, Tadej Pogacar n’a plus rien à prouver. Pourtant, la saison 2026 du prodige slovène s’annonce comme la plus ambitieuse et la plus singulière de sa carrière. Sous la bannière UAE Team Emirates-XRG, il vise l’impensable : compléter sa collection de Monuments tout en réinventant sa préparation. Entre quête d’absolu et lassitude de la routine, plongée dans le projet qui pourrait redéfinir la domination cycliste.
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L’ère de la simple accumulation de titres est révolue. En 2026, Tadej Pogacar, doté de son maillot arc-en-ciel et d’un palmarès qui frôle l’éternel, s’engage sur un sentier plus personnel. Son équipe, après une saison 2025 monstrueuse (97 victoires), n’affiche qu’un chiffre et qu’une ambition : 100. Mais pour son leader absolu, les motivations transcendent les statistiques. « La différence entre zéro et un est plus grande qu’entre quatre et cinq » a-t-il lâché, évoquant son désir brûlant de Paris-Roubaix face à un cinquième Tour de France. Cette déclaration n’est pas un caprice, mais le manifeste d’un champion en quête de plaisir pur, prêt à bouleverser les codes pour éviter la saturation.
Dossier : Tadej Pogacar
UAE Emirates-XRG 2026 : Un effectif sur-mesure pour un leader surpuissant
La force de l’équipe réside dans une stabilité stratégique. L’effectif, d’une profondeur vertigineuse, a subi des ajustements chirurgicaux pour servir deux ambitions parallèles : la quête des Monuments par Pogacar et la conquête des Grands Tours secondaires.
Le transfert stratégique : João Almeida, de lieutenant à roi
Le changement le plus significatif est interne. João Almeida, pilier des montagnes du Tour aux côtés de Pogacar, se voit confier le leadership sur le Giro et la Vuelta. Cette promotion vise un double objectif : récompenser le talent du Portugais et libérer de l’espace au sein de l’équipe Tour pour l’intégration d’Isaac del Toro. Le prodige mexicain, 2e du Giro 2025 à 22 ans, fera ainsi son apprentissage auprès du maître, apportant une fraîcheur explosive dans les ascensions.
Le renfort ciblé : L’appel des Ardennes
Pour renforcer son arsenal dans les Classiques, l’équipe s’est associée les services de Benoît Cosnefroy. L’arrivée du Français, spécialiste des courses vallonnées et punchy, offrira à Pogacar un allié de poids sur les Ardennaises et une carte à jouer supplémentaire lorsque le leader n’est pas au départ.
Les piliers de l’empire : Une pyramide de talents parfaitement définie
L’UAE a construit un écosystème où chaque profil a un rôle précis.
L’astre suprême : Tadej Pogacar. Sa polyvalence le rend favori sur presque tous les terrains. Son rôle en 2026 est double : conquérir les Monuments manquants (Milan-SanRemo, Paris-Roubaix) et gérer l’inévitable attente d’un 5e Tour.
Les lieutenants d’élite : Adam Yates reste le dernier homme incontournable de Pogacar dans les cols. Sa présence sur le Giro (pour y gagner une étape) puis le Tour en fait le socle de l’équipe Grand Tour.
Le Cœur Opérationnel : Les rouleurs de l’ombre. Tim Wellens et Nils Politt assureront la sécurité de Pogacar sur les pavés et les routes accidentées. Brandon McNulty ajoute une arme tactique pour les échappées et les étapes vallonnées.
La Génération Future : Derrière Del Toro, l’équipe cultive ses pousses. Le Portugais António Morgado (21 ans) et l’Australien Jay Vine (atout montagne pour Almeida) assurent la pérennité de la domination au-delà de l’ère actuelle.
Le calendrier révolutionnaire de Pogacar : Briser la routine pour nourrir la flamme
C’est la grande innovation de la saison. Pour maintenir la motivation intacte, le staff a conçu un programme inédit pour son leader.
Mars-Avril : Le « Bloc Monuments » . Pogacar ne disputera aucune course par étapes avant fin avril (Tour de Romandie). Sa saison débutera par un enchaînement de géants : Strade Bianche (vise un 4e record), Milan-SanRemo, le Tour des Flandres, Paris-Roubaix et Liège-Bastogne-Liège. Un programme purement axé sur les classiques, conçu pour éviter l’usure mentale des petits tours et maintenir une faim aiguë de victoire.
La préparation au Tour de France : La nouveauté comme credo. Exit le traditionnel Critérium du Dauphiné. Pogacar fera son retour aux courses par étapes avec le Tour de Romandie (une première pour lui) fin avril, avant d’effectuer un stage en altitude. Il ne courra ensuite qu’une partie du Tour de Suisse (environ 5 jours) en juin. Cette approche vise à injecter de la nouveauté et à contrer toute forme de lassitude pré-Tour.
Les objectifs 2026 : Entre accomplissement personnel et domination collective
La quête des Monuments manquants : C’est la priorité existentielle. Pogacar l’a admis : remporter Milan-San Remo et Paris-Roubaix lui donnerait le sentiment d’avoir « plus ou moins tout accompli ». C’est le moteur principal de son début de saison.
Le Tour de France : L’incontournable record. Un 5e titre égalerait Anquetil, Merckx, Hinault et Indurain. Même s’il en relativise l’importance, le Tour reste la course qu’il « doit » courir en tant que numéro 1 mondial. Son équipe sera calibrée pour cela.
Les Grands Tours secondaires : L’heure d’Almeida. Le Portugais aura une équipe compétitive pour viser la victoire sur le Giro et/ou la Vuelta, permettant à l’UAE de jouer sur tous les tableaux.
Le Championnat du Monde : La défense du titre à Montréal est un objectif sérieux, conditionné par la récupération post-Tour.
L’Objectif des 100 victoires d’équipe : Le graal collectif après les 97 de 2025. Une dynamique qui peut motiver tout l’effectif, à condition de ne pas devenir une pression contre-productive.
Points forts et points d’attention : Les clés de la saison
Forces écrasantes : La polyhistorique de Pogacar, favori sur la très grande majorité des terrains et parcours. Une profondeur d’effectif permettant de gérer plusieurs leaders et objectifs sans perte d’efficacité. Une gestion innovante du calendrier, adaptée à la psyché unique de son leader.
Écueils potentiels : Le risque de saturation mentale : Pogacar a évoqué le « stress écrasant » du Tour. Le pari de le préserver via les classiques est audacieux.
L’intégration délicate de Del Toro : Mettre un futur rival (à long terme) dans l’équipe Tour nécessite une gestion fine pour éviter les tensions.
La pression du record : La quête du 5e Tour, bien que relativisée, pèsera inévitablement dans les médias et peut-être dans l’équipe.
Au-delà de la domination, la quête de sens
La saison 2026 de Tadej Pogacar et de l’UAE Emirates-XRG ne se résume pas à une liste de courses. C’est une expérience. C’est la tentative de concilier l’exigence de l’histoire (le 5e Tour) avec l’appel du plaisir pur (les Monuments). L’équipe a bâti une machine parfaite, mais son succès ultime reposera sur un élément intangible : la flamme intérieure d’un champion qui a déjà tout gagné, mais qui cherche encore à se redéfinir. Leur défi n’est plus de gagner, mais de réinventer la manière de dominer. Et cela, personne ne l’a jamais fait à ce niveau.



On est en janvier, et Pogacar dit déjà qu’il ne ne ferait que cinq jours au Tour de Suisse? Ah oui alors !… Qu’en pense par exemple l’UCI ?… Beaucoup ont pu faire la même chose, par exemple avec la vuelta, mais la plupart ne le disaient pas; un peu de respect pour la course et les autres participants ne dérange pas.