Il a crevé à 20 kilomètres de l’arrivée, a dû revenir comme un dératé avec l’aide de ses équipiers, et a finalement coiffé tout le monde sur le poteau. Harold Tejada (XDS-Astana) a signé ce vendredi 13 mars la plus belle victoire de sa carrière en s’imposant en solitaire à Apt. Dans une Côte de Saignon explosive, le Colombien a joué la carte de l’intelligence pour contrer Lenny Martinez et surprendre un peloton de favoris qui se regardait. Retour sur un succès construit dans l’ombre et conclu dans la lumière.
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Le coup de filou de Tejada : le Colombien surprend les cadors et s’offre la 6e étape de Paris-Nice à Apt
L’attaque de la maturité. Il y a des victoires qui se jouent sur un coup de pédale, et d’autres qui se construisent dans la tête. Celle d’Harold Tejada sur la 6e étape de Paris-Nice 2026 appartient clairement à la seconde catégorie. À 28 ans, le Colombien de la XDS-Astana a décroché son premier bouquet sur le WorldTour, et il l’a fait avec la manière : une attaque placée au sommet de la dernière difficulté, une descente maîtrisée, et un finish en solitaire dans les rues d’Apt qui laisse une empreinte durable sur cette « Course au Soleil ».
Pourtant, rien n’était gagné pour l’ancien vainqueur d’étape du Tour de Colombie. À 19 kilomètres du but, alors que ses équipiers venaient de le ramener après une crevaison, beaucoup l’auraient enterré. Mais Tejada a cette insouciance calculée des grands baroudeurs. « Aleksandr Vinokourov m’avait dit d’être prêt au sommet et dans la descente » a-t-il confié après l’arrivée. Un conseil en or de la part du manager kazakh, ancien lauréat de Paris-Nice, qui a transformé une alerte mécanique en opportunité historique.
Comment Tejada a-t-il fait la différence dans la Côte de Saignon ?
Une échappée matinale promise à l’oubli
Avant le numéro de Tejada, il y a eu la longue cavale de quatre fuyards. Il aura fallu plus de 50 kilomètres de course folle pour voir enfin se former l’échappée du jour. Joshua Tarling (INEOS Grenadiers), l’immense espoir britannique du contre-la-montre, Igor Arrieta (UAE Team Emirates XRG), Steff Cras (Soudal Quick-Step) et Arthur Kluckers (Tudor) ont composé un quatuor de costauds. Leur avantage ? Jamais très conséquent, oscillant autour de la minute trente, signe que le peloton, sous l’impulsion de la Cofidis pour Bryan Coquard et de la Lidl-Trek pour Mattias Skjelmose, n’entendait pas laisser filer la dernière chance des puncheurs.
Selon les datas recueillies, le rythme imposé dans le Col de l’Aire Deï Masco (7,2 km à 4,3%) par Søren Kragh Andersen (Lidl-Trek), sorti en contre, a scellé le destin des attaquants. Un rythme infernal qui a lessivé Cras, repris, et condamné Tarling et Arrieta à un numéro de duettistes voué à l’échec.
Le timing parfait de l’attaque de Tejada
C’est dans la Côte de Saignon (4,1 km à 5%, mais avec des rampes bien plus sévères) que le scénario a basculé. À 5 kilomètres de l’arrivée, Tarling et Arrieta sont avalés par un peloton réduit à une trentaine d’unités. Aussitôt, Lenny Martinez (Bahrain-Victorious) lance les hostilités. Le Français, cinquième du général, veut sa revanche après une semaine contrastée.
Mais c’est là qu’intervient le génie tactique d’Harold Tejada. Alors que Jonas Vingegaard (Visma-Lease a Bike) colle immédiatement à la roue de Martinez, et que Kévin Vauquelin (INEOSs) et Valentin Paret-Peintre (Soudal) tentent leurs propres offensives, un léger temps mort s’installe au sommet. Tejada, qui n’est que 10e au général après l’abandon matinal d’Oscar Onley, n’est pas considéré comme une menace directe. Il en profite. Il allume la mèche, seul, à 3,4 kilomètres de la ligne, dans un petit moment de flottement où les favoris se neutralisent. « J’ai vu que Vingegaard regardait Martinez, et que Martinez regardait Vingegaard. C’était le moment ou jamais » pourrait-on imaginer de la part du Colombien.
Vidéo et analyse : pourquoi ce succès change la donne pour Tejada ?
Ce succès d’Harold Tejada n’est pas anodin à plusieurs titres.
Premièrement, il valide la stratégie de la nouvelle formation XDS-Astana. Après des années de vaches maigres, l’équipe kazakhe, désormais épaulée par le sponsor chinois XDS, prouve qu’elle peut exister sur le WorldTour. Deux victoires d’étapes sur Paris-Nice, c’est un bilan plus qu’honorable.
Deuxièmement, il met en lumière un paradoxe du cyclisme moderne. Parfois, ce ne sont pas les plus forts qui gagnent, mais les plus malins. « J’ai eu de la chance, mais j’avais la consigne » a reconnu Tejada. Son expérience lui a permis de lire la course parfaitement, là où des plus jeunes se sont brûlé les ailes.
Enfin, ce succès pose une question aux équipes des favoris : ne faut-il pas désormais contrôler davantage les coureurs classés entre la 10e et la 20e place au général ? Avec l’abandon d’Onley, Tejada est devenu moins marqué, et il en a profité. C’est une leçon de tactique que Vingegaard et ses lieutenants devront retenir pour les années à venir.
Classement Paris-Nice 2026, étape 6 – Top 20
Le pari fou de Tejada a payé. Avec six secondes d’avance sur le peloton, il lève les bras à Apt pour la deuxième victoire de sa carrière pro et la deuxième de sur l’épreuve pour XDS-Astana après celle de Max Kanter.
Derrière, le sprint pour la deuxième place a souri au champion de France, Dorian Godon (INEOS Grenadiers). Lewis Askey (NSN) complète le podium, tandis que Bryan Coquard (Cofidis) doit se contenter de la 4e place, frustré de voir une opportunité de victoire lui échapper une fois de plus.
La performance française est à souligner : cinq coureurs tricolores intègrent le top 10 (Godon, Coquard, Kévin Vauquelin 7e, Valentin Paret-Peintre 8e, Alex Baudin 10e). Une densité qui confirme la forme olympique du cyclisme hexagonal, même si la victoire leur a encore échappé.
- TEJADA HAROLD, XDS Astana Team les 179,3 km en 3:54:38 (45,8 km/h)
- GODON DORIAN, INEOS Grenadiers +0:06
- ASKEY LEWIS, NSN Cycling Team m.t.
- COQUARD BRYAN, Cofidis m.t.
- TRENTIN MATTEO, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- PITHIE LAURENCE, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- VAUQUELIN KÉVIN, INEOS Grenadiers m.t.
- PARET-PEINTRE VALENTIN, Soudal Quick-Step m.t.
- VLASOV ALEKSANDR, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- BAUDIN ALEX, EF Education – EasyPost m.t.
- VACEK MATHIAS, Lidl – Trek m.t.
- PRODHOMME NICOLAS, Decathlon CMA CGM Team m.t.
- STEINHAUSER GEORG, EF Education – EasyPost m.t.
- VINOKUROV NICOLAS, XDS Astana Team m.t.
- MARTÍNEZ DANIEL FELIPE, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- RONDEL MATHYS, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- MARTINEZ LENNY, Bahrain – Victorious m.t.
- CEPEDA JEFFERSON ALVEIRO, Movistar Team m.t.
- VINGEGAARD JONAS, Team Visma | Lease a Bike m.t.
- SOLER MARC, UAE Team Emirates – XRG m.t.
Classement général à l’issue de la 6e étape – Top 20
- VINGEGAARD JONAS, Team Visma | Lease a Bike en 21:16:50
- MARTÍNEZ DANIEL FELIPE, Red Bull – BORA – hansgrohe +3:22
- STEINHAUSER GEORG, EF Education – EasyPost +5:50
- VAUQUELIN KÉVIN, INEOS Grenadiers +6:09
- MARTINEZ LENNY, Bahrain – Victorious +7:37
- SOLER MARC, UAE Team Emirates – XRG +8:15
- IZAGIRRE ION, Cofidis +9:02
- RONDEL MATHYS, Tudor Pro Cycling Team +10:06
- BAUDIN ALEX, EF Education – EasyPost +10:16
- TEJADA HAROLD, XDS Astana Team +11:27
- PARET-PEINTRE VALENTIN, TotalEnergies +12:08
- VERCHER MATTÉO, Soudal Quick-Step +19:09
- ZUKOWSKY NICKOLAS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +20:30
- PLOWRIGHT JENSEN, Alpecin-Premier Tech +23:42
- LEKNESSUND ANDREAS, Uno-X Mobility +23:53
- CAVAGNA RÉMI, Groupama – FDJ United +26:55
- VLASOV ALEKSANDR, Red Bull – BORA – hansgrohe +28:06
- SÜTTERLIN JASHA, Team Jayco AlUla +30:35
- CAMPENAERTS VICTOR, Team Visma | Lease a Bike +30:50
- DELBOVE JORIS, TotalEnergies +32:27
Quel scénario pour l’étape reine vers Auron ?
Samedi, c’est une toute autre musique qui attend les coureurs. L’étape reine entre Nice et Auron (138 km) s’annonce comme un juge de paix impitoyable. Avec une météo incertaine (la neige n’est jamais loin en mars), les écarts pourraient être considérables.
Vingegaard, avec plus de trois minutes d’avance, semble intouchable. Mais Paris-Nice est imprévisible. Lenny Martinez, qui a montré des jambes de feu dans la Côte de Saignon, tentera sûrement un coup de loin.
Une question brûle les lèvres de tous les observateurs : Vingegaard va-t-il gérer ou veut-il écraser la concurrence pour envoyer un message avant le Tour de France ? La réponse sera donnée dans les pentes d’Auron, là où les grimpeurs se révèlent et où les leaders se consacrent.
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