Le coup de tonnerre est tombé ce 7 janvier 2026. Simon Yates, tout juste auréolé de son triomphe sur le Giro et d’une étape sur le Tour de France 2025, annonce mettre un terme à sa carrière. À 33 ans, le discret et redoutable grimpeur britannique quitte la scène par la grande porte, laissant derrière lui l’image d’un champion au parcours singulier. Décryptage d’une retraite surprise qui marque la fin d’une ère.
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L’arrêt brutal d’une mécanique bien huilée
La nouvelle a eu l’effet d’une attaque d’un grimpeur dans le dernier kilomètre d’une étape de plat. Alors que la saison 2026 se préparait dans l’ombre de l’hiver, Simon Yates a choisi de ne pas y prendre part. Par un simple communiqué diffusé par son équipe, Visma-Lease a Bike, le vainqueur du dernier Tour d’Italie a annoncé son retrait immédiat du cyclisme professionnel.
« Cela peut en surprendre plus d’un, mais ce n’est pas une décision prise à la légère » a-t-il écrit, soulignant la maturation longue et réfléchie de ce choix. À 33 ans, avec une année de contrat en suspens chez la meilleure équipe du monde, le coureur a préféré s’arrêter net. Une décision rare, d’autant plus frappante qu’elle survient au zénith de ses performances récentes.
Un palmarès en dents de scie, couronné par un ultime coup d’éclat
La carrière de Simon Yates est un roman aux chapitres contrastés. Elle épouse la courbe sinueuse des routes qu’il a domptées.
Les sommets du Grand Tour. Elle débute véritablement par une fulgurance : la conquête de la Vuelta 2018, à seulement 26 ans, vêtue du maillot de Mitchelton-Scott. Une première pour un Britannique hors du système Sky/Ineos. Puis vint une traversée du désert relative, ponctuée de places d’honneur mais sans seconde consécration majeure, jusqu’à l’explosion de 2025. Sur les pentes du mythique Colle delle Finestre, lors du Giro, Yates a ressuscité le grimpeur d’exception qu’il n’avait jamais cessé d’être. Sa victoire au général, arrachée dans l’avant-dernière étape, est l’archétype de son style : discret, résilient, et décisif au moment crucial.
Un collectionneur d’étapes. Son palmarès compte aussi neuf victoires d’étape réparties sur les trois Grands Tours, dont trois sur la Grande Boucle. La dernière en date, en solitaire au Mont-Dore – Puy de Sancy le 14 juillet 2025, restera comme son chant du cygne français. À cela s’ajoutent des succès de prestige sur des courses par étapes comme Tirreno-Adriatico (2020) ou le Tour de Croatie.
L’ombre d’un jumeau, la singularité d’un parcours
L’histoire de Simon Yates est indissociable de celle de son frère jumeau, Adam. Pourtant, leurs chemins ont divergé très tôt. Rejeté par le programme de la fédération britannique, Simon a dû s’aguerrir en France chez le club de l’AC Bisontine, forgeant une indépendance et une robustesse mentale qui deviendront ses marques de fabrique.
Alors qu’Adam rejoignait le train bien huilé de la UAE Emirates, Simon a construit sa légende ailleurs, chez Orica/BikeExchange/Jayco puis chez Visma. Il reste à ce jour le seul Britannique à avoir remporté un Grand Tour sans porter le maillot bleu marine de l’empire Brailsford. Cette singularité absolue façonne son héritage : celui d’un outsider de l’intérieur, brillant en dehors des sentiers balisés.
2025 : L’apothéose comme point final
Son directeur sportif chez Visma, Grischa Niermann, l’a résumé d’une phrase : « Il s’arrête au sommet de sa carrière. » L’année 2025 fut en effet un condensé de tout ce qui faisait Yates : une saison en montagnes russes, avec des moments de doute, pour finalement tout remporter sur un coup de poker magistral au Giro. Cette capacité à revenir de nulle part, à renverser les pronostics, définit son aura.
En quittant le peloton sur ce triomphe, il évite le long crépuscule que connaissent tant de champions. Il choisit lui-même le moment et la manière, préservant l’image d’un coureur au sommet de son art.
La fin d’un âge d’or pour le cyclisme britannique ?
L’annonce de Yates résonne comme un glas supplémentaire. Elle suit de près la retraite de Geraint Thomas et précède probablement celle, inéluctable, de Christopher Froome. En l’espace de quelques mois, le pilier de la domination britannique sur les Grands Tours dans les années 2010 se retire.
Avec eux, c’est une page qui se tourne. Froome, Thomas, Yates (et le bref éclat de Tao Geoghegan Hart) ont collecté 10 maillots de vainqueurs de Grands Tours pour la Couronne. Leur départ laisse un vide abyssal. La relève, incarnée par des talents comme Tom Pidcock ou Oscar Onley, devra non seulement gagner, mais aussi réinventer une identité cycliste britannique qui n’est plus orbitée autour de la machine Sky/Ineos.
L’héritage Yates : Résilience et élégance tactique
Que restera-t-il de Simon Yates ? D’abord, le souvenir d’un grimpeur au pédalage fluide, d’une économie de geste remarquable. Ensuite, celui d’un tacticien froid, capable d’attendre le bon moment pour porter une estocade décisive, comme sur ce Giro 2025.
Mais au-delà du palmarès, son héritage est aussi dans son parcours. Celui d’un coureur forgé par l’adversité précoce, qui a su tracer sa route en solitaire. Sa retraite, aussi soudaine soit-elle, est cohérente avec ce caractère : un ultime choix maîtrisé, indépendant, surprenant. Il laisse un sport orphelin d’un de ses visages les plus purs et les plus imprévisibles, et entre dans la légende par la porte qu’il a lui-même choisie.


