Julian Alaphilippe face au temps : « Si tu penses à la fin, tu as déjà un pied dehors »

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Julian Alaphilippe face au temps si tu penses à la fin tu as déjà un pied dehors
Images : @Tudor_ProCyclingTeam

À 33 ans, Julian Alaphilippe refuse l’évocation du déclin. Lors du stage de pré-saison de Tudor en Espagne, le double champion du monde a dévoilé un programme 2026 taillé pour les Classiques et le Tour, martelant sa soif intacte de victoires. Mais derrière la détermination affichée, l’homme avoue aussi composer avec un corps meurtri et l’ombre de la fin de carrière.

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Un champion face à ses miroirs

La scène se déroule à Moraira, sur la côte espagnole. Lors du media day de l’équipe Tudor, Julian Alaphilippe sait qu’on ne viendra pas seulement l’interroger sur ses objectifs. À 33 ans, l’icône du cyclisme français sent peser le regard inquisiteur. On scrute ses performances, son physique, jusqu’à ses tempes, peut-être, pour y déceler les stigmates du temps. Dans un monde où Simon Yates, son exact contemporain, vient d’annoncer une retraite foudroyante, Alaphilippe, lui, plante ses étendards pour les années à venir. Son contrat le lie à la formation suisse jusqu’en fin 2027. Et il compte bien aller au bout.

« Je suis dans mes deux dernières années de contrat, donc plus proche de la fin, concède-t-il avec lucidité. Mais si tu penses à la fin, tu as déjà un pied dehors. Et ce n’est pas mon cas. » Cette phrase, lapidaire, résume l’état d’esprit du « Loulou » de 2026. Une détermination forgée dans l’acceptation du temps qui passe, mais sans aucune capitulation.

Le réveil du corps : « Des douleurs que je ne suis pas censé avoir »

L’enthousiasme reste son carburant principal. Il évoque avec une flamme intacte les sensations uniques du final de Milan-SanRemo, l’électricité du Mur de Huy, le frisson des Strade Bianche. « Ce sont des moments qui me font dire que j’aime encore ce que je fais » affirme-t-il. Cette passion est le socle de sa motivation, le moteur qui lui fait accepter les sacrifices.

Pourtant, un autre son de cloche, plus intime, se fait entendre. Celui d’un corps qui n’oublie rien. Les chutes spectaculaires, les opérations, les fractures ont laissé des traces. « Je souffre plus à un certain seuil qu’avant, reconnaît-il. Auparavant, je pouvais aller plus loin. » Il énumère : le dos qui se bloque, des douleurs récurrentes. « Je me rends compte que j’ai des douleurs que je ne suis pas censé avoir à 33 ans. Quand je vois les gamelles que j’ai prises… » Ce constat réaliste n’est pas une complainte, mais la base d’une adaptation. Il ne s’agit plus de faire plus, mais de faire mieux.

Un programme 2026 sur mesure : le retour aux fondamentaux

Face à cette nouvelle réalité, Alaphilippe et son staff ont élaboré un calendrier précis, cohérent, qui semble taillé sur mesure pour ses qualités de puncheur et ses aspirations.

Son début de saison s’articule ainsi :

Février : Tour d’Algarve (Portugal) – reprise.

Mars : Strade Bianche, Tirreno-Adriatico, Milan-SanRemo – un bloc italien offensif.

Avril : Tour du Pays Basque, puis le triptyque ardennais : Amstel Gold Race, La Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège.

Ce programme marque un recentrage stratégique. « J’ai envie de revenir à un programme plus classique, ne plus mixer les classiques flandriennes et ardennaises, mais me concentrer davantage sur les Ardennaises » explique-t-il. Un choix de spécialiste, assumé, qui lui permet de privilégier la qualité sur la quantité et de viser les courses où son palmarès (triple vainqueur de la Flèche, notamment) parle pour lui.

Le Tour de France et l’horizon 2027 : une motivation intacte

Une fois le printemps écoulé, l’horizon se tournera naturellement vers le Tour de France, dont le départ sera donné à Barcelone le 4 juillet. « Le Tour sera un des grands objectifs de ma saison et j’ai déjà hâte d’y être » confie le vainqueur de six étapes, en quête d’un nouveau succès depuis Landerneau en 2021. Son rôle au sein d’une Tudor ambitieuse ? Celui de puncheur et de finisseur sur les étapes vallonnées, un costume qu’il porte à la perfection.

Cette vision à moyen terme n’occulte pas pour autant les questions sur l’après. Évoquant les Championnats du Monde 2026 à Montréal, il lance, non sans une pointe d’humour noir : « Ce seront peut-être mes derniers. » Et pour ceux de 2027 à Sallanches, sur un circuit ultra-exigeant, il imagine déjà : « À part passer les bidons… » Des phrases qui révèlent une conscience aiguë de la fin de cycle. Il résume sa philosophie : « Je prends la saison qui vient comme si c’était la dernière. »

L’urgence comme carburant

Julian Alaphilippe se présente aujourd’hui comme un champion à la croisée des chemins. Il n’est plus le jeune écervelé des débuts, ni l’impérial maillot arc-en-ciel de 2020-2021. Il est un athlète expérimenté, marqué par les épreuves, qui choisit délibérément de puiser dans l’urgence du temps qui file une énergie renouvelée.

Son discours est un mélange fascinant de franchise sur ses limites et d’ambition pure. Il ne nie pas les cheveux blancs ou les douleurs, mais il refuse catégoriquement de laisser cette réalité éteindre la flamme. En se recentrant sur ses courses de cœur, en écoutant son corps tout en poussant son mental, Alaphilippe n’écrit pas un épilogue, mais un nouveau chapitre, déterminé à prouver que la soif de victoire peut être la plus forte, jusqu’au bout. La fin n’est pas une pensée, mais un adversaire de plus à distancer.

1 COMMENTAIRE

  1. Julian Alaphilippe aura 35 ans à la fin de son contrat avec Tudor. Aura t il encore le feu en lui pour continuer? Tudor pourra toujours lui prolonger son contrat et finir sa carrière sportive dans cette équipe. Je ne vois pas une autre équipe lui proposer un contrat . Ce qui est positif c est qu’il a toujours l’esprit et la volonté de performer et de gagner . Il a raison de dire  » Si tu penses à la fin, tu as déjà un pied dehors  » . Donc acte . Il est loin d’être fini physiquement meme si son punch est devenu moins percutant , mais l’age le rattrape et les douleurs ( surtout l’hiver ) sont omniprésentes . Le corps meurtri n’oubli jamais, hélas . Je compare toujours un cycliste avec un boxeur . Un jour à force prendre de coups et des blessures , la lassitude gagnera l’esprit et le corps . Un jour le vélo restera dans un coin du garage , rangé , il sera alors temps de passer à autre chose .

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