Avec un Jonas Vingegaard (Visma Lease a Bike) à 90% de chances de victoire selon notre analyse, le Giro 2026 semble verrouillé. Pourtant, derrière le Danois, une lutte féroce s’annonce pour le podium, menée par le prodige italien Giulio Pellizzari (Red Bull BORA-hansgrohe) et un Felix Gall en état de grâce. Entre la cascade de forfaits (Carapaz, Landa, Almeida) et le tracé le plus montagneux de la décennie, voici le guide ultime pour comprendre les forces en présence.
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Jonas Vingegaard est-il vraiment imbattable sur ce Giro 2026 ?
L’irrésistible ascension vers le cercle des Immortels
Ne tournons pas autour du pot : selon nos données compilées et les cotes des bookmakers, Jonas Vingegaard est le patron absolu de cette 109e édition. Le leader de la Visma Lease a Bike n’est pas seulement venu pour gagner, il est venu pour entrer dans l’Histoire. Comme l’écrivait Jacques Augendre, mémorialiste du Tour, “les grands champions se mesurent à leur capacité à dominer l’inconnu”. Or, le Giro est pour Vingegaard la dernière terra incognita. Vainqueur du Tour de France 2022 et 2023, puis de La Vuelta 2025, il n’est plus qu’à 21 étapes de rejoindre Merckx, Hinault et Contador dans le club des vainqueurs des trois Grands Tours. Sa préparation n’a jamais été aussi clinique : impérial sur Paris-Nice, intouchable sur le Tour de Catalogne, il respire la sérénité de l’ogre repu avant l’attaque. « Je pense déjà au Tour de France » a-t-il même osé déclarer, une provocation stratégique qui en dit long sur la confiance placée dans son coup de pédale sur les longs cols.
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L’équation du contre-la-montre et de la troisième semaine
Si l’on cherche la faille, elle est plus météorologique que sportive. Le Giro est une course de « guérilla », contrairement au Tour de France qui est une « guerre de positions ». Visma n’amène pas ici la garde prétorienne aperçue en juillet. Si Sepp Kuss et le prometteur Davide Piganzoli seront ses derniers remparts en montagne, la formation néerlandaise devra gérer une première semaine piégeuse en Bulgarie. L’atout massue de Vingegaard ? Le contre-la-montre. Sur le chrono plat de 42 km de la 10e étape, il pourrait reprendre plus d’une minute trente à un grimpeur pur comme Giulio Pellizzari. Dès lors, le scénario est écrit : assommer la course avant la troisième semaine pour gérer son effort en pensant au doublé avec le Tour.
Giulio Pellizzari peut-il briser la malédiction du Tour des Alpes ?
De l’ombre de Nibali à la lumière du Blockhaus
Depuis la retraite de Vincenzo Nibali, l’Italie cycliste cherche son sauveur. À seulement 22 ans, Giulio Pellizzari (Red Bull-BORA-hansgrohe) a la lourde tâche de porter les espoirs d’une nation. Sa domination sans partage sur le Tour des Alpes 2026 (deux étapes et le général) a fait de lui la sensation de ce printemps. Mais il y a une ombre au tableau : l’histoire récente montre que le vainqueur du Tour des Alpes échoue souvent à confirmer sur le Giro. “La malédiction est une construction médiatique, ce qui compte c’est le ratio poids/puissance sur le Mortirolo” déclarait notre rédacteur. Porté par une équipe Red Bull à deux têtes avec Jai Hindley, Pellizzari possède un tempérament offensif, presque kamikaze, qui contraste avec le froid réalisme de Vingegaard. Sa capacité à « dynamiter » la course de loin, à la manière d’un Marco Pantani, sera sa meilleure arme pour faire vaciller le Danois. Selon vous, le public italien sera-t-il un moteur suffisant pour lui donner les watts nécessaires face au froid rouleur danois ?
La lutte pour le podium : Bernal, Yates ou la régularité Gall ?
Egan Bernal, l’instinct du survivant face à la science d’Arensman
Derrière le duo de tête, un véritable champ de bataille se profile. La Team INEOS débarque avec une dualité tactique fascinante. D’un côté, Egan Bernal, vainqueur du Giro 2021, n’a plus la même explosivité depuis son grave accident de 2022, mais son récent regain de forme au Tour des Alpes et son titre de champion de Colombie montrent qu’il a retrouvé son « coup de chaud » instinctif. De l’autre, Thymen Arensman, 3e du Tour des Alpes, incarne le coureur diesel par excellence. Comme l’indiquent les courbes de puissance, le Néerlandais est un pur produit de la troisième semaine. Son point fort est clair : le chrono. Il pourrait reprendre près de deux minutes à Bernal dans l’exercice solitaire. Si INEOS parvient à faire jouer l’équipe sans créer de tensions, ils pourraient bien placer deux hommes dans le Top 5.
Adam Yates, le plan B devenu plan A
La UAE Team Emirates XRG avait bâti son Giro autour de João Almeida. Le forfait du Portugais redistribue les cartes. C’est Adam Yates qui hérite du leadership, un peu à la surprise générale. Moins tranchant depuis deux saisons, il a soudainement retrouvé la lumière en remportant O Gran Camino. Sa science de la course et son expérience suppléent une équipe UAE étonnamment « light » en montagne, où seul le grimpeur Jay Vine semble en mesure de l’épauler dans le final. Yates n’a pas le droit à l’erreur. S’il veut rendre hommage à son frère Simon, vainqueur sortant, il devra courir à l’économie et éviter les « jours sans » qui ont parfois plombé sa régularité.
Felix Gall, le régulier qui monte
C’est peut-être le coureur le plus fiable du peloton en 2026. Comme l’attestent les analyses de datas, Felix Gall (Decathlon CMA CGM) est passé de « talent fantasque » à « métronome ». 5e du Tour, 8e de la Vuelta, toujours placé sur les courses d’une semaine, l’Autrichien aborde ce Giro avec un parcours taillé pour lui : un seul long chrono (où il limitera la casse) et sept arrivées au sommet. Sans Paul Seixas, parti sur le Tour, Gall est le leader unique et son podium semble presque inéluctable, sauf chute ou défaillance. Sa montée en puissance silencieuse est la marque des plus grands.
Classement des favoris & Cotes de la rédaction
Voici notre grille d’évaluation basée sur la forme du moment, l’historique et le parcours.
⭐⭐⭐⭐⭐ Jonas Vingegaard (Visma Lease a Bike) – 90% de chances de victoire : Le patron. Sa seule inconnue : la gestion du Giro sans l’armada du Tour.
⭐⭐⭐⭐ Giulio Pellizzari (Red Bull Bora-hansgrohe) – 20% : Le challenger émotionnel. Doit prouver sur trois semaines ce qu’il fait sur une.
⭐⭐⭐⭐ Felix Gall (Decathlon CMA CGM) – 5% : La valeur sûre. Si Vingegaard vacille, il a le moteur pour en profiter.
⭐⭐⭐ Egan Bernal (Ineos Grenadiers) – 5% : L’expérience pure. Mais son contre-la-montre reste une épée de Damoclès.
⭐⭐⭐ Thymen Arensman (Ineos Grenadiers) – 5% : Le spécialiste de la dernière heure. Attention au jour de moins bien.
⭐⭐⭐ Jai Hindley (Red Bull Bora-hansgrohe) – 5% : Co-leader ou simple lieutenant ? Son rôle décidera de son classement.
⭐⭐ Adam Yates (UAE Team Emirates XRG) – 3% : Candidat naturel au Top 5, piégé par le manque d’équipiers en haute montagne.
⭐⭐ Derek Gee (Lidl Trek) – 2% : Son état de santé incertain le condamne presque à viser juste le Top 10.
Le Top 15 pronostiqué par notre expert
Premier – Jonas Vingegaard
Deuxième – Giulio Pellizzari
Troisième – Felix Gall
4 – Thymen Arensman
5 – Adam Yates
6 – Egan Bernal
7 – Jai Hindley
8 – Michael Storer
9 – Santiago Buitrago
10 – Enric Mas
11 – Derek Gee
12 – Giulio Ciccone
13 – Mathys Rondel
14 – Ben O’Connor
15 – Alessandro Pinarello
Quels outsiders et Français peuvent créer la surprise ?
La lutte pour les accessits promet d’être tout aussi palpitante. Enric Mas (Movistar Team) effectue une rentrée mystérieuse après une longue absence. Comme le veut l’adage, « un Mas précaire est un Mas dangereux« , mais son manque de compétition risque de lui coûter cher dans le rythme. Michael Storer (Tudor Pro Cycling), 4e du Tour des Alpes, est sans doute le coureur le plus sous-coté. Capable de coups d’éclat, il pourrait profiter d’une échappée au long cours pour intégrer le Top 8.
Côté français, tous les yeux sont rivés sur Mathys Rondel (Tudor). En très grande forme, il porte les espoirs d’un Top 10 qui serait un accomplissement majeur face aux armadas WorldTour. Mais attention à la pépite Alessandro Pinarello (NSN – 3e d’O Gran Camino), novice à ce niveau, qui pourrait bien déjouer tous les pronostics. Pensez-vous qu’un coureur non listé dans le Top 5 actuel peut créer une déflagration comparable à celle d’un Tao Geoghegan Hart en 2020 ?
L’avis de la rédaction : Vingegaard va-t-il s’ennuyer ?
La victoire de Jonas Vingegaard ne fait quasiment aucun doute, sauf catastrophe. L’enjeu de ce Giro 2026 ne se situe pas au sommet, mais dans le combat pour l’honneur. Entre la fougue de Pellizzari, la régularité clinique de Gall et la science tactique du duo INEOS Bernal-Arensman, le spectacle devrait être garanti dans les Dolomites. Vingegaard veut le maillot rose pour préparer le doublé Tour, et il a les jambes pour ne jamais être inquiété. La « Corsa Rosa » sacrera un Danois, mais c’est bien un Italien, Giulio Pellizzari, qui pourrait conquérir le coeur des tifosi.
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