Entre la douceur de la Costa del Sol et l’âpreté des hauteurs andalouses, la Ruta del Sol 2026 risque de ne pas être une simple formalité de reprise. Avec un plateau taillé pour le punch et un parcours qui interdit tout répit, cette 72e édition s’annonce comme un duel générationnel. Analyse d’une course où les secondes se grappillent plus qu’elles ne se gagnent.
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L’Andalousie, terre de vérité précoce
L’Espagne du sud fait office de salle de concert pour le peloton en février. Si le Tour d’Algarve attire souvent les purs rouleurs, la Ruta del Sol, elle, a toujours eu cette saveur particulière, celle d’une classique qui durerait cinq jours. En 2026, la concurrence du calendrier est rude, mais l’histoire et le tracé de cette épreuve centenaire attirent encore une brochette de clients qui n’ont pas froid aux yeux.
Comme le disait le regretté Luis Ocaña, « ici, le vent et la chaleur vous apprennent à souffrir plus tôt que les autres. » Cette édition 2026, qui se déroule du 18 au 22 février, s’inscrit dans cette lignée. Ce n’est pas une course de haute montagne, mais c’est un piège permanent. Avec un dénivelé positif cumulé impressionnant de plus de 11 500 mètres pour seulement 803 km, la moindre ondulation est un prétexte à l’explosion. Les sprinteurs purs sont repartis frustrés de Malaga ; ici, c’est le terrain de jeu des puncheurs et des attaquants.
Pourquoi ce parcours 2026 est un régal tactique ?
Étape 1 (18/02) : Benahavís > Pizarra (163,9 km) – L’entrée en matière brutale
On ne prend pas ses marques en douceur sur cette édition. Le peloton plonge directement dans le vif du sujet avec l’ascension du Puerto del Madroño (19,9 km à 4,9%). C’est un col interminable, une sorte d’ascension qui use moins par sa pente que par sa longueur. Beaucoup de coureurs arriveront avec des cuisses encore « propres » de l’hiver, et ce genre d’effort prolongé est un réveil musculaire violent.
Si l’échappée matinale a peu de chances d’aller au bout, elle servira de révélateur pour les organismes. La descente vers Pizarra, après le passage technique du Puerto de las Abejas, pourrait voir des petits groupes se former. Mais attention : c’est une arrivée qui peut sourire à un coureur rapide si les équipes de favoris contrôlent. On pourrait voir un premier coup de poker de Tim Wellens (UAE Team Emirates XRG) ou d’un attaquant d’Uno-X Mobility, qui aiment brûler la politesse au peloton.
Étape 2 (19/02) : Torrox > Otura (138,6 km) – L’étape reine en miniature
C’est le juge de paix, sans aucun doute. Le Puerto de la Cabra, avec ses 25 kilomètres d’ascension vers les 1300 mètres, n’est pas un col pyrénéen, mais en février, c’est un monstre. C’est un col de rythme, idéal pour les rouleurs-grimpeurs.
Le piège se situe après la descente. Beaucoup penseront que le plus dur est fait, mais l’Alto de la Malahá, à 13 kilomètres de l’arrivée, est une petite sœur traîtresse. C’est le genre d’endroit où l’on peut lâcher un adversaire sur un tempo violent. Selon les données historiques de l’épreuve, les écarts au général se font rarement dans les pentes à 8% de la Cabra, mais souvent sur cette dernière bosse où la lucidité manque. L’arrivée à Otura, en faux-plat montant, est taillée pour un puncheur comme Thomas Pidcock ou Jan Christen.
Étape 3 (20/02) : Jaén > Lopera (170,1 km) – Le piège des oliveraies
Ne vous fiez pas au profil lissé de la carte. Cette étape dans la province de Jaén (lieu du sacre récent de Tim Wellens), c’est l’antichambre de l’enfer. Entre l’Alto de Santa Ana et le Puerto de Peñallana, la route ne fait que monter et descendre sur du bitume espagnol souvent cassant.
C’est le genre d’étape où la « baroude » peut réussir. Si une formation comme Red Bull-BORA-hansgrohe rate le coche sur la deuxième étape, c’est ici qu’elle peut envoyer un homme dans l’échappée pour reprendre du temps. La petite rampe finale dans Lopera est un mur idéal pour un puncheur-sprinteur. On pourrait voir un duel francophone entre Benoît Cosnefroy (UAE Team Emirates XRG) et un Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) affamé.
Étape 4 (21/02) : Montoro > Pozoblanco (166 km) – Le jour des « fast guys »
Enfin un peu de répit ? Pas tout à fait. Le « Kilomètre en Or » (Golden Km) à Pozoblanco est une innovation tactique. Il offre des bonifications précieuses. Imaginez le scénario : deux coureurs à 4 secondes au général, une minute de bonifs à prendre… C’est le genre de détail qui fait basculer une course.
L’arrivée est promise à un sprint, mais après 160 km de vallons, les véritables sprinteurs ne sont pas là. C’est le terrain de jeu idéal pour un Alexander Vlasov (Red Bull – BORA – hansgrohe) ou un Iván Romeo (Movistar) le champion d’Espagne, capable de produire un effort violent sur les dernières centaines de mètres. C’est aussi une occasion pour Christophe Laporte (Visma | Lease a Bike), pour sa rentrée, de tester ses sensations.
Étape 5 (22/02) : La Roda de Andalucía > Lucena (167,6 km) – Le feu d’artifice final
Le double passage de l’Alto de la Primera Cruz (2,8 km à 6%) est un format désormais classique mais diablement efficace. La deuxième ascension se termine à seulement 4 kilomètres de la ligne. C’est une invitation à l’attaque en solitaire.
C’est le profil idéal pour Thomas Pidcock. Une attaque tranchante dans le final, un petit col à bloc, et il ne reste plus qu’à gérer la descente et le faux-plat roulant jusqu’à Lucena. Mais c’est aussi là que la force collective d’UAE pourrait piéger le Britannique. Si Sivakov, Wellens et Christen sont tous dans le coup, ils peuvent user Pidcock par le surnombre.
Favoris – L’embarras du choix ou le triomphe d’un seul ?
Le grandissime favori : Thomas Pidcock (Pinarello Q36.5) ⭐⭐⭐
Techniquement, c’est le coureur le plus complet au départ. Il punch, il descend vite, il sprinte. Le final de Lucena lui tend les bras. Mais il y a un « mais » de taille. Son équipe Pinarello Q36.5 a des individualités solides, mais manque de la « machine de guerre » collective qu’UAE peut déployer. Si Pidcock est isolé dans le final de la 2e étape, il devra gérer les attaques à répétition de ses adversaires.
La meute UAE Team Emirates XRG : Un plan à trois têtes ⭐⭐
Ils sont partout, et ils le savent. Pavel Sivakov, le tenant du titre, a prouvé l’an dernier qu’il était capable de gérer une course par étapes sur le fil. Mais cette année, il partage le leadership avec deux autres serial-gagneurs.
Jan Christen : Vainqueur du AlUla Tour, le phénomène suisse, tout juste disqualifié de la Clasica Jaen, aura une revanche à prendre. Son punch est dévastateur. S’il arrive au pied de la Primera Cruz avec de bonnes jambes, il peut faire exploser le groupe.
Tim Wellens : Vainqueur de la Clasica Jaen après 55 kilomètres en solitaire. Il est en état de grâce. Même s’il n’est pas le plus rapide au sprint, il est capable d’un raid lointain qui piège tout le monde. Les 20 bornes du Puerto del Madroño, c’est son jardin.
Les chasseurs de Classiques ⭐⭐
Derrière le duo de tête, la densité est incroyable.
Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) : C’est sa course de reprise, et c’est peut-être son seul défaut. S’il est déjà à 100%, il peut jouer la gagne. Mais comme il l’a souvent dit, l’objectif est de tenir sur la durée. Sera-t-il trop « frais » ?
Benoît Cosnefroy (UAE Team Emirates XRG) : Avec déjà 8 jours de course exclusivement disputées en Espagne, le coureur de 30 ans est taillé pour ces arrivées en bosse. S’il limite l’écart sur les étapes de mouvement, le final de Lopera ou Lucena peut lui permettre de grappiller des secondes précieuses.
Alex Aranburu (Cofidis) : Le Basque est chez lui. Il connaît chaque pierre du chemin. Il a le profil idéal pour surprendre tout le monde si les gros se regardent. Il a disputé cette année la Figueira Champions Classic qu’il a terminée à la 2e place.
Les cartes dans le jeu ⭐
Aleksandr Vlasov (Red Bull-BORA-hansgrohe) sera le chef de file d’une équipe diminuée sans Van Gils, blessé. Il aura une liberté totale, ce qui peut être dangereux pour les favoris. Côté scandinave, Andreas Leknessund et Søren Wærenskjold (Uno-X Mobility) apportent du muscle et de la puissance. Enfin, ne négligez pas Ivan Romeo (Movistar), qui pourrait surprendre dans un final roulant.
Un combat d’hommes pour un soleil de février
Ce Tour d’Andalousie 2026 ne se jouera pas sur un seul sommet, mais sur une succession de coups de boutoir. La clé sera la gestion des efforts sur les cinq étapes, et surtout, la capacité à répondre présent dans les quinze dernières minutes de chaque étape.
Le duel annoncé entre Pidcock et le trio UAE est fascinant, mais ce serait une erreur d’oublier la nouvelle génération française (Grégoire) ou la vieille garde attaquante (Wellens). La Ruta del Sol, c’est l’histoire du cyclisme espagnol en accéléré : on y gagne avec les dents, pas avec le chronomètre.
Question à la communauté : Selon vous, Pidcock peut-il contrer le collectif d’UAE en supériorité numérique, ou la course est-elle déjà pliée ? Donnez votre avis en commentaire !
Startlist – Qui sont les coureurs engagés participants au Tour d’Andalousie 2026 ?
Avec seulement 6 WorldTeams sur 17 équipes, on pourrait croire à un plateau réduit. C’est mal connaître les ProTeams qui, sur ce terrain, peuvent rivaliser. Voici la répartition des forces pour cette édition :
Cette sélection réduite de WorldTeams signifie que les courses ne seront pas verrouillées. Les équipes de deuxième division ont tout intérêt à dynamiter la course, rendant le contrôle plus difficile pour les « grosses écuries ».
UAE Team Emirates – XRG (WT) ✅
1, WELLENS, Tim
2, CHRISTEN, Jan
3, COSNEFROY, Benoît
4, JOHANSEN, Julius
5, NOVAK, Domen
6, SIVAKOV, Pavel
Uno-X Mobility (WT) ✅
11, WÆRENSKJOLD, Søren
12, TRÆEN, Torstein
13, LEKNESSUND, Andreas
14, KULSET, Johannes
15, KAMP, Alexander
16, BYSTRØM, Sven Erik
17, HOELGAARD, Markus
Movistar Team (WT) ✅
21, ARCAS, Jorge
22, AULAR, Orluis
23, BARRENETXEA, Jon
24, CEPEDA, Jefferson Alveiro
25, LÓPEZ, Juan Pedro
26, MACIEJUK, Filip
27, ROMEO, Iván
TotalEnergies (PRT) ✅
31, BOUCHARD, Geoffrey
32, BOULAHOITE, Rayan
33, BURGAUDEAU, Mathieu
34, DUJARDIN, Sandy
35, GACHIGNARD, Thomas
36, JOUSSEAUME, Alan
37, VERCHER, Mattéo
Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team (PRT) ✅
41, PIDCOCK, Thomas
42, HERMANS, Quinten
43, MAŁECKI, Kamil
44, MEURISSE, Xandro
45, VAN MOER, Brent
46, VADER, Milan
47, WRIGHT, Fred
Red Bull – BORA – hansgrohe (WT) ✅
51, ETXEBERRIA, Haimar
52, BOICHIS, Adrien
53, HAJEK, Alexander
54, TUCKWELL, Luke
55, PAJUR, Romet
56, VLASOV, Aleksandr
57, WANDAHL, Frederik
Burgos Burpellet BH (PRT) ✅
61, DÍAZ, José Manuel
62, APARICIO, Mario
63, BURNETT, Josh
64, CHUMIL, Sergio Geovani
65, HERRADA, Jesús
66, OKAMIKA, Ander
67, BOUGLAS, Georgios
Equipo Kern Pharma (PRT) ✅
71, AZANZA, Ibai
72, CARRASCOSA, Pablo
73, GIMENO, Nil
74, GÓMEZ, Iker
75, COBO, Iván
76, IRIBAR, Unai
77, MARTÍN, José María
Caja Rural – Seguros RGA (PRT) ✅
81, BOU, Joan
82, DARDER, Sergi
83, GAVIRIA, Fernando
84, IBÁÑEZ, Javier
85, LARRONDE, Ellande
86, NICOLAU, Joel
87, PARRA, José Félix
Euskaltel – Euskadi (PRT) ✅
91, AGIRRE, Jon
92, MARTÍN, Gotzon
93, MINTEGI, Iker
94, BIZKARRA, Mikel
95, UGARTE, Gari
96, MURGUIALDAY, Jokin
97, ALUSTIZA, Nicolás
Team Flanders – Baloise (PRT) ✅
101, CRABBE, Tom
102, LAMBRECHT, Michiel
103, LANHOVE, Milan
104, THONNON, Senne
105, VAN HEMELEN, Vincent
106, VANDENABEELE, Henri
107, VANDENSTORME, Dylan
Petrolike (CT) ✅
111, CAICEDO, Jonathan Klever
112, CALLEJAS, Edison Alejandro
113, PONOMAR, Andrii
114, EPIS, Giosuè
115, PRIETO, José Antonio
116, ZARATE, Michael
117, QUINTERO, Juan Diego
Groupama – FDJ United (WT) ✅
121, BRAZ AFONSO, Clément
122, DECOMBLE, Maxime
123, GRÉGOIRE, Romain
124, MADOUAS, Valentin
125, PENHOËT, Paul
126, RUSSO, Clément
127, TRONCHON, Bastien
Cofidis (PRT) ✅
131, ARANBURU, Alex
132, FRETIN, Milan
133, KIRSCH, Alex
134, ALLEGAERT, Piet
135, TEUNS, Dylan
136, IZAGIRRE, Ion
137, MONIQUET, Sylvain
Team Visma | Lease a Bike (WT) ✅
141, LAPORTE, Christophe
142, ZINGLE, Axel
143, SMITH, William
144, FIORELLI, Filippo
145, CAMPENAERTS, Victor
146, VAN KERCKHOVE, Matisse
147, VAN BELLE, Loe
Modern Adventure Pro Cycling (PRT) ✅
151, BOARDMAN, Samuel
152, FLÓREZ, Samuel
153, HAUG, Kieran
154, OLIVER, Ben
155, SCALA, Hugo
156, TOWERS, Lucas
157, WRIGHT, Paul
MBH Bank CSB Telecom Fort (PRT) ✅
161, AMBROSINI, Matteo
162, CRETTI, Luca
163, BURATTI, Nicolò
164, DINA, Márton
165, BUDZIŃSKI, Marcin
166, NESPOLI, Lorenzo
167, FANCELLU, Alessandro
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