Sous un soleil de plomb et une avalanche d’attaques, Ally Wollaston a signé un doublé historique à Paracombe. Mais derrière ce succès en apparence net se cache une guerre d’usure d’une rare intensité, où la solidité d’une équipe et l’instinct d’une leader ont fait la différence. Décryptage d’une étape qui a mis le peloton en ébullition et qui annonce un final explosif sur les pentes du Corkscrew.
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Un doublé signé dans la souffrance : le jour où Wollaston a tout donné
La statistique est froide : 2 victoires en 2 jours pour Ally Wollaston (FDJ United-Suez). Mais le récit de la deuxième étape du Tour Down Under Féminin est tout sauf une formalité. À Paracombe, la Néo-Zélandaise n’a pas gagné en force, elle a survécu. « Je me sentais vraiment mal… J’ai trouvé ça tellement dur de remonter » a-t-elle confessé dans un mélange d’épuisement et d’euphorie après la ligne d’arrivée. Son triomphe face à la tenante du titre Noemi Rüegg (EF Education-Oatly) et à la révélation Josie Nelson (Picnic-PostNL) est le fruit d’une gestion de course parfaite de la part de la FDJ, dans un contexte de chaleur étouffante (35°C) et de tactiques chaotiques. Cette victoire rappelle les doublés d’ouverture d’une Annemiek van Vleuten en son temps : un mélange de statut assumé et de résistance mentale à toute épreuve.
L’analyse tactique : Pourquoi cette étape était un chef-d’œuvre de chaos contrôlé
Contrairement à la première étape plus maîtrisée, la course vers Paracombe (130,7 km, 2400m D+) a été un ballet d’attaques incessantes dès la difficile côte d’Ashton (10 km à 4%). Selon la logique du peloton, une équipe leader comme la FDJ aurait dû être étouffée. Le scénario inverse s’est produit.
La stratégie FDJ : la force de la patience
Face à des assaillantes venues de toutes les grandes équipes – Visma-Lease a Bike, Lidl-Trek, UAE Team ADQ – la FDJ a opté pour une défense en mouvement. Leur atout majeur ? La Néerlandaise Amber Kraak, véritable locomotive qui a tamponné toutes les échappées dangereuses en imposant un tempo infernal en tête du peloton. Cette tactique de « contrôle par l’effort » est risquée : elle épuise l’équipe, mais elle désorganise aussi les adversaires en les empêchant de construire une action coordonnée. C’est une stratégie qui a fait ses preuves chez les hommes avec la Jumbo-Visma de Primož Roglič. La FDJ l’a transposée avec brio.
L’échec des coalitions : quand l’individualisme sauve la leader
Le point culminant de cette étape fut l’incapacité des rivales à s’unir contre la maillot ocre. Les attaques se sont succédé (Gaia Realini, Mavi Garcia, Wilma Aintila en solitaire, Chloé Dygert…), mais toujours de manière isolée ou en petits groupes instables. Aucune coalition durable ne s’est formée, permettant à la FDJ de gérer chaque menace séparément. Cela pose une question cruciale pour l’avenir de la course par étapes féminine : les équipes sont-elles déjà trop fortes tactiquement, ou le manque d’alliance est-il le plus grand allié du leader ?
Les actrices clés d’une bataille épique
Amber Kraak (FDJ United-Suez) : L’équimière absolue. Son tempo à l’avant a brisé les espoirs de dizaines de coureuses et a été le pivot de la victoire.
Paula Blasi (UAE Team ADQ) : La bonne opération de la journée. L’Espagnole a ravi le maillot de la meilleure grimpeuse à Alessia Vigilia en marquant intelligemment des points sur toutes les côtes, prouvant son sens aigu de l’opportunité.
Wilma Aintila (Canyon-SRAM) : A offert le seul moment de respiration de la course avec une échappée solitaire de près de 50 km. Son effort héroïque, bien que vain, a structuré la phase centrale de l’étape et a forcé les équipes à s’organiser.
Chloé Dygert (Canyon-SRAM) : Son accélération foudroyante dans le final a créé la sélection décisive. Sa puissance pure reste une arme de destruction massive, même si elle manque encore peut-être de nuances pour aller au bout.
Les enjeux du Classement Général avant l’étape-reine du Corkscrew
Wollaston part favorite avec une marge confortable, mais le parcours du dernier jour change radicalement la donne.
Le tableau de bord avant la bataille finale :
Maillot Ocre (Leader) : Ally Wollaston (FDJ United-Suez)
Maillot des points : Ally Wollaston (porté par Josie Nelson)
Maillot de la Montagne : Paula Blasi (UAE Team ADQ) – avec une avance « confortable ».
Maillot de meilleure jeune : Justyne Czapla (Canyon-SRAM) – intact.
Le Corkscrew, tombeau des certitudes
La 3ème étape (126,5 km) présente deux ascensions du mur du Corkscrew (pente moyenne de 9.7%, pics à 16%). C’est un final taillé pour les ultra-grimpeuses. Les données historiques sont sans appel : ce genre de pente efface les avantages des puncheuses comme Wollaston. Toutes les regards se tournent vers des profils comme Gaia Realini (Lidl-Trek), Neve Bradbury (Canyon-SRAM) ou Mavi Garcia (UAE Team ADQ) qui n’ont rien perdu ces deux derniers jours et visent spécifiquement ce final.
La question qui brûle toutes les lèvres est la suivante : La FDJ, déjà éprouvée, a-t-elle les ressources pour contrôler un tel terrain face à des grimpeuses fraîches et déterminées ? L’histoire du Tour Down Under nous apprend que les écarts peuvent se compter en dizaines de secondes sur le Corkscrew. Le travail d’équipe deviendra plus crucial que jamais.
Une édition qui consacre la maturité tactique du peloton
Cette deuxième étape n’était pas qu’une course, c’était un statement. Elle a montré un peloton féminin plus profond, plus agressif et plus stratégique que jamais. La victoire d’Ally Wollaston est moins celle d’une individualité dominatrice que celle d’un collectif soudé face à un déluge d’attaques. Elle démontre que pour gagner une course par étapes aujourd’hui, il ne suffit plus d’être la plus forte : il faut être la plus intelligente, la mieux entourée, et la plus résistante mentalement. Alors que le Corkscrew se profile, une certitude émerge : le Tour Down Under 2026 est déjà entré dans l’histoire par la petite porte tactique, et il s’apprête à peut-être en écrire un nouveau chapitre par la grande porte de la montagne. Le dernier mot reviendra-t-il aux grimpeuses pures, ou la reine de Paracombe a-t-elle un dernier coup de génie dans les jambes ? Réponse demain.
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