C’était bien plus qu’un simple sprint. Sur les routes venteuses de Valence, Dylan Groenewegen n’a pas seulement signé sa première victoire sous le maillot des Unibet Rose Rockets. Il a offert à sa jeune équipe ProTeam un manifeste tactique d’une rare intelligence. Face à Paul Magnier, le phénomène de la Soudal Quick-Step, le Néerlandais a transformé une classique en déclaration d’intentions. Analyse d’un succès qui dépasse largement le cadre d’une ouverture de saison.
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Une victoire signature : pourquoi le succès de Groenewegen à Valence est un message adressé à tout le WorldTour
Dès le coup de pistolet, l’intention était claire. La Clàssica Comunitat Valenciana 1969 n’était pas une simple formalité de janvier, mais un coup d’envoi stratégique. Pour Dylan Groenewegen, recruté à grands frais l’été dernier par la jeune équipe Unibet Rose Rockets, la pression était tangible. Il n’avait plus gagné depuis juin 2025 (sur le Tour de Slovénie), une éternité pour un sprinteur de son calibre. Pour son directeur sportif, la mission était double : valider l’investissement et prouver que cette ProTeam pouvait rivaliser en intelligence avec les géants du WorldTour. Mission accomplie, avec les honneurs.
Cette 42e édition, longue de 200 km, s’est jouée sur un détail que seuls les stratèges les plus avertis ont su exploiter : le vent. Alors que l’échappée matinale (Samuele Zoccarato et Enzo Leijnse) était neutralisée à 36 km du but, Unibet Rose Rockets, en parfaite synergie avec TotalEnergies, a déclenché l’offensive dans un secteur exposé. Le peloton a volé en éclats. Résultat ? Un groupe de 17 hommes, une sélection d’élite comprenant tous les favoris, a pris la direction de la course. Une manœuvre qui rappelle les grandes heures de la Quick-Step dans les classiques ardennaises. L’équipe n’a pas attendu le sprint : elle l’a créé, filtré, et imposé. Une démonstration d’autorité qui en dit long sur ses ambitions.
Le duel Groenewegen vs Magnier : la vieille garde répond au jeune loup
Le sprint final a cristallisé un conflit de générations des plus excitants. D’un côté, Dylan Groenewegen (32 ans), le vétéran au palmarès bourré de succès en WorldTour, en quête de renaissance. De l’autre, Paul Magnier (21 ans), la pépite française de Soudal Quick-Step, dont la montée en puissance est l’une des histoires à suivre de ce début de décennie. Les statistiques sont éloquentes : Groenewegen a remporté 78 victoires professionnelles depuis 2015, Magnier en est à ses premiers éclats majeurs, avec tout de même quelque 24 succès à son actif.
Pourtant, dans les derniers hectomètres parfaitement tracés par Elmar Reinders, Groenewegen a montré toute l’étendue de son expérience. Son lancement, plus précoce et plus puissant que celui du Français, n’a laissé aucune place au doute. Il a dominé sans réplique possible. Cette victoire pose une question cruciale pour la saison des sprints : la science parfaite du timing peut-elle encore contrer la fougue juvénile et la puissance brute des nouvelles générations ? Le duel est relancé, et les prochains rendez-vous (comme le Kuurne-Bruxelles-Kuurne) promettent d’être explosifs.
Unibet Rose Rockets : la ProTeam qui pense comme une WorldTeam
La performance collective mérite d’être soulignée. Souvent, les équipes ProTeam doivent se contenter de jouer les trouble-fêtes. Pas les Rockets. Leur gestion de course a été d’une précision chirurgicale. Après un contrôle en milieu de course avec XDS Astana, ils ont choisi le moment parfait pour frapper. En s’alliant avec TotalEnergies pour provoquer la bordure décisive, ils ont démontré une lecture de course et une capacité à créer des coalitions instantanées – une marque des grandes équipes tactiques.
Ce succès fondateur rappelle d’autres moments où une équipe a bâti sa légitimité sur une victoire précoce et tactique. On pense à la première victoire de B&B Hotels en 2020, annonciatrice d’une saison faste. Pour Unibet Rose Rockets, ce n’est pas qu’une victoire, c’est une carte de visite envoyée aux organisateurs de WorldTour. Le message est clair : nous avons les jambes, le leader, et surtout, le cerveau pour perturber la hiérarchie établie.
Analyse technique : comment le vent a sculpté la course et fabriqué le vainqueur
Le parcours valencien, avec son passage au Coll de Rates, est souvent considéré comme une formalité pour les sprinteurs purs. La météo en a décidé autrement. Les rafales à la sortie de Sagunt ont été l’élément déclencheur. La position des équipes dans le peloton à ce moment précis était déterminante. Selon les analyses faites à l’arrivée, les équipes les plus expérimentées dans l’exercice des bordures (Soudal Quick-Step, Jayco AlUla) étaient pour une fois prises de court par la proactivité des Rockets.
La composition du groupe de 17 est révélatrice : outre Groenewegen, Magnier et Jeannière (3e), on y trouvait Amaury Capiot (Jayco AlUla), Giovanni Lonardi (Polti VisitMalta) et Alberto Bruttomesso (Bahrain-Victorious). Absents ? Les sprinteurs dont les équipes ont été piégées ou ont manqué de vigilance. Cette course est un rappel brutal : en 2026, la saison ne démarre plus en février, mais en janvier, et la moindre erreur positionnelle est sanctionnée.
Perspectives : que peut-on attendre de Groenewegen et des Rockets après ce coup d’éclat ?
Pour Dylan Groenewegen, cette victoire est un immense soulagement. Elle valide son transfert et lui rend cette confiance indispensable à un sprinteur. Le calendrier qui l’attend est chargé, avec un objectif majeur : les classiques flandriennes et peut-être une incursion sur le Tour de France, si son équipe décroche des wild-cards.
Pour les Unibet Rose Rockets, le pari est déjà gagnant. Cette victoire en 1.1 leur offre une visibilité médiatique immense et renforce leur crédibilité. Elle leur donne également des points précieux dans la course aux invitations pour les grands rendez-vous. Cette équipe peut-elle devenir la nouvelle Arkea-Samsic, cette ProTeam capable de défier les plus grandes sur tous les terrains ? Sa trajectoire, marquée par un recrutement agressif et une vision tactique claire, le laisse penser.
La défaite, quant à elle, n’est pas synonyme d’échec pour Paul Magnier. Se classer devant des sprinteurs aussi aguerris à seulement 21 ans confirme son statut de phénomène. Pour Émilien Jeannière (TotalEnergies), ce podium est également une excellente opération, qui lance sa saison sous les meilleurs auspices.
La Classique de Valence 2026 restera dans les annales comme bien plus qu’une ouverture de saison. Elle a été le théâtre d’une démonstration tactique parfaite, le lieu d’un duel intergénérationnel passionnant et l’acte de naissance officiel d’un sérieux prétendant dans le paysage cycliste. Dylan Groenewegen a retrouvé le chemin de la victoire, et les Unibet Rose Rockets ont annoncé au monde qu’ils ne comptaient pas faire de la figuration. Une course qui, dès le mois de janvier, a déjà redistribué les cartes de la saison des sprints.
Classement de la Classique de Valence 2026 – Top 20
- GROENEWEGEN Dylan, Unibet Rose Rockets les 200 km en 4:46:09 (41,9 km/h)
- MAGNIER Paul, Soudal Quick-Step m.t.
- JEANNIÈRE Emilien, TotalEnergies m.t.
- REINDERS Elmar, Unibet Rose Rockets m.t.
- LONARDI Giovanni, Team Polti VisitMalta m.t.
- COPIOT Amaury, Team Jayco AlUla m.t.
- DONALDSON Robert, Team Jayco AlUla m.t.
- VAN MECHELEN Vlad, Bahrain – Victorious m.t.
- BELLETTA Dario Igor, Team Polti VisitMalta m.t.
- BRUTTOMESSO Alberto, Bahrain – Victorious m.t.
- GRINDLEY Sebastian, Lidl – Trek Future Racing m.t.
- KRIJNSEN Jelte, Team Jayco AlUla m.t.
- FELDMANN Karsten Larsen, Unibet Rose Rockets +0:03
- DAUPHIN Florian, TotalEnergies +0:10
- TOWNSEND Rory, Unibet Rose Rockets m.t.
- VAN GESTEL Dries, Soudal Quick-Step +0:14
- DESAL Ceriel, Soudal Quick-Step +0:17
- CAPRA Thomas, Bahrain – Victorious +0:30
- GARCÍA CORTINA Iván, Movistar Team m.t.
- FOLDAGER Anders, Team Jayco AlUla m.t.
122 coureurs classés. 4 abandons.
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