Mol, l’enfer blanc : comment Van der Poel a brisé Van Aert dans un duel apocalyptique

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Mol l'enfer blanc comment Van der Poel a brisé Van Aert dans un duel apocalyptique
Image : @ExactCross

Neige, boue et intensité folle. À Mol, le cyclo-cross a offert une page d’histoire. Dans un décor digne d’un film épique, Mathieu van der Poel et Wout van Aert se sont livré une guerre d’usure. Jusqu’à la rupture. Revivez la course où le champion du monde a confirmé son invincibilité, tandis que son rival éternel a été terrassé par la malchance et une course impitoyable.

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L’Exact Cross de Mol ne sera pas un simple point dans un calendrier hivernal. Ce vendredi, sous un déluge de neige qui a transformé le parcours en paysage lunaire, la discipline a retrouvé son essence brute : un combat de gladiateurs où la technique, la puissance et la mentalité sont soumises à l’épreuve des éléments.

Ce n’était pas une course. C’était un acte de survie. Et au terme d’un affrontement d’une rare violence, un seul homme est resté debout : Mathieu van der Poel. Wout van Aert, lui, a été contraint à un abandon rare, son premier en cross élite, scellant un nouveau chapitre dans leur rivalité légendaire.

Un terrain de jeu transformé en champ de bataille

Dès les reconnaissances, le ton était donné. Une tempête hivernale s’est abattue sur la province d’Anvers, recouvrant sable, racines et asphaltes d’un manteau blanc traître. Ces conditions « dantesques » ont immédiatement réécrit les pronostics. La puissance pure devait composer avec une adhérence aléatoire et une gestion du risque permanente.

Un quatuor d’élite, prévisible, s’est détaché dès la première boucle : les deux titans, Van der Poel et Van Aert, accompagnés du spécialiste des bourbiers Toon Aerts et de l’infatigable Espagnol Felipe Orts. Mais très vite, le duel attendu a pris le pas sur le reste de la course.

La stratégie du Belge : une pression maximale dès l’entame

Contrairement à ses approches parfois tactiques, Wout van Aert a choisi l’offensive frontale. Dès le deuxième tour, il a imposé un tempo infernal en tête du groupe, cherchant manifestement à tester les limites de Van der Poel, peut-être vulnérable par un froid mordant. Cette charge, d’une intensité rare, a eu raison de Felipe Orts, décroché, et a mis Toon Aerts dans le rouge.

Pendant près de trois tours, le Belge a martelé le rythme. Une scène surprenante : Van der Poel, septuple champion du monde, semblait en difficulté, figé sur la roue arrière, luttant visiblement contre le froid. La stratégie de Van Aert, risquée, fonctionnait-elle ?

Le retournement de situation : l’erreur fatale

Le scénario a basculé dans le troisième tour. Sur l’un des nombreux bacs à sable dissimulés sous la neige, Van Aert a commis une légère erreur de trajectoire. Une ouverture infime. Suffisante pour que Van der Poel, tel un prédateur, lance une accélération foudroyante et prenne une quinzaine de secondes d’avance.

La course semblait pliée. Mais le cyclo-cross est un sport de revenants. Au tour suivant, dans un virage anodin, c’est le leader néerlandais qui a perdu l’adhérence et a chuté. Van Aert, loin de renoncer, a refait toute la cassure en moins d’une boucle. Le spectacle était relancé, plus haletant que jamais.

Le duel final et la chute qui change tout

Pendant deux tours, les deux hommes se sont écharpés à coups d’attaques, de contre-attaques et de regards en coin. Van Aert, entrepreneur, bloquait même le passage dans les secteurs techniques pour perturber le rythme de son adversaire. L’équilibre était parfait.

Jusqu’au septième tour. Reprenant les commandes, Van der Poel a forcé l’allure dans une portion asphaltée verglacée. Sous la pression, Van Aert a perdu le contrôle à l’entrée d’un virage. La chute fut lourde. Le Belge a violemment heurté le sol de la hanche, puis s’est tordu la cheville en tentant de se rattraper. Le visage crispé par la douleur, il a tenté de continuer, mais boitait manifestement. Quelques centaines de mètres plus tard, la décision était prise : abandon. Un geste qui en dit long sur la gravité du choc.

Analyse : les raisons d’une invincibilité et les conséquences d’un abandon

La victoire de Mathieu van der Poel à Mol dépasse le simple compte des victoires (8 sur 8 cette saison). Elle révèle une dimension mentale inédite. Dominé physiquement en début de course, il n’a jamais paniqué. Il a attendu son heure, a capitalisé sur la micro-erreur adverse, puis a géré son effort en solitaire malgré le froid. Sa quête d’un huitième maillot arc-en-ciel à Tábor (République tchèque) semble plus solide que jamais.

Pour Wout van Aert, l’enjeu est différent. Au-delà de la défaite, cet abandon pose question. S’agit-il d’un simple accident sans suite ou d’un pépin physique qui pourrait perturber sa préparation pour les objectifs sur route à venir ? Sa réaction à la chute et sa décision rapide d’arrêter suggèrent une prudence justifiée. Le duel pour le titre mondial, s’il a lieu, n’en sera que plus électrique.

Un podium pour l’histoire et un cross légendaire

Derrière le drame des deux géants, Toon Aerts a signé une magnifique deuxième place, confirmant son statut de roi des conditions extrêmes. Felipe Orts, tenace, complète un podium méritoire qui restera dans les annales.

L’Exact Cross de Mol 2026 a offert bien plus qu’une course. Il a offert un récit complet : un décor sublime, des protagonistes au sommet, des rebondissements incessants et un dénouement tragique pour l’un, glorieux pour l’autre. Une parfaite démonstration de la magie cruelle et captivante du cyclo-cross. Le genre de journée qui forge les légendes et dont les fans parleront pendant des années. La rivalité Van der Poel – Van Aert, elle, a trouvé à Mol un nouvel épisode, peut-être le plus poignant à ce jour.

1 COMMENTAIRE

  1. Avec cette subite tempête hivernale, ce cyclo-cross de Mol n’était vraiment pas fait pour les mous ! Rappelons une autre épreuve, parfois très difficile, la classique Jambes Mol à la sortie de l’hiver… En dehors des courses de Van der Poel ou Van Aert, relevons la course de Wyseure : le solide routier belge est 4é, sans gants, alors que beaucoup souffraient naturellement du froid aux mains, notamment le vainqueur Van der Poel.

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