Le cœur du cyclisme néerlandais bat à un nouveau rythme. En 2027, Tom Dumoulin, figure aimée et complexe du peloton, endossera un rôle inédit : directeur de l’Amstel Gold Race. Après trente ans sous la houlette de Leo van Vliet, la Classique du Limbourg opère une passation de générations aussi symbolique que risquée. Entre héritage à préserver et modernité à incarner, le défi est de taille pour l’ancien champion du monde du contre-la-montre.
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Une page se tourne sur les collines du Limbourg. Les organisateurs de l’Amstel Gold Race ont officialisé une transition préparée de longue main : à l’issue de l’édition 2026, Leo van Vliet, l’homme qui dirige la course depuis 1996, cédera son bureau à Tom Dumoulin. Une nomination qui fait davantage que désigner un successeur. Elle incarne un renouveau stratégique pour la seule classique WorldTour des Pays-Bas.
Une passation en deux temps : 2026, année d’apprentissage
La transmission ne sera pas brutale. Dès cette année, Tom Dumoulin intègre l’équipe organisatrice en tant que co-directeur aux côtés de van Vliet. Une année d’immersion totale est prévue. Objectif : maîtriser l’immense rouage logistique, sécuritaire et relationnel d’une épreuve de ce calibre.
Ce tutorat est crucial. Dumoulin, 35 ans, n’a aucune expérience en gestion d’événement. Mais il dispose d’un atout majeur : une connaissance intime de la course, vue du vélo. Il apprendra les subtilités du tracé, la négociation avec les communes, la gestion du protocole UCI et la pression médiatique d’un week-end qui inclut désormais une course féminine de premier plan et une cyclosportive massive.
Dumoulin et l’Amstel : une histoire d’amour qui a façonné un champion
La nomination n’est pas un coup de poker marketing. Elle repose sur un lien viscéral entre l’homme et l’épreuve. Dans une déclaration publiée sur les réseaux sociaux de la course, Dumoulin a rappelé ses racines :
Cette relation dépasse le simple souvenir. En 2022, alors à la retraite, Dumoulin s’était déjà mobilisé publiquement pour sauver la cyclosportive de l’Amstel, menacée de disparition. Un engagement concret qui a prouvé son attachement à l’écosystème global de l’événement, pas seulement à sa facette élite.
Les défis de l’ère Dumoulin : pérennité, innovation et sécurité
Prendre la suite d’une légende comme Leo van Vliet – qui a succédé lui-même au fondateur Herman Krott – est une lourde charge. Plusieurs dossiers brûlants attendent le nouveau directeur.
La sécurisation du parcours : C’est le défi numéro un. Comme beaucoup de courses aux Pays-Bas, l’Amstel pâtit d’une pénurie chronique de personnel policier. La Ronde van Drenthe féminine a déjà été annulée pour cette raison. Dumoulin devra user de son statut et de son réseau pour renforcer le dialogue avec les autorités et garantir la tenue de l’épreuve.
Moderniser sans trahir : Comment attirer un nouveau public, développer l’expérience numérique et peut-être infléchir le tracé, sans aliéner les puristes et l’âme unique de la course ? Son expérience récente de coureur lui donne une légitimité pour imaginer des évolutions pertinentes.
Incarnation et médiatisation : Figure médiatique, connu pour son honnêteté brute et son parcours sur les questions de santé mentale, Dumoulin peut insuffler une nouvelle narration à l’événement, plus humaine et connectée aux enjeux contemporains.
Leo van Vliet : l’héritage d’un bâtisseur
Pour mesurer l’ampleur de la tâche, il faut regarder l’œuvre accomplie. Depuis 1996, van Vliet a transformé l’Amstel. Il l’a ancrée dans le WorldTour, a développé la version féminine et a fait de la cyclosportive un pilier financier et populaire. Il laisse une épreuve solide, mais face à des vents contraires logistiques et économiques. Dumoulin n’hérite pas d’un navire en perdition, mais doit le guider dans des eaux plus turbulentes.
Un pari sur l’avenir
La désignation de Tom Dumoulin est un signal fort. L’organisation parie sur l’intelligence, la sensibilité et la crédibilité sportive d’un champion moderne pour écrire le chapitre suivant. Ce n’est pas un aboutissement, mais un nouveau départ. Entre le souvenir de son Giro 2017 et la gestion des barrières de sécurité sur le Cauberg, le Néerlandais entame la transformation la plus surprenante de sa carrière. Son succès se mesurera à sa capacité à faire cohabiter deux héritages : celui, tumultueux, du coureur d’élite, et celui, plus secret, du garant d’une tradition. Le peloton, et tout le Limbourg, auront les yeux rivés sur 2027.


