Neuf courses, neuf victoires. À Zonhoven, Mathieu van der Poel a transformé une manche périlleuse de la Coupe du Monde en une démonstration tactique et technique. Sur un circuit glacé et traître, le champion du monde a échappé à la pagaille, aux crevaisons et aux chutes pour s’offrir une victoire solitaire. Analyse d’une domination qui assoit un peu plus sa suprématie en vue des Mondiaux de Hulst.
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Un départ canon pour une échappée définitive
Dimanche à Zonhoven, la stratégie de Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) a été d’une simplicité déconcertante : étouffer la course dans l’œuf. Dès le premier virage, le maillot arc-en-ciel a enclenché un tempo infernal. Un premier tour bouclé en 7’11, son plus rapide de la journée, créant immédiatement une faille. Le message était clair, adressé à Toon Aerts, champion d’Europe, et à tous les autres : la course au podium se jouerait derrière lui. Cette fulgurance initiale, inhabituelle chez le Néerlandais habitué à gérer, relevait d’un calcul précis. Ayant observé les chutes en cascade lors de la course féminine, Van der Poel a choisi de se mettre à l’abri du trafic et des risques d’engorgement dans les portions techniques.
Le circuit, principal adversaire des poursuivants
Si Van der Poel semblait évoluer sur une piste différente, le parcours de Zonhoven, rendu glissant par la neige et un sable lourd, a livré une bataille sans merci au peloton. L’image marquante reste la spectaculaire sortie de route de Thibau Nys. Dans une descente, le champion de Belgique a perdu le contrôle, percuté un poteau et réalisé un « soleil », brisant net son guidon. Cet incident, survenu alors qu’il était en lutte pour le Top 5, l’a relégué à une lointaine 19ème place, compromettant sérieusement ses ambitions au classement général de la Coupe du Monde.
Le Néerlandais n’a pas été totalement épargné par les aléas. Une double crevaison en milieu de course l’a contraint à un changement de vélo rapide. Une simple péripétie sans conséquence, tant son avance était déjà confortable et la course derrière lui disloquée. Cette capacité à absorber les problèmes techniques sans panique reste l’un des piliers de son invincibilité.
Un podium à l’image de la nouvelle hiérarchie
Derrière l’intouchable leader, la lutte pour les places d’honneur a acté l’émergence d’une nouvelle génération. Tibor Del Grosso, son coéquipier chez Alpecin, a assuré une solide deuxième place à 45 secondes, confirmant son excellente saison. Plus loin, le jeune Belge Emiel Verstrynge a profité de l’essoufflement de Toon Aerts pour s’emparer de la troisième marche du podium.
Cette configuration souligne l’absence cruelle des cadors habituels. Wout van Aert, opéré d’une fracture à la cheville, et Laurens Sweeck, blessé, étaient forfaits. Leur absence, bien que prévisible, laisse planer un doute sur l’ampleur réelle de la domination de « MVDP ». Une question qui ne trouvera de réponse qu’à leur retour.
Du côté des femmes : Alvarado brise la série invincible de Brand
Dans l’épreuve féminine, la course a tenu toutes ses promesses en termes de suspense. La Néerlandaise Ceylin del Carmen Alvarado a réussi l’exploit de mettre fin à l’invincibilité saisonnière de sa compatriote Lucinda Brand, victorieuse de ses 13 dernières courses. Sur le même circuit piégeux, Alvarado a su rester à l’affût, profitant d’une erreur de la leader dans le dernier tour pour s’imposer. Puck Pieterse complète un podium 100% néerlandais. La Française Amandine Fouquenet, quatrième, confirme sa régularité au plus haut niveau en étant, une fois de plus, la meilleure non-Néerlandaise.
Vers un huitième titre mondial à Hulst ?
Avec cette neuvième victoire en autant de sorties, Mathieu van der Poel reprend logiquement la tête de la Coupe du Monde, qu’il domine malgré une participation réduite de moitié. Plus qu’un chiffre, c’est la manière qui impressionne. Son contrôle parfait de la gestion d’effort, sa lecture des conditions et sa maîtrise technique en toutes circonstances dessinent le portrait d’un champion au sommet de son art.
Tous les regards se tournent désormais vers le 1er février et les Championnats du Monde à Hulst, aux Pays-Bas. L’objectif est clair : un huitième titre planétaire. Sur la base de cette démonstration à Zonhoven, la question ne semble plus être de savoir qui peut le battre, mais qui peut, ne serait-ce que, le suivre. La concurrence, balayée par les intempéries et la puissance du Néerlandais, cherche encore un second souffle à moins d’un mois de l’échéance ultime.



Ce circuit de Zonhoven, rendu périlleux avec le gel, confirma ou entérina les dispositions ou profils de chacun. Du résultat des dames et du trio néerlandais victorieux Alvarado -Brand- Pieterse, nous pourrions relever que les conditions favorisèrent le succès d’Alvarado, celle de l’habileté technique, de la souplesse ou de l’agilité sur les terrains scabreux, lorsque la puissante et dominatrice Brand déroule plutôt une prise de risques inconsidérée, en l’occurrence chute lourdement à deux reprises ou s’emplafonne dans les barrières. Vint le podium ou Brand seconde et groggy accompagnait la fort téméraire et insouciante Pieterse 3é, mine réjouie, presque heureuse d’avoir d’inauguré la série des gamelles. Partie prudemment derrière ce trio survolté, et déroulant ses descentes de manière un peu mieux contrôlée, Fouquenet effectua une belle remontée pour confirmer son rang actuel. Elle se retrouve naturellement 4é. La course des hommes réservant un peu moins de chutes sur l’avant, il fallut attendre l’inévitable Nys qui bascula par dessus la barrière, y percuta une mamie avec son chien, puis parcourut le reste du circuit avec le guidon fracturé. Il n’en fallait pas plus pour rendre heureux nombre de spectateurs quelque peu blasés de voir Van der Poel survoler la scène, mais ravis de voir Nys assurer le spectacle; son pendant Del grosso ne se montra pas en reste, avec un traditionnel et téléphoné voltige en l’air des labours dans son dernier tour, numéro cependant terni par l’éclat vermeil d’un assez malheureux soleil sur la tête dans les tours précédents. Del Grosso, Meeusen, Brand et d’autres, quelques soleils sur la tête, beaucoup trop pâles, sur cet habituel et bien dangereux circuit.