Sous un ciel bas de Belgique, la machine Van der Poel a encore fonctionné. À Baal, pour le traditionnel GP Sven Nys, le champion du monde a signé son septième succès de l’hiver. Malgré une chute et la résistance inattendue d’Emiel Verstrynge, le Néerlandais a rappelé les fondamentaux de son règne : sang-froid et puissance implacable. Décryptage d’une victoire qui en dit long sur son invincibilité, à la veille du retour de son grand rival, Wout Van Aert.
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Le circuit de Baal, labouré par les pluies hivernales, est bien plus qu’une épreuve du calendrier. C’est un monument du cyclo-cross, un test de vérité où la boue écrit l’histoire. Ce jeudi, l’histoire écrite avait un auteur déjà connu, mais un scénario aux rebonds inédits. Mathieu Van der Poel y a remporté sa sixième victoire en six participations, consolidant un invincibilité qui devient la narration principale de l’hiver.
La résistance inattendue d’Emiel Verstrynge
Contrairement à certaines de ses démonstrations solitaires, Van der Poel a dû composer avec un adversaire surprise. Alors que l’absence des cadors Wout Van Aert et Tibor Del Grosso laissait présager un exercice de style en solitaire, le jeune Belge Emiel Verstrynge (Crelan-Corendon) a refusé le script préétabli.
Sur l’accélération foudroyante du champion du monde dès le second tour, le peloton a immédiatement craqué. Tous, sauf Verstrynge. « Je me suis dit : accroche-toi, quoi qu’il arrive » a-t-il confié après la course. Une détermination payante qui a tenu près de la moitié de l’épreuve, créant un duel inattendu et réveillant les spectateurs massés sur les talus.
Le sang-froid du patron : l’incident révélateur
Le moment clé de la course s’est produit à mi-parcours. Dans un virage glissant, Van der Poel a perdu l’adhérence et a durement touché le sol boueux. Une brèche. L’occasion rêvée pour Verstrynge de passer à l’offensive et de croire, l’espace d’un instant, à l’exploit.
Mais c’est là que se construit la légende. Aucune panique, aucun geste brusque. Le Néerlandais s’est relevé, a repris son vélo avec une froideur déconcertante, et a simplement recommencé à pédaler. Plus fort. « Après une chute, il ne faut pas s’affoler, il faut relancer la machine progressivement mais fermement » analysera-t-il à l’arrivée. En trois passages, il avait rattrapé, dépassé et commencé à distancer son ultime rival. Une démonstration de force mentale aussi impressionnante que physique.
Derrière le duel : la bataille pour l’ombre du podium
L’attention portée au duo de tête ne doit pas occulter l’intensité de la course pour la troisième place. Dans un groupe d’échappés tardifs, Thibau Nys, porté par l’émotion de courir à domicile sur l’épreuve portant le nom de son père, a livré un combat serré face au récent champion d’Europe Toon Aerts et au leader du classement général du X2O Badkamers Trofee, Joris Nieuwenhuis.
C’est finalement le jeune Nys qui a eu le dernier mot, offrant au public local une conclusion émouvante sur le podium. Un résultat qui témoigne de la densité de la compétition, même lorsque Van der Poel semble habiter une autre dimension.
L’invincibilité en chiffres et la suite qui fait trembler
Les statistiques parlent d’elles-mêmes :
- 7 courses, 7 victoires cet hiver.
- 31 succès sur ses 32 derniers cyclo-cross.
- 6 participations, 6 victoires à Baal.
Mais derrière ces chiffres se profile l’horizon que tous les fans attendent : la reprise du duel fondateur. Dès ce vendredi à Mol, dans le cadre de l’Exact Cross, Wout Van Aert fera son retour. Le Belge, absent de Baal, représente le seul contre-pouvoir crédible à l’hégémonie du champion du monde.
La victoire de Baal, acquise sur Verstrynge et Thibau Nys, était donc le dernier acte d’une mise en condition quasi-parfaite. Elle démontre que Van der Poel peut gagner en force, en intelligence, et même en gestion d’un incident. Un état de forme qui place la barre très haut pour ses adversaires, à l’aube d’un week-end décisif et de l’ultime objectif : les Mondiaux de Hulst, le 1er février.
Baal 2026 n’était pas la démonstration écrasante que certains prévoyaient. Ce fut plus instructif. Une course où Mathieu Van der Poel a prouvé que son armure avait une nouvelle faille – la chute – mais qu’il possédait les outils mentaux pour la colmater instantanément. Face à une résistance honorable, il a répondu par la régularité d’un métronome. Un message clair, à la veille des grandes retrouvailles.


