Sous le soleil espagnol, Mathieu van der Poel a transformé la 10e manche de la Coupe du Monde en une démonstration tactique d’une froideur absolue. Alors qu’il avait renoncé à s’aligner, le champion du monde a finalement écrasé la course, réglant la question en un tour. Cette victoire, la 10e en 10 courses cet hiver, n’est pas un simple succès de plus. Elle est la pierre angulaire d’une saison parfaite et le tremplin vers Hulst, où un huitième maillot arc-en-ciel historique l’attend. Décryptage d’une domination qui réécrit les manuels.
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Comment Van der Poel a-t-il pulvérisé le mythe de Benidorm ?
Sur la Costa Blanca, le parcours de Benidorm était réputé pour être le kryptonite du phénomène néerlandais. Sec, rapide et technique, il avait vu la dernière défaite de Mathieu van der Poel (Alpecin-Premier Tech) en janvier 2024, un lointain souvenir où le circuit avait favorisé des puncheurs au profil différent. Cette fois, la narrative a été réécrite avec une autorité renversante.
La stratégie était d’une simplicité géniale. Profitant du travail de son jeune équipier Tibor Del Grosso et de la chute de Toon Aerts (Baloise Trek Lions) dans les premiers hectomètres, Van der Poel a accéléré à la jonction entre le roulant et le technique. « Tibor a fait un tour monstrueux. J’ai décidé d’y aller à fond immédiatement, pendant un ou deux tours, en espérant que ceux derrière hésiteraient » a-t-il confié. Ce calcul psychologique est la marque des grands tacticiens : forcer le doute chez des rivaux déjà battus d’avance.
En moins de dix minutes, il avait 30 secondes d’avance. La course était pliée. Cette sélection express rappelle les exploits d’un Greg Van Avermaet en son temps sur route, capable de tuer une classique dans l’œuf. Mais en cyclo-cross, une telle démonstration de force sur un parcours « adverse » est inédite depuis l’ère de Sven Nys.
Nys et Orts : que valent les places d’honneur face à un tel géant ?
Derrière l’ogre, la bataille pour les miettes du podium a offert un récit plus humain, presque chevaleresque. Thibau Nys (Baloise Trek Lions), le champion de Belgique, a immédiatement compris la vanité d’une poursuite. À la place, il a livré une course intelligente, assurant sa deuxième place au général de la Coupe du Monde. Son geste le plus marquant ? Avoir attendu et emmené jusqu’à la ligne l’Espagnol Felipe Orts (Estrella de Levante) vers un troisième podium historique à domicile. Un geste de classe qui rappelle les codes du sport d’antan, là où la bataille pour les points peut souvent être impitoyable.
Mais cette générosité pose une question qui dépasse le simple podium : Face à une domination aussi écrasante, la lutte pour la deuxième place devient-elle la seule vraie course ? Le débat est ouvert. Les chiffres sont têtus : avec 21 victoires consécutives, Van der Poel crée une distorsion dans la compétition. Les autres coureurs, pourtant de très haut niveau, semblent évoluer dans une catégorie parallèle.
Van der Poel peut-il vraiment tout gagner en 2026 ?
Le bilan est vertigineux. Dix courses, dix victoires. Vingt-et-une victoires d’affilée sur deux saisons. La statistique la plus parlante ? Son avance moyenne à l’arrivée cette saison dépasse les 45 secondes. Il ne gagne pas, il exile.
Tout semble désormais pointer vers le Championnat du Monde de Hulst, le 1er février. Sur ses terres néerlandaises, face à un public en transe, il visera un huitième maillot arc-en-ciel. Un record absolu qui lui permettrait de dépasser définitivement le légendaire Eric De Vlaeminck (7 titres). La pression sera d’une nature différente, mêlant l’attente nationale et le poids de l’histoire. Pourtant, à observer la sérénité avec laquelle il a géré Benidorm – une course qu’il avait même envisagé de zapper –, aucun signe de faille n’apparaît. Sa préparation route à Calpe semble avoir aiguisé sa condition plutôt que l’avoir émoussée.
Et côté français, quelle lumière dans l’ombre néerlandaise ?
Chez les femmes, Lucinda Brand (Baloise Trek Lions) a repris sa marche en avant avec une 18e victoire saisonnière, mais le fait marquant côté tricolore est la régularité d’excellence d’Amandine Fouquenet. Cinquième podium en Coupe du Monde cette saison, la Française s’impose comme la meilleure « non-Néerlandaise », un titre honorifique qui masque une progression remarquable. Sa capacité à rebondir après une défaite aux Championnats de France face à Célia Gery (4e à Benidorm) montre un mental d’acier.
Chez les hommes, la percée de Martin Groslambert (8e) et Rémi Lelandais (11e), qui signent leurs meilleures performances mondiales, est un vent d’optimisme pour le cyclo-cross français, souvent en retrait sur la scène internationale. Leur progression mérite d’être suivie à Maasmechelen et Hoogerheide.
Les deux dernières manches avant Hulst : simple formalité ?
Le week-end prochain scellera la Coupe du Monde à Maasmechelen (Belgique) et Hoogerheide (Pays-Bas). Mathieu van der Poel, leader avec 240 points devant Thibau Nys (220), peut mathématiquement remporter le globe cristal dès samedi en Belgique. La vraie question n’est pas le « si », mais le « comment ». Va-t-il chercher une victoire d’anthologie pour arriver en surchauffe à Hulst, ou gérer son effort avec la vision du seul objectif qui compte désormais : le Mondial ?
Pour les fans de stratégie pure, son approche de ces deux courses sera un fascinant indicateur de son état d’esprit. Jouera-t-il la sécurité à l’approche du Graal, ou au contraire, voudra-t-il assoir une domination psychologique totale sur ses rivaux mondiaux, comme un Bernard Hinault écrasant un Tour de France avant les JO ?
Une chose est certaine : chaque pédalée de Van der Poel entre maintenant dans l’histoire. Benidorm n’était pas une simple victoire de plus. C’était la confirmation qu’un athlète peut, parfois, transcender son sport au point d’en redéfinir les limites du possible. La machine est lancée, implacable, vers Hulst et l’éternité.
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Van der Poel lancé par Del Grosso puis rapidement seul devant, à l’arrière Nys emmenant Ortz afin de placer l’espagnol sur le podium, aucune surprise en cela; la curiosité et le plaisir se portèrent sur la course des français Groslambert et Lelandais dans un groupe de cadors pour la quatrième place, particulièrement M. Groslambert arrivé 8é, la meilleure performance pour lui et la France en coupe du monde cette saison. Il était heureux de voir ce jeune champion à la lutte à ce niveau, comme mis en confiance par sa seconde place à Troyes. Après ces championnats, la même motivation animait les françaises, dont la jeune championne de France C. Géry , finalement 4é à l’issue d’une course millimétrée, bien qu’à la limite de la ratagasse. La championne échouant à sauter Fouquenet pour la troisième place, l’honneur demeurait sauf et les deux françaises confirmaient leur progression et leur niveau actuel, à la lutte avec les leaders mondiales.