Dimanche 8 mars, la 84e édition de la Course au Soleil s’élance des Yvelines. Si le parcours de 170,9 kilomètres entre Achères et Carrières-sous-Poissy affiche un profil plat sur le papier, le circuit final et l’implacable côte de Chanteloup-les-Vignes tendent un piège redoutable aux sprinteurs. Entre la rentrée de Jonas Vingegaard, l’ambition de Juan Ayuso et la soif de victoire des puncheurs français, cette ouverture promet des étincelles. Voici notre analyse complète de cette étape qui pourrait lancer les grandes manœuvres avec une semaine d’avance.
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L’heure des premières braises
Le peloton de la 84e édition de Paris-Nice s’élance d’Achères ce dimanche 8 mars à 12h50. Sur le papier, les 170,9 kilomètres qui mènent à Carrières-sous-Poissy portent l’étiquette « étape de plaine ». Mais sur la Course au Soleil, les apparences sont souvent trompeuses, et cette édition 2026 ne déroge pas à la règle. En l’absence des trois monstres sacrés que sont Tadej Pogačar, Remco Evenepoel et le double tenant du titre Matteo Jorgenson, une hiérarchie semble se dessiner. Pourtant, c’est bien dans cette relative incertitude que réside tout le sel de ce millésime.
Nous aurons le regard braqué sur le circuit final de Carrières-sous-Poissy. C’est là, sur les pentes de la côte de Chanteloup-les-Vignes, que les sprinteurs pourraient voir leur rêve de lever les bras s’effriter dans un coup de bordure ou une attaque sèche des leaders. Jonas Vingegaard (Team Visma – Lease a Bike) effectue sa rentrée. Juan Ayuso (Lidl Trek) veut marquer la course de son empreinte. Et derrière eux, une meute de puncheurs français affamés guette le moindre faux-pas.

Pourquoi le circuit final de Carrières-sous-Poissy est un piège pour les sprinteurs ?
Décortiquons les derniers kilomètres, car c’est là que tout va se jouer. Après avoir avalé les 150 premiers kilomètres ponctués par les difficultés de Gargenville (2,5 km à 4,8%) et de Vaux-sur-Seine, le peloton entrera dans le vif du sujet.
Le juge de paix : la côte de Chanteloup-les-Vignes
Les coureurs devront négocier deux tours d’un circuit local autour de Carrières-sous-Poissy. L’obstacle est le même à chaque tour : la côte de Chanteloup-les-Vignes. Avec ses 1,1 kilomètre à 8,3% de pente moyenne et un passage à 12%, ce n’est pas un col des Alpes, mais c’est un piège diabolique en ce début de saison.
Le premier passage pourrait servir à tester sa forme et ses adversaires et à durcir le tempo pour dégraisser le peloton. Mais c’est lors du second passage, dont le sommet est situé à seulement 10 kilomètres de la ligne d’arrivée, que la course peut basculer. Les pourcentages soutenus offrent une rampe de lancement idéale pour une attaque.
Le sprint intermédiaire : une carotte dangereuse
Autre détail stratégique qui a son importance : un sprint intermédiaire est placé sur la ligne d’arrivée, 16,6 kilomètres avant le vrai final. Ce n’est pas anodin. Conformément à l’article 13 du règlement, il offrira 6, 4 et 2 secondes de bonification aux trois premiers.
C’est un appât. On peut très bien imaginer un puncheur comme Juan Ayuso tenter de glaner ces secondes dès le premier passage. Cela obligerait les équipes de sprinteurs à roueler, usant ainsi leurs équipiers avant l’ascension fatidique. Une équipe comme Lidl-Trek pourrait-elle activer ce plan pour mettre son leader dans les meilleures dispositions ? La question est ouverte.
Qui sont les favoris pour le premier maillot jaune ?
Avec ce profil exigeant, le gagnant de cette première étape devra être plus qu’un simple rouleur. Il faudra de l’explosivité, de la vista et une équipe solide. Voici notre analyse des forces en présence, basée sur les données de début de saison.
Les patrons du général en embuscade
Pour ces coureurs, l’objectif est double : s’adjuger la première victoire et asseoir leur autorité psychologique.
⭐⭐⭐ Jonas Vingegaard (Team Visma – Lease a Bike) : Le Danois effectue sa rentrée. On ne l’attend pas forcément à 100%, mais la machine Visma est réglée pour gérer ce type d’étape. Si l’équipe décide de « faire les Guêpes » et d’imprimer un rythme infernal dans Chanteloup-les-Vignes, ils peuvent disloquer le peloton. Le scénario idéal pour Vingegaard serait d’arriver isolé avec un ou deux compères et de régler le sprint.
⭐⭐ Juan Ayuso (Lidl Trek) : L’Espagnol est peut-être le coureur le plus à l’aise sur ce profil. Puncheur au départ, il a les références pour gicler dans les 10 derniers kilomètres. Si Vingegaard attaque, Ayuso sera dans la roue du Danois. Et dans un sprint à deux, le jeune Espagnol pourrait prendre le dessus. Son début de saison canon en fait l’un des tout premiers favoris.
⭐ Daniel Martinez (Red Bull – BORA – hansgrohe) : Le Colombien a le punch nécessaire. Si l’ascension est menée très vite, il peut faire des dégâts. Son rôle sera plus d’accompagner les meilleurs que de les devancer, mais il ne faut jamais le sous-estimer sur ce type d’effort court et intense.
⭐ Oscar Onley (INEOS Grenadiers) : Le Britannique est la grande révélation potentielle de ce Paris-Nice. Son profil de puncheur-grimpeur colle parfaitement à ce final. Il aura l’avantage de pouvoir jouer sa carte personnelle.
Les puncheurs et les flèches françaises
C’est le terrain de jeu favori des attaquants. Et la France a de sérieux atouts à faire valoir.
⭐⭐ Kévin Vauquelin (INEOS Grenadiers) : Notre favori numéro un pour ce scénario. Le Normand a montré par le passé qu’il était capable de s’immiscer dans ce type de bagarres. Sa pointe de vitesse est redoutable sur un petit groupe. Il a le timing et l’intelligence de course pour surprendre les cadors dans un final nerveux. Son comportement et ses accessits sur le récent Tour d’Algarve parlent en sa faveur.
⭐ Dorian Godon (INEOS Grenadiers) : Le champion de France sur route, lui aussi est un habitué des fins de course animées. Dans un peloton réduit à 30-40 unités, sa puissance est un atout. Il pourrait profiter du travail de ses équipiers pour placer sa pointe.
⭐ Axel Zingle (Team Visma – Lease a Bike) : Depuis déjà une saison sous le maillot Visma, il pourrait être l’arme fatale si le peloton arrive groupé mais fatigué, ou si Vingegaard échoue à s’isoler. Zingle a le punch pour un sprint en petit comité.
⭐ Lenny Martinez (Bahrain Victorious) : Il est plus grimpeur, mais attention à son instinct offensif. Il pourrait tenter un coup à distance dans la descente qui suit la côte, pour créer la surprise.
Les sprinteurs en quête de survie
Ils devront passer un test d’endurance. Pour certains, l’objectif sera simplement de survivre à Chanteloup-les-Vignes.
⭐ Biniam Girmay (NSN Cycling Team) : Le ccoureur Erythréen a prouvé à maintes reprises qu’il pouvait passer les bosses. Son équipe aligne probablement le meilleur train du peloton. Si l’ascension est contrôlée et qu’ils peuvent le placer dans les meilleures conditions, il est le numéro un des purs sprinteurs pour ce final.
⭐ Luke Lamperti (Team Soudal Quick-Step) : Avec déjà 14 jours de courses dans les jambes, l’Américain est en feu en ce début de saison. Ses places sur le Tour de Provence et ses deux tops 10 lors du week-end d’ouverture belge (Omloop et Kuurne) montrent une forme étincelante. Sur ce type de parcours exigeant, sa puissance et sa hargne peuvent lui permettre de créer l’exploit.
⭐ Phil Bauhaus (Bahrain Victorious) : Parmi les autres sprinteurs, c’est celui qui a le plus de références sur ce genre de difficultés. Il faudra compter avec lui si l’allure n’est pas suicidaire dans la bosse.
1ère étape Paris-Nice 2026 : Les questions clés qui animeront la course
Pour alimenter le débat entre passionnés, voici les deux scénarios qui pourraient faire basculer cette première journée.
Question 1 : Visma va-t-elle jouer le « tout pour la gagne » dès le premier jour ?
On connaît la philosophie de l’équipe néerlandaise : quand on peut gagner, on gagne. Avec un Jonas Vingegaard en reprise, est-ce que l’état-major prendra le risque de tout brûler pour un succès d’étape et un premier maillot jaune qui pourrait peser sur les épaules du Danois toute la semaine ? Ou bien laisseront-ils filer une échappée pour contrôler et offrir l’étape à Axel Zingle dans un sprint plus massif ? La réponse conditionne tout le scénario.
Question 2 : Les Français peuvent-ils profiter de l’absence des trois « extraterrestres » pour frapper un grand coup ?
Avec Pogacar, Evenepoel et Jorgenson absents, la hiérarchie est plus ouverte. C’est le moment ou jamais pour Kévin Vauquelin, David Gaudu ou Dorian Godon de s’imposer face à des Vingegaard et Ayuso qui, s’ils sont les favoris, ne sont pas invincibles sur ce type d’étape. Une victoire française à Carrières-sous-Poissy lancerait idéalement la Course au Soleil.
[RÉCAP] Parcours, profil, horaires et diffusion TV de l’étape 1
Pour ne rien manquer de ce grand rendez-vous, voici toutes les informations pratiques.
Le parcours de l’étape :
Départ : Achères (Yvelines)
Arrivée : Carrières-sous-Poissy (Yvelines)
Distance : 170,9 kilomètres
Profil : Plat mais piégeux, avec un circuit final vallonné.
Difficulté principale : Côte de Chanteloup-les-Vignes (1,1 km à 8,3%), à franchir deux fois, dont le dernier sommet à 10 km de l’arrivée.
Horaires :
Départ réel : 12h50
Arrivée estimée : Entre 17h00 et 17h15
Diffusion TV :
France 3 : Direct à partir de 15h20 (final de l’étape).
Eurosport 2 & Eurosport MAX : Direct à partir de 15h20.
Tipik / RTBF Auvio : Direct à partir de 15h20 (pour nos amis belges).
Rendez-vous dimanche pour le coup d’envoi de cette 84e édition. Une chose est sûre : le vainqueur à Carrières-sous-Poissy portera un maillot jaune qui, cette année plus que jamais, pourrait être le prélude à une semaine de tous les possibles.
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