La Primavera lui résiste encore. Alors que la saison 2026 approche, Tadej Pogacar a lancé un message sans équivoque. Repéré en pleine séance d’entraînement dans l’ascension décisive du Poggio, le champion du monde slovène aiguise déjà ses armes pour Milan-Sanremo. Une obsession tactique se dessine pour conquérir ce Monument qui manque à son incroyable collection.
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L’air frais de la Riviera ligurie a vibré d’une énergie inhabituelle en ce début de pré-saison. Sur les pentes sinueuses du Poggio, l’ascension de 3,7 km qui sonne le prélude aux drames de Milan-Sanremo, une silhouette familière a éclairé la route. Tadej Pogacar n’était pas en touriste. Le double vainqueur du Tour de France, résidant à Monaco, effectuait une reconnaissance minutieuse, ponctuée d’accélérations explosives. Cette image, capturée en vidéo par des cyclistes amateurs médusés, est bien plus qu’un simple entraînement. C’est la première pierre tactique d’une campagne dédiée à l’ultime conquête.
La Primavera, l’énigme parfaite pour Pogacar
Milan-Sanremo demeure la pièce manquante du puzzle monumental de Tadej Pogacar. Son palmarès, vertigineux à 27 ans, compte des victoires sur le Giro, le Tour, Liège-Bastogne-Liège, le Tour des Flandres et même le Tour de Lombardie à cinq reprises. Pourtant, « La Classicissima » oppose une résistance tactique unique.
Une progression constante mais frustrante. Le Slovène a systématiquement grimpé au classement : 5e en 2022, 4e en 2023, 3e en 2024 et à nouveau 3e en 2025. Une trajectoire statistique qui suggère une victoire imminente, masquant une réalité plus complexe. La longueur de la course (près de 300 km) et la relative modération des pentes du Poggio favorisent les regroupements. Un sprinteur ou un puncheur résilient peut toujours revenir, comme l’a démontré Mathieu van der Poel à plusieurs reprises.
L’analyse de Nibali : une piste à creuser. Le « Requin de Messine » , vainqueur en 2018 après une attaque audacieuse dans la descente du Poggio, a pointé une limite potentielle chez Pogacar : « Peut-être que sa limite… est de penser qu’il peut tout gérer par la force. » Nibali suggère une approche plus rusée, exploitant non seulement la montée mais aussi les secteurs techniques de la descente vers Sanremo. Cette réflexion est au cœur de la préparation 2026.
La reconnaissance du Poggio : bien plus que des kilomètres
Ce repérage n’est pas une formalité. Pour Pogacar, il s’agit d’une plongée sensorielle et analytique dans le théâtre de ses futurs choix.
Mémorisation kinesthésique : Il ne s’agit pas seulement de connaître les pourcentages. Pogacar teste des points d’attaque précis, la sensation des virages en sortie de virage, l’état de la chaussée, les effets du vent marin sur certaines sections exposées. Chaque détail devient une donnée enregistrée.
Simulation de scénarios : Les accélérations observées ne sont pas aléatoires. Elles correspondent vraisemblablement à des simulations d’attaques en concurrence, pour jauger la distance qu’il peut creuser sur un peloton de référence avant la ligne d’arrivée.
Intégration du programme : Cette sortie spécifique s’inscrit dans un plan plus large. Début décembre, Pogacar avait déjà répété les secteurs pavés de Paris-Roubaix, son autre grand objectif manquant. Cette préparation ciblée sur les deux Monuments absents démontre une focalisation stratégique sans précédent.
Le tableau de chasse 2026 : une saison construite autour des Monuments
Le programme provisoire de Pogacar pour le premier semestre 2026 est éloquent. Il est bâti comme un crescendo vers la maîtrise totale des Classiques.
Strade Bianche (7 mars) : Mise en jambe et test de forme sur un terrain qu’il maîtrise (vainqueur en 2022, 2024).
Milan-Sanremo (21 mars) : L’Objectif Numéro 1. Toute l’attention est portée ici.
Tour des Flandres (5 avril) & Paris-Roubaix (12 avril) : Il aborde ces courses en champion en titre (Flandres) et en conquérant (Roubaix). La confiance acquise à Sanremo, en cas de succès, serait un booster psychologique immense.
Liège-Bastogne-Liège (26 avril) : Sur son terrain de jeu. Le tour de force est possible.
Tour de France (4-26 juillet) : L’objectif ultime de la saison avec un possible cinquième succès.
Van der Poel, Ganna and co. : le mur à franchir
La préparation de Pogacar ne peut s’analyser sans considérer ses principaux rivaux. En 2025, il s’est heurté à un Mathieu van der Poel intouchable et à un Filippo Ganna resurgissant. La leçon est claire : une attaque sur la Cipressa seule ne suffit plus. Le peloton, averti, se raccroche.
La victoire en 2026 passera peut-être par :
Une attaque plus précoce, sur le Capi ou même avant, pour fatiguer les équipes.
Une coalition avec un coéquipier fort (comme Tim Wellens ou Isaac del Toro) pour multiplier les offensives.
Le coup de poker dans la descente du Poggio, exploitant ses progrès techniques, comme le suggérait Nibali. Une attaque à la « Vincenzo » qui briserait les schémas mentaux de ses poursuivants.
Le Poggio comme laboratoire
La vision de Tadej Pogacar s’entraînant sur le Poggio trois mois avant la course n’est pas une simple anecdote de pré-saison. C’est la preuve tangible que le plus grand coureur de sa génération aborde Milan-Sanremo 2026 avec l’humilité d’un apprenti et la détermination d’un conquistador. Il ne cherche plus seulement à être le plus fort ; il travaille à devenir le plus malin. Chaque virage gravé dans sa mémoire, chaque accélération chronométrée, constitue une ligne de code dans le programme qu’il espère exécuter le 21 mars pour enfin, après une patiente quinquennale, soulever les bras sur la Via Roma. La chasse au dernier Monument est officiellement ouverte.


