Sur les pentes de l’Alto de la Primera Cruz, Tom Pidcock a cru pouvoir renverser le Tour d’Andalousie 2026 d’un coup de pédale surpuissant. Si le Britannique a signé un numéro solitaire pour s’adjuger la 5e étape, il s’est heurté à un mur nommé Ivan Romeo. Le jeune champion d’Espagne (Movistar), solide comme un roc, a conservé son bien pour décrocher le premier général de sa carrière. Plongée au cœur d’une finale andalouse à couper le souffle.
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Tom Pidcock, le coup de force pour rien ? Récit d’une étape folle où Iván Romeo a tenu tête aux ogres
L’exploit de Pidcock relégué au rang de « lot de consolation » ?
C’était un scénario de fin de course idéal pour les amateurs de cyclisme offensif. Ce dimanche 22 février, sur les routes escarpées entre La Roda de Andalucía et Lucena, le peloton du Tour d’Andalousie 2026 s’est livré à un dernier acte d’une intensité rare. Avec 2 280 mètres de dénivelé au programme et le piège de l’Alto de la Primera Cruz à négocier par deux fois, la bataille pour le maillot jaune promettait d’être acharnée. Mais au terme des 167,8 kilomètres d’une étape nerveuse, c’est un scénario en deux temps qui s’est écrit : le numéro de Tom Pidcock (Pinarello-Q36.5) pour la gagne d’étape, et la démonstration de maturité d’Ivan Romeo (Movistar) pour la victoire finale. Retour sur une journée qui a tenu toutes ses promesses.
Comment s’est construite l’échappée matinale ?
Avant que les « costauds » n’en décousent, il fallait écrire le premier acte. Comme souvent sur la Ruta del Sol, la course s’emballe dès le kilomètre zéro.
Un trio solide mais sous contrôle
Le premier à sortir du bois fut Romet Pajur (Red Bull-BORA-Hansgrohe), rapidement rejoint par Julius Johansen (UAE Team Emirates-XRG). Ce dernier, plus déterminé, a poursuivi seul avant d’être rattrapé par un duo plus consistant : Markus Hoelgaard (Uno-X Mobility) et Milan Vader (Pinarello-Q36.5) . Ce trio a rapidement trouvé un équilibre, creusant une avance qui culminera à 2 minutes et 30 secondes. Derrière, la Movistar d’Ivan Romeo, leader depuis sa victoire lors de la 2e étape à Otura, contrôlait sans affolement, laissant les équipes de sprinteurs, ou ce qu’il en restait, s’épuiser à la poursuite. Johansen, particulièrement actif, glanera les points des sprints intermédiaires, mais l’écart fondra inévitablement à l’approche du final explosif, pour finalement s’éteindre à 27 kilomètres du but, dans les pentes de la première ascension.
Pourquoi l’étape a-t-elle basculé dans les 30 derniers kilomètres ?
C’est là que le vrai Tour d’Andalousie a commencé. La première ascension de l’Alto de la Primera Cruz a servi de détonateur.
Chute, attaques et bonifications : le chaos s’installe
Au sommet, Alex Aranburu (Cofidis) a montré les dents en grappillant 3 secondes de bonification, un signal fort. Mais le fait marquant, et malheureux, est survenu dans la descente. Christophe Laporte (Visma-Lease a Bike) , vainqueur de la 1re étape et leader du classement par points, a lourdement chuté sur un rond-point. Le champion français, contraint à l’abandon, laissait ses coéquipiers orphelins. Dès lors, ce fut un feu d’artifice d’attaques. Tim Wellens (UAE) et Andreas Leknessund (Uno-X), deuxième du général, ont tenté leur chance, obligeant Movistar à réagir immédiatement. Puis ce fut au tour de Victor Campenaerts (Visma-Lease a Bike) et Søren Wærenskjold (Uno-X) de s’envoler, avant que le Belge ne se retrouve seul à l’avant dans la montée vers la dernière difficulté. Une échappée belle mais brève, car il fut repris à 8 kilomètres du but.
L’attaque de Tom Pidcock à Lucena : simple numéro ou message envoyé au général ?
C’est le moment que tout le monde attendait. L’ultime ascension de l’Alto de la Primera Cruz (2,8 km à 5,9%) allait départager les prétendants.
Le « Pidcock punch » fait des dégâts
Alors que l’équipe Pinarello-Q36.5 prenait les rênes pour son leader, Tom Pidcock a porté l’estocade à environ 5 kilomètres de la ligne. Une accélération supersonique, ce « changement de rythme » dont lui seul a le secret. Bastien Tronchon (Groupama-FDJ United), qui avait tenté de prendre sa roue, a dû rapidement jeter l’éponge.
« Hier, je commençais à m’énerver, on s’entraîne si dur et on rate des opportunités. Aujourd’hui, nous avons saisi l’opportunité. L’équipe a bien travaillé et j’ai conclu. » Ces mots de Pidcock après la ligne traduisent autant le soulagement que la frustration d’un champion qui, après une attaque aussi tranchante, n’a pas pu inquiéter le leader.
Derrière, le calme stoïque d’Ivan Romeo
Pendant que Pidcock filait vers un onzième succès professionnel, la situation était sous contrôle pour le maillot jaune. Jan Christen (UAE Team Emirates-XRG) , phénomène de précocité, a bien tenté de réagir en contre, décrochant une belle deuxième place à 10 secondes. Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) a, lui, remporté le sprint du groupe de chasse pour la troisième place à 12 secondes. Mais Ivan Romeo, calme dans la roue de ses équipiers, pointait à une sixième place qui lui assurait l’essentiel : conserver ses 7 secondes d’avance sur Leknessund. Le pari était osé, mais le jeune Espagnol de 22 ans n’a jamais paniqué.
La consécration d’Ivan Romeo, la confirmation pour Pidcock ?
Au terme de cette dernière étape, le podium du général reflète une hiérarchie claire, mais pose aussi des questions pour la suite de la saison.
Analyse des temps forts du général 2026
Iván Romeo (Movistar) : Le champion d’Espagne remporte ici le 5e succès de sa carrière, et quel succès ! Son premier classement général en ProSeries. Sans contre-la-montre individuel, un exploit qui doit tout à la cohésion de son équipe et à sa gestion des efforts. « C’était un grand objectif. Sans chrono, c’était difficile, mais l’équipe a été exceptionnelle » a-t-il savouré, conscient que sa progression hivernale a payé.
Andreas Leknessund (Uno-X Mobility) : Le Norvégien, second à 7 secondes, a confirmé son statut de rouleur-grimpeur solide. Sa présence aux avant-postes tout au long de la semaine prouve la montée en puissance de sa formation.
Tom Pidcock (Pinarello-Q36.5) : À 27 secondes. Le Britannique, triple champion du monde de cyclo-cross, monte sur la boîte mais repart avec un sentiment mitigé. Son équipe a couru de manière agressive, et son talent individuel a éclaté sur cette dernière étape. Cependant, cette troisième place finale est-elle une promesse ou un avertissement ? Sa capacité à enchaîner après l’effort restait une inconnue.
Romain Grégoire (Groupama-FDJ United) : Premier Français, 5e au général à 44 secondes. Le jeune talent a encore montré de belles choses, mais il lui a manqué le petit « plus » pour suivre Pidcock dans l’ultime accélération.
Au-delà du top 5, on retiendra la 4e place de Jan Christen, qui confirme son immense potentiel, et la déception pour Christophe Laporte, dont l’abandon a privé le final d’un de ses animateurs.
Un Tour d’Andalousie 2026 riche en enseignements
Cette 72e édition du Tour d’Andalousie laissera le souvenir d’une opposition générationnelle fascinante. D’un côté, Tom Pidcock (26 ans), le puncheur complet, capable de faire la différence à tout moment, mais qui devra apprendre à capitaliser sur sa puissance pour viser des générales plus longues. De l’autre, Ivan Romeo (22 ans), le nouveau visage de la Movistar, froid, calculateur, entouré d’une équipe dévouée.
Le contraste entre l’explosivité du Britannique et la maturité tactique de l’Espagnol a été le fil rouge de cette étape reine. Une question se pose désormais aux observateurs : assiste-t-on à la naissance d’un nouveau grand leader de courses par étapes chez Movistar, capable de rivaliser avec les « puncheurs » du circuit ? La réponse viendra peut-être dès les prochaines classiques ou les épreuves d’une semaine.
Pour Pidcock, ce premier succès 2026 est dans la poche. Le plus dur reste à faire : confirmer qu’il peut transformer l’essai sur une plus longue durée. Mais avec une telle démonstration de force, les prochains adversaires sont prévenus.
VIDÉO : Revivez les 5 derniers kilomètres de l’étape avec l’attaque décisive de Tom Pidcock et l’arrivée du groupe Maillot Jaune
Classement Tour d’Andalousie 2026, étape 5 – Top 20
- PIDCOCK THOMAS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team les 167,8 km en 3:43:52 (44,9 km/h)
- CHRISTEN JAN, UAE Team Emirates – XRG +0:10
- GRÉGOIRE ROMAIN, Groupama – FDJ United +0:12
- ARANBURU ALEX, Cofidis m.t.
- VLASOV ALEKSANDR, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- ROMEO IVÁN, Movistar Team m.t.
- LEKNESSUND ANDREAS, Uno-X Mobility m.t.
- BRAZ AFONSO CLÉMENT, Groupama – FDJ United +0:14
- WELLENS TIM, UAE Team Emirates – XRG +0:21
- ZINGLE AXEL, Team Visma | Lease a Bike +0:31
- TRONCHON BASTIEN, Groupama – FDJ United +0:32
- VERCHER MATTÉO, TotalEnergies m.t.
- FANCELLU ALESSANDRO, MBH Bank CSB Telecom Fort m.t.
- BARRENETXEA JON, Movistar Team m.t.
- KULSET JOHANNES, Uno-X Mobility m.t.
- MARTÍN GOTZON, Euskaltel – Euskadi m.t.
- BOICHIS ADRIEN, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- HERRADA JESÚS, Burgos Burpellet BH m.t.
- TRÆEN TORSTEIN, Uno-X Mobility m.t.
- CHUMIL SERGIO GEOVANI, Burgos Burpellet BH m.t.
Classement général final – Top 20
- ROMEO IVÁN, Movistar Team en 18:47:10
- LEKNESSUND ANDREAS, Uno-X Mobility +0:07
- PIDCOCK THOMAS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +0:27
- CHRISTEN JAN, UAE Team Emirates – XRG +0:44
- GRÉGOIRE ROMAIN, Groupama – FDJ United m.t.
- ARANBURU ALEX, Cofidis +0:51
- VLASOV ALEKSANDR, Red Bull – BORA – hansgrohe +0:54
- BRAZ AFONSO CLÉMENT, Groupama – FDJ United +0:56
- WELLENS TIM, UAE Team Emirates – XRG +1:03
- BARRENETXEA JON, Movistar Team +1:11
- KULSET JOHANNES, Uno-X Mobility +1:12
- TRÆEN TORSTEIN, Uno-X Mobility m.t.
- TRONCHON BASTIEN, Groupama – FDJ United +1:14
- MARTÍN GOTZON, Euskaltel – Euskadi m.t.
- BOICHIS ADRIEN, Red Bull – BORA – hansgrohe m.t.
- FANCELLU ALESSANDRO, MBH Bank CSB Telecom Fort m.t.
- CHUMIL SERGIO GEOVANI, Burgos Burpellet BH m.t.
- NESPOLI LORENZO, MBH Bank CSB Telecom Fort m.t.
- CEPEDA JEFFERSON ALVEIRO, Movistar Team m.t.
- HERRADA JESÚS, Burgos Burpellet BH m.t.
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