Sous des trombes d’eau dans le Gard, la 2e étape de l’Étoile de Bessèges 2026 a connu un dénouement digne d’un thriller. Alors que le dernier échappé, Arnaud Tendon, était englouti à 50 mètres du but, un duel titanesque se profilait entre Dylan Groenewegen et Matteo Moschetti. Personne n’avait envisagé l’intrusion de Mathieu Kockelmann, le jeune Luxembourgeois de Lotto-Intermarché, censé être un simple lanceur. Récit d’une victoire volée, analyse d’une stratégie qui a déjoué tous les pronostics et décryptage de ce succès qui change la donne pour la nouvelle structure fusionnée.
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Un scénario à suspense : l’échappée tendue jusqu’à l’ultime mètre
L’Étoile de Bessèges 2026 n’a décidément pas froid aux yeux. Après la surprise Tom Crabbe la veille, la 2e étape entre Saint-Gilles et Domessargues a offert un spectacle brut, trempé par une pluie incessante. Dès le kilomètre zéro, un quatuor courageux se forme : Samuel Leroux (TotalEnergies), Maël Guégan (CIC Pro Cycling Academy), Axel Bouquet (St Michel – Preference Home – Auber93) et le Suisse Arnaud Tendon (Van Rysel-Roubaix). Leur avance, soigneusement contrôlée par un peloton méfiant, ne dépassera jamais les 3 minutes 30, selon les données. La météo, véritable actrice de la course, transforme la poursuite en épreuve de patience et de gestion. Le duel s’engage entre les équipes des favoris, Unibet Rose Rockets pour Groenewegen et Pinarello-Q36.5 pour Moschetti, et la résistance opiniâtre de l’avant.
Tendon, le héros tragique d’un film à la française
Le suspense atteint son paroxysme dans les derniers kilomètres. Alors que le peloton semble procrastiner, Arnaud Tendon (Van Rysel-Roubaix) lance une ultime et désespérée sortie en solitaire à 3 km du but. L’image est puissante : un coureur continental, dos rond sous l’averse, défiant les mastodontes du World Tour. Son avance fond, mais ne craque pas : 25 secondes à 4 km, encore 20 secondes à flamme rouge. Une chute dans le peloton désorganise légèrement la meute, ajoutant au chaos. Le public, massé sous les parapluies, retient son souffle. Tendon est finalement happé par le train des sprinteurs lancés à 65 km/h… à 50 mètres seulement du trait de craie. Une cruauté statistique : c’est l’échappé repris le plus près de l’arrivée sur l’Étoile depuis l’édition 2021.
Kockelmann contre Groenewegen : le duel que personne n’avait vu venir
Dans le brouillard des gerbes d’eau, le scénario semblait écrit pour un duel entre l’expérience néerlandaise et la foudre italienne. Dylan Groenewegen (Unibet Rose Rockets), vainqueur de la Classica Valenciana et titulaire de 6 étapes du Tour de France, était le favori logique. À ses côtés, Matteo Moschetti (Pinarello-Q36.5), finisseur redoutable. Mais dans les roues de ce dernier, un jeune homme de 22 ans jouait un rôle précis : Mathieu Kockelmann (Lotto-Intermarché) devait être le dernier lanceur pour son leader Matys Grisel. « Mon ordre était clair : tout donner pour Matys et me mettre sur la gauche pour qu’il me double par la droite » confiera-t-il. Mais dans le chaos final, Grisel disparaît du champ de vision.
L’instinct du néo-pro et le geste parfait qui fait la différence
Kockelmann, lancé à bloc et voyant un espace à gauche, s’engage dans son effort. « Je n’ai jamais regardé derrière » avouera-t-il. Sans le savoir, il sprinte pour la victoire. À sa droite, Groenewegen, lancé plus tard, remonte comme un météore. Leurs vélos se jettent sur la ligne détrempée. Pendant de longues minutes, l’incertitude règne. Le verdict de la photo-finish est requis. Finalement, la décision tombe : Kockelmann devance Groenewegen de quelques centimètres. Moschetti complète le podium. Ce succès est lourd de symboles : c’est le premier pour la formation fusionnée Lotto-Intermarché, et le deuxième seulement de la carrière du Luxembourgeois, après une étape du Tour du Luxembourg 2025. Une victoire volée ? Non. Une victoire d’instinct et de technique parfaite.
Analyse tactique : pourquoi Lotto-Intermarché a (involontairement) tout réussi
Derrière cette victoire surprise se cache une réalité tactique fascinante. En positionnant Kockelmann comme un « faux » poisson-pilote, l’équipe dirigée ici par l’ancien routier-sprinteur Adrien Petit a involontairement créé l’effet de surprise parfait. Les équipes rivales, focalisées sur Grisel, Groenewegen et Moschetti, ont sous-estimé le Luxembourgeois. Son lancement précoce, censé être un lead-out, s’est transformé en un sprint long et puissant parfaitement adapté à la légère montée finale. Une question pour les puristes : Dans le sprint moderne, la multiplication des leaders potentiels au sein d’une même équipe est-elle devenue l’arme ultime pour semer le doute ?
Conséquences sur le général et perspectives pour la suite
Au classement général, Tom Crabbe (Team Flanders-Baloise), 15ème de l’étape, conserve le maillot de leader. Grâce aux bonifications, Kockelmann grimpe à la 4ème place, à 10 secondes. La bataille pour le général reste ouverte à une poignée de coureurs, dont Lukáš Kubiš (Unibet Rose Rockets) et Clément Izquierdo (Cofidis). Maël Guégan endosse le maillot de meilleur grimpeur. La course bascule désormais vers des terrains plus accidentés. L’étape reine autour de Bessèges et le contre-la-montre en côte final promettent un tout autre registre. Kockelmann peut-il, sur un coup de folie, viser plus que cette victoire d’étape et jouer la surprise au général ?
Le verdict de l’expert : Kockelmann, une signature qui annonce une nouvelle génération
Cette victoire n’est pas un accident. Elle signe l’émergence d’un profil complet, capable de se mêler aux tout meilleurs sprinteurs du monde dans des conditions extrêmes. À 22 ans, Kockelmann démontre un sang-froid et une lecture de course remarquables. Son profil rappelle celui d’un Mads Pedersen dans ses jeunes années : puissant, endurant et intelligent. Pour Lotto-Intermarché, ce succès est un catalyseur immense pour une structure en quête d’identité. Il valide la stratégie de miser sur un mix de jeunes talents et d’expérience. Cette victoire marque-t-elle le début d’un transfert de pouvoir vers une nouvelle génération de sprinteurs moins spécialisés mais plus astucieux ?
La pluie du Gard aura lessivé les certitudes. Alors que Dylan Groenewegen repart avec une deuxième place amère, Mathieu Kockelmann, lui, entre dans la lumière. Non pas comme un simple opportuniste, mais comme un tacticien né, dont le premier acte sur la scène du World Tour 2026 est un coup de maître. L’Étoile de Bessèges, décidément, n’a pas fini de nous surprendre.
Classement Etoile de Bessèges 2026, étape 2 – Top 20
- KOCKELMANN MATHIEU, Lotto Intermarché les 162,8 km en 3:32:48 (45,9 km/h)
- GROENEWEGEN DYLAN, Unibet Rose Rockets m.t.
- MOSCHETTI MATTEO, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- PEDERSEN RASMUS SØJBERG, Decathlon CMA CGM Team m.t.
- UHLIG HENRI, Alpecin-Premier Tech m.t.
- REINDERS ELMAR, Unibet Rose Rockets m.t.
- RENARD ALEXIS, Cofidis m.t.
- THÉOT KILLIAN, Van Rysel Roubaix m.t.
- KUBIŠ LUKÁŠ, Unibet Rose Rockets m.t.
- BARTHE CYRIL, Groupama – FDJ United m.t.
- IZQUIERDO CLÉMENT, Cofidis m.t.
- GRISEL MATYS, Lotto Intermarché m.t.
- TENDON ARNAUD, Van Rysel Roubaix m.t.
- MUÑOZ FRANCISCO, Team Polti VisitMalta m.t.
- CRABBE TOM, Team Flanders – Baloise m.t.
- GEORGE ALFRED, Elite Fondations Cycling Team m.t.
- GILLET BAPTISTE, Nice Métropole Côte d’Azur m.t.
- MIFSUD ANDREA, Team Polti VisitMalta m.t.
- KONIJN ALEXANDER, Nice Métropole Côte d’Azur m.t.
- DUJARDIN SANDY, TotalEnergies m.t.
Classement général à l’issue de la 2e étape – Top 20
- CRABBE TOM, Team Flanders – Baloise en 6:48:42
- KUBIŠ LUKÁŠ, Unibet Rose Rockets +0:04
- IZQUIERDO CLÉMENT, Cofidis +0:08
- KOCKELMANN MATHIEU, Lotto Intermarché +0:10
- GRISEL MATYS, Lotto Intermarché +0:12
- MUÑOZ FRANCISCO, Team Polti VisitMalta m.t.
- DUJARDIN SANDY, TotalEnergies m.t.
- HARDOUIN LOUIS, Van Rysel Roubaix m.t.
- LOZOUET LÉANDRE, CIC Pro Cycling Academy m.t.
- LAPEIRA PAUL, Decathlon CMA CGM Team m.t.
- HEREMANS JOPPE, Van Rysel Roubaix m.t.
- COSTIOU EWEN, Groupama – FDJ United m.t.
- DECOMBLE MAXIME, Groupama – FDJ United m.t.
- UHLIG HENRI, Alpecin-Premier Tech +0:15
- MIFSUD ANDREA, Team Polti VisitMalta m.t.
- TEUNS DYLAN, Cofidis m.t.
- LARSEN NIKLAS, Unibet Rose Rockets m.t.
- GEORGE ALFRED, Elite Fondations Cycling Team +0:20
- DELETTRE ALEXANDRE, TotalEnergies m.t.
- BAYER TOBIAS, Alpecin-Premier Tech m.t.
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