Pendant cinq jours, le Tour d’Oman 2026 a cru appartenir à un sprinteur colombien ressuscité, un baroudeur français illuminé, puis un puncheur suisse solide. Puis est venue l’heure de vérité. Sur les pentes infernales du Jebel Akhdar, Christian Scaroni n’a pas seulement remporté l’étape-reine : il a cueilli un maillot rouge et signé l’acte de naissance d’un nouveau leader pour XDS-Astana. Récit d’un renversement de pouvoir et analyse d’un classement général final qui redistribue les cartes du début de saison.
Le classement général final du Tour d’Oman 2026
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team en 19:33:16
- RODRÍGUEZ CRISTIÁN, XDS Astana Team +0:24
- YATES ADAM, UAE Team Emirates – XRG +0:44
- SCHMID MAURO, Team Jayco AlUla m.t.
- DOUBLE PAUL, Team Jayco AlUla m.t.
- BERWICK SEBASTIAN, Caja Rural – Seguros RGA +0:45
- QUINTANA NAIRO, Movistar Team +0:52
- PESCADOR DIEGO, Movistar Team +0:53
- TJØTTA MARTIN, Uno-X Mobility +1:06
- ROULAND LOUIS, Cofidis +1:07
- ULISSI DIEGO, XDS Astana Team +1:12
- HARPER CHRIS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +1:15
- HERRADA JESÚS, Burgos Burpellet BH +1:50
- BARTA WILL, Tudor Pro Cycling Team +1:52
- DRIESEN NIELS, Lotto Intermarché +1:59
- VANHOUCKE HARM, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +2:04
- NERURKAR LUKAS, EF Education – EasyPost +2:23
- CASTELLON JAN, Caja Rural – Seguros RGA +2:31
- GUALDI SIMONE, Lotto Intermarché +3:05
- CEPEDA JEFFERSON ALEXANDER, EF Education – EasyPost +3:07
- APARICIO MARIO, Burgos Burpellet BH +3:11
- DOUBEY FABIEN, TotalEnergies +3:15
- BOUCHARD GEOFFREY, TotalEnergies m.t.
- FAURA JOSÉ LUIS, Burgos Burpellet BH +3:21
- TORRES PABLO, UAE Team Emirates – XRG +3:22
- ROCHAS RÉMY, Groupama – FDJ United +3:25
- BONNET THOMAS, TotalEnergies +3:37
- PLUIMERS RICK, Tudor Pro Cycling Team +4:53
- MAISONOBE SAM, Cofidis +5:34
- WARBASSE LARRY, Tudor Pro Cycling Team +5:35
- MULUBRHAN HENOK, XDS Astana Team +5:41
- QUARTUCCI LORENZO, Burgos Burpellet BH +5:56
- TESFATSION NATNAEL, Movistar Team +5:57
- BAUDIN ALEX, EF Education – EasyPost +6:19
- THIERRY PIERRE, TotalEnergies +6:48
- BRAET VITO, Lotto Intermarché +7:00
- CHUMIL SERGIO GEOVANI, Burgos Burpellet BH +7:13
- VANSEVENANT MAURI, Soudal Quick-Step +8:11
- PARET-PEINTRE VALENTIN, Soudal Quick-Step +8:23
- ADRIÀ ROGER, Movistar Team +8:57
- DVERSNES LAVIK FREDRIK, Uno-X Mobility +9:13
- PLOWRIGHT JENSEN, Alpecin-Premier Tech +9:39
- FORTUNATO LORENZO, XDS Astana Team +9:48
- LECERF JUNIOR, Soudal Quick-Step +9:54
- PLAPP LUKE, Team Jayco AlUla +10:05
- HONORÉ MIKKEL FRØLICH, EF Education – EasyPost +10:14
- GRÉGOIRE BAPTISTE, Groupama – FDJ United +10:24
- GRUEL THIBAUD, Groupama – FDJ United +10:28
- OLDANI STEFANO, Caja Rural – Seguros RGA +10:32
- GRAAT TIJMEN, Team Visma | Lease a Bike +10:46
- DÍAZ ALEX, Caja Rural – Seguros RGA +11:08
- GARCÍA CORTINA IVÁN, Movistar Team +11:36
- JASCH LENNART, Tudor Pro Cycling Team +11:53
- ALBANESE VINCENZO, EF Education – EasyPost +12:02
- PICKERING FINLAY, Team Jayco AlUla +12:16
- WEISS FABIAN, Tudor Pro Cycling Team +12:17
- HOWSON DAMIEN, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +12:20
- DONZÉ ROBIN, Tudor Pro Cycling Team +12:58
- PROIETTI GAGLIARDONI MATTIA, Movistar Team +13:13
- DAUPHIN FLORIAN, TotalEnergies +13:15
- HVIDEBERG JONAS HEM, Uno-X Mobility +13:30
- DE SCHUYTENEER STEFFEN, Lotto Intermarché +13:36
- CAPIOT AMAURY, Team Jayco AlUla +13:40
- VAN SINTMAARTENSDIJK ROEL, Lotto Intermarché +13:46
- VEISTROFFER BAPTISTE, Lotto Intermarché +13:57
- TILLER RASMUS, Uno-X Mobility +14:05
- MOLARD RUDY, Groupama – FDJ United +14:29
- LÓPEZ HAROLD MARTÍN, XDS Astana Team +16:23
- PACHER QUENTIN, Groupama – FDJ United +16:33
- SHAW JAMES, EF Education – EasyPost +16:36
- DE VYLDER LINDSAY, Alpecin-Premier Tech +17:18
- CAMPRUBÍ MARCEL, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +17:43
- GOOSSENS SIMON, Alpecin-Premier Tech +17:51
- SVARRE TOBIAS, Alpecin-Premier Tech +18:03
- THIJSSEN GERBEN, Uno-X Mobility +18:21
- JEANNIÈRE EMILIEN, TotalEnergies +18:33
- MARSMAN TIM, Alpecin-Premier Tech +18:39
- ÁLVAREZ RODRIGO, Burgos Burpellet BH +18:54
- GOSZCZURNY PATRYK, Team Visma | Lease a Bike +19:08
- PRADES EDUARD, Caja Rural – Seguros RGA +19:21
- ERIKSSON JACOB, Tudor Pro Cycling Team +20:22
- COQUARD BRYAN, Cofidis +20:38
- HERREGODTS RUNE, UAE Team Emirates – XRG +21:06
- LÉVÊQUE THEO, TotalEnergies +23:24
- VAN TRICHT STAN, Soudal Quick-Step +23:26
- TAILLIEU ALDO, Team Visma | Lease a Bike +23:45
- DESAL CERIEL, Soudal Quick-Step +24:45
- GONZÁLEZ DAVID, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +25:43
- CORRES GORKA, Caja Rural – Seguros RGA +25:44
- MIHKELS MADIS, EF Education – EasyPost +27:38
- DEBEAUMARCHÉ NICOLAS, Cofidis +27:52
- KRIJNSEN JELTE, Team Jayco AlUla +28:01
- BADILATTI MATTEO, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +28:15
- ANIOŁKOWSKI STANISŁAW, Cofidis +32:11
- PRICE-PEJTERSEN JOHAN, Alpecin-Premier Tech +32:47
- ØRN-KRISTOFF FELIX, Lotto Intermarché +32:51
- KAMP ALEXANDER, Uno-X Mobility +33:31
- VANGHELUWE WARRE, Soudal Quick-Step +36:28
- SENTJENS SENTE, Alpecin-Premier Tech +38:28
- FOLDAGER ANDERS, Team Jayco AlUla +38:52
- HOUCOU EMMANUEL, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +40:30
- GAVIRIA FERNANDO, Caja Rural – Seguros RGA +40:50
- MOLANO JUAN SEBASTIÁN, UAE Team Emirates – XRG +41:00
- BLIKRA ERLEND, Uno-X Mobility +43:02
- AL RIYAMI MAZIN, Oman +50:49
- AL HABSI ASAD, Oman +1:01:03
- AL-WAHIBI MOHAMMED, Oman +1:04:03
- ALYAQOOBI ABDULRAHMAN, Oman +1:09:16
- AL HABSI HAZAA, Oman +1:16:04
109 coureurs classés sur 123 partants lors de la 1ère étape.
Comment Christian Scaroni a-t-il inversé la hiérarchie du cyclisme italien en 5 jours ?
Il était minuit moins une pour le cyclisme transalpin. Depuis le crépuscule des Vincenzo Nibali et des Diego Ulissi, l’Italie cherchait un patron de courses d’une semaine, un homme capable de transformer une échappée en succès et un leadership en trophée. Christian Scaroni, 28 ans, deuxième la veille de l’ultime étape au classement provisoire du Tour d’Oman, ne figurait dans pas dans la liste des principaux favoris à la victoire finale.
Selon nos archives, le natif de Brescia n’avait jamais fait mieux qu’une 8e place au général sur une course WorldTour. Pourtant, mercredi, sur les 5,7 kilomètres de bitume omanais incliné à 10,4 %, il a fait mieux que gagner : il a absorbé.
Là où Adam Yates a attaqué avec la fureur du double tenant, Scaroni a répondu avec la patience du joueur d’échecs. Là où Mauro Schmid s’est arc-bouté sur son vélo jusqu’à la rupture, l’Italien a gardé ce rythme de métronome qui ne pardonne pas.
Le syndrome du favori : Yates a-t-il perdu le Tour d’Oman dans les 3,5 derniers kilomètres ?
Revenons à ce moment charnière. 3,5 kilomètres du sommet. Le Jebel Akhdar, montagne verte aux reflets brûlés, vient d’avaler les derniers survivants de l’échappée matinale. Adam Yates (UAE Team Emirates XRG) se lève sur les pédales.
Son accélération est chirurgicale. Selon les données télémétriques recueillies, le Britannique a probablement flirté avec les 6,4 w/kg pendant près de 90 secondes. Schmid craque instantanément. Quintana, qui tentait un baroud d’honneur à 36 ans, est avalé. Mais dans la roue du leader d’UAE, deux hommes respirent encore : Cristian Rodríguez et Christian Scaroni.
Le problème, lorsqu’on est un lion qui charge trop tôt, c’est qu’on épuise sa gazelle avant même d’avoir atteint le point d’eau. Yates a fait le forcing, mais il a aussi fait le vide autour de lui… à l’exception de ses deux poursuivants immédiats. Une erreur de management d’effort que l’ancien leader de la formation émiratie paiera cash dans les 500 derniers mètres.
L’effet miroir Astana : Pourquoi le doublé de Scaroni et Rodríguez est un cas d’école
« Je savais que Cristian était là. Nous n’avons pas échangé un mot. Il a vu que Yates faiblissait, il a accéléré. J’ai attendu 200 mètres de plus. » Cette phrase de Christian Scaroni, livrée dans l’euphorie de la ligne d’arrivée, contient toute la substantifique moelle de cette victoire. Car le doublé XDS-Astana sur cette 5e étape (Scaroni devant Rodríguez, Yates relégué à 6 secondes) n’est pas le fruit du hasard. C’est le résultat d’un planning hivernal méticuleux.
Recruté à l’intersaison en provenance d’Arkéa-B&B Hôtels, Cristian Rodríguez (30 ans) n’est pas un simple équipier. L’Espagnol, classé à deux reprises 13e du Tour d’Espagne, est un grimpeur capable de tenir 25 minutes à 6,2 w/kg. En se sacrifiant pour neutraliser les vagues Yates, en doublant Plapp dans les ultimes hectomètres, il a offert à Scaroni l’écrin parfait pour son accélération finale.
Une question à nos lecteurs : À l’heure des super-équipes aux trains ultra-rodés, l’abnégation d’un lieutenant comme Cristian Rodríguez est-elle devenue l’arme fatale pour détrôner les favoris ? Répondez en commentaire.
Pourquoi le classement général final reflète une édition 2026 historique
Ce Tour d’Oman 2026 restera dans les annales comme l’une des éditions les plus ouvertes de la dernière décennie. Non pas par la variété des vainqueurs d’étape (cinq coureurs différents, c’est la norme), mais par la densité du leadership.
Schmid, le prince sans couronne : 4e dans le même temps que Yates
44 secondes. C’est l’écart qui sépare Mauro Schmid (Jayco-AlUla) de la victoire finale. Mais c’est aussi le temps qui le place à égalité… avec Adam Yates, à la 3e place. Le Suisse de 26 ans a porté le maillot rouge durant trois jours (2 étapes). Il a vaincu à Eastern Mountain.
Son classement final (4e) est un paradoxe : défaite mathématique, mais victoire symbolique. Dans l’entretien qu’il a accordé après l’arrivée, l’ancien coureur de la Quick-Step a avoué avoir « touché ses limites », mais sans jamais sombrer. Verdict ? Schmid n’est pas un grimpeur pur, mais il est désormais un leader de courses WorldTour à part entière.
Veistroffer, la chute d’Icare et la résurrection française
Pendant 24 heures, Baptiste Veistroffer (Lotto Intermarché) a porté le maillot de leader. Son numéro en solitaire sur Yitti Hills, cette chevauchée fantastique de 185 kilomètres dont 15 seul face au peloton, restera comme l’un des plus grands exploits de l’histoire de la course omanaise.
Selon nos données, le Français de 25 ans a passé 4h22 en tête de la 2e étape, un record absolu depuis la renaissance du Tour en 2019. Sa chute au classement général (65e final, à 13’57) n’entame en rien le prestige de son périple. Bien au contraire : elle valide l’idée que le cyclisme moderne, malgré ses algorithmes et ses capteurs de puissance, reste le terrain de jeu privilégié des francs-tireurs.
Les enseignements majeurs : Que nous apprend ce général 2026 sur la saison à venir ?
UAE, le paradoxe : vainqueur de 2 étapes, battu au général
Avec Juan Sebastián Molano (vainqueur de la 1re étape) et une omniprésence tactique tout au long de l’épreuve, UAE Team Emirates XRG a réalisé un Tour d’Oman statistiquement abouti. Sept victoires depuis le début de saison, une machine huilée, un collectif rôdé. Pourtant, Adam Yates termine 3e, sans jamais avoir semblé en mesure de contester la suprématie de Scaroni dans l’ascension finale.
Le constat est implacable : sur une montée courte et explosive, la puissance individuelle prime sur la force collective. UAE avait l’armada, Astana avait le timing.
La relève du sprint français est arrivée… et elle est normande
Si l’on regarde le général, Emmanuel Houcou (Pinarello Q36.5) n’apparaît pas. Mais sa 2e place sur la 4e étape, derrière Erlend Blikra et devant Molano, est un séisme silencieux. À 22 ans, l’ancien espoir d’Arkéa a prouvé qu’il pouvait rivaliser avec l’élite mondiale sur un sprint massif. Dans un cyclisme français en quête de successeurs à Nacer Bouhanni et Arnaud Démare, le signal est fort.
XDS-Astana, l’équipe la plus intelligente du peloton ?
La formation kazakhe place trois hommes dans le Top 11 final (Scaroni, Rodríguez, Ulissi). Elle remporte le classement par équipes avec 2’46’ d’avance sur la Team Jayco AlUla. Elle a su gérer un leadership éclaté, sans jamais tomber dans la lutte intestine.
Question ouverte à la communauté : XDS-Astana doit-elle désormais construire toute sa première partie de saison autour de Scaroni, ou conserver ce modèle de « polyphonie » qui a fait sa force à Oman ? Le débat est lancé.
Le Tour d’Oman 2026, miroir d’un cyclisme en mutation
Ce général final ne ressemble à aucun autre. Il y a un Italien qui s’éveille, un Espagnol qui se sacrifie, un Suisse qui se révèle, un Français qui rêve et un Britannique qui doute.
Mais il y a surtout une certitude : le cyclisme des courses d’une semaine a changé de main. L’époque où les purs grimpeurs écrasaient tout sur des pentes interminables est révolue. Aujourd’hui, pour gagner Oman, il faut être puncheur, rouleur, gestionnaire. Il faut savoir attendre, économiser, et frapper au moment où le lion a les poumons en feu.
Christian Scaroni a attendu 28 ans pour ce moment. Mais quand il a frappé, le Jebel Akhdar a tremblé. Et l’Italie, enfin, a retrouvé un patron.
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