Pour la première fois, le Tour de Romandie aligne trois étapes de haute montagne, dont une arrivée au sommet à Leysin. Un terrain de jeu rêvé pour Tadej Pogačar (UAE Team Emirates XRG) récent vainqueur de Liège-Bastogne-Liège, qui effectue sa rentrée sur les courses à étapes. Entre explosivité sur les pourcentages à double chiffre et gestion de l’effort, le Slovène peut-il déjà verrouiller le classement général dès mardi ?
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Pogačar va-t-il écraser le Romandie 2026 dès son premier grand rendez-vous ?
Pourquoi le parcours 2026 est-il bien plus dur que les éditions récentes ?
L’an passé, les organisateurs dirigés par Richard Chassot avaient encore misé sur deux contre-la-montre individuels. Pari inverse pour 2026 : exit le chrono long, place à un seul prologue de 3 km. Résultat : la distance moyenne des étapes en ligne a bondi de près de 165 kilomètres par rapport à 2025. Avec 14 266 mètres de dénivelé positif cumulé et 17 ascensions officiellement répertoriées, cette 79e édition flirt avec les standards d’un petit Giro.
Le message fort des organisateurs : la montagne comme seule justice
En supprimant le second chrono, Chassot envoie un signal clair : on ne gagne plus le Tour de Romandie dans un long effort solitaire contre la montre, mais en survolant les pourcentages. Comme l’écrivait récemment l’ancien vainqueur Stephen Roche (recordman des succès finaux avec 3 victoires), « un parcours sans deux chronos, c’est un appel aux attaquants« . Ce virage sélectif rappelle l’ADN originel de l’épreuve, créée en 1947, bien loin des années 2010 où Cadel Evans et Bradley Wiggins la survolaient grâce à leur science du chrono.

Comment chaque étape peut-elle basculer ? (Détail par jour)
Mardi 28 avril – Prologue (Villars-sur-Glâne, 3,2 km) : qui peut battre les rouleurs explosifs ?
Contrairement aux idées reçues, ce prologue ultra-court (2,3% de pente moyenne mais une rampe à 7% sur 800 m) ne favorisera pas un pur sprinteur. Selon nos données et statistiques, les trois derniers vainqueurs d’un prologue de 3-4 km avec rampe finale affichaient une puissance seuil supérieure à 450W sur 5 minutes. Le piège : les deux virages à 90 degrés avant la ligne d’arrivée, où un mauvais placement coûte 0,5 seconde. Depuis Rohan Dennis en 2021, aucun vainqueur du prologue ne s’est imposé avec plus de 4 secondes d’avance. Attendez-vous à des écarts minimes… sauf si Pogačar décide de jouer la montre.
Mercredi 29 avril – Etape 1 (Martigny > Martigny, 171,2 km) : l’ascension d’Ovronnaz piège à favoris ?
Première grande explication. Après trois boucles sur la côte de La Passe (cat.3), le peloton bascule vers Ovronnaz : 12 km à 9,1% de moyenne, avec des passages à 11%. Ce qui change tout : le sommet est placé à 33 km de l’arrivée. Trop loin ? Pas si la descente technique et le vent dans la vallée du Rhône (vent de sud fréquent en mai) créent des bordures. En 2024, le vainqueur final Carlos Rodríguez avait perdu 45 secondes dans un scénario identique sur la route de Martigny. Ce jour-là, les équipiers de Pogačar pourraient laminer le peloton.
Jeudi 30 avril – Etape 2 (Rue > Vucherens, 173,1 km) : le final le plus vicieux de la semaine
Deux villes distantes de moins de 10 km, mais 173 km d’enchaînements. Ici, pas de grand col : 3 100 m de dénivelé répartis en bosses courtes. La clé : la triple ascension de Vuitellens (3,1 km à 5,4%, classée en 3e catégorie), dont le dernier sommet est situé à seulement 3,8 km de la ligne d’arrivée. Comme l’analyse l’ancien coureur suisse Michael Albasini (vainqueur d’étape sur le Tour de Romandie) : « Sur ce genre de final, un puncheur qui anticipe le dernier virage peut reprendre 10 secondes à un grimpeur pur« . Etape taillée pour un Lenny Martinez ou un même un attaquant surprise.
Vendredi 1er mai – Etape 3 (Orbe > Orbe, 176,6 km) : le col du Mollendruz, l’arme secrète des baroudeurs
Deux boucles avant le juge de paix : col du Mollendruz, 21,8 km d’ascension totale (dont 9 km à 6,1%). Mais ne vous fiez pas aux chiffres moyens : les 3 premiers kilomètres sont à 8%, idéal pour faire exploser les sprinteurs. Ensuite, 32 km de descente et de plat. Un scénario classique d’échappée lointaine ? Oui, si une douzaine d’hommes passe le sommet avec 2 minutes d’avance. Pogačar, souvent marqué, pourrait laisser filer. L’an passé, c’est ce genre d’étape qui avait sacré Joao Almeida sans qu’il ne gagne.
Samedi 2 mai – Etape 4 (Broc > Charmey, 149,6 km) : l’étape reine du Jaunpass (trois ascensions)
Voici le juge de paix. En seulement 150 km, les coureurs enchaînent : 5,6 km à 8,3% (versant court), puis 8 km à 7,8% (versant long), puis un passage à Saanenmöser, et enfin une troisième ascension du Jaunpass par le versant long. Au total, trois montées classées en 1re et 2e catégorie. Les données altimétriques indiquent un passage à 10,3% sur la première rampe. Pour rappel, Jaunpass est une ascension mythique rarement empruntée. Le dernier à avoir dominé un tel enchaînement ? Primož Roglič sur le Tour de Romandie 2019. Samedi soir, le général sera probablement plié.
Dimanche 3 mai – Etape 5 (Lucens > Leysin, 178,2 km) : l’ascension qui couronne le roi
Premier constat : l’arrivée au sommet de Leysin (14,3 km à 5,9% de moyenne) est de retour, absente depuis 2018. Mais attention : le dernier tiers est le plus raide (pics à 8-9%, comme le souligne le profil détaillé). Les trois premiers kilomètres flirtent déjà avec les 8% : Piège pour les coureurs qui auraient mal géré leurs efforts la veille. Contexte tactique rare : c’est la première fois depuis au moins 10 ans qu’une arrivée au sommet décide du général un dimanche, avec un col final aussi long. Les amateurs de grands rendez-vous se souviennent de l’attaque de Richie Porte ici en 2017. Un juge de paix implacable.
Pourquoi Tadej Pogačar est plus que favori (et où il pourrait perdre)
Selon les fans de cyclisme et conversations sur les forums et réseaux sociaux, Pogačar affiche 78% de chances de victoire finale. Sa première course à étapes de la saison, après les Classiques, est souvent un festival. Mais deux risques persistent : 1) Une météo suisse imprévisible sur le prologue (des pluies annoncées certaines années créent des écarts aléatoires). 2) Une chute sur les routes glissantes.
Selon vous, cette édition à trois étapes de montagne marque-t-elle un tournant pour le Romandie, ou restera-t-il une simple préparation au Tour ?
Face à un Pogačar aussi dominateur sur le papier, pensez-vous qu’un coureur comme Lenny Martínez, Florian Lipowitz ou Oscar Onley ait une carte à jouer ailleurs que dans une échappée lointaine ?
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