Tadej Pogačar (UAE Team Emirates XRG) a officiellement lancé la deuxième partie de sa saison 2026 vendredi en Andalousie. Objectif : préparer son organisme à l’hypoxie de la Sierra Nevada avant le Tour de Suisse, puis un second bloc à Isola 2000. Avec 9 victoires en 11 jours de course ce printemps et un poids encore au-dessus de son gabarit « grand tour », le Slovène envoie un frisson dans le peloton : sa montée en puissance ne fait que commencer.
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Pourquoi Pogačar décale-t-il son stage en altitude cette saison ?
La philosophie UAE : compacter le calendrier pour maximiser la récupération
Si le choix de la Sierra Nevada est une tradition bien ancrée chez UAE Team Emirates XRG, le timing, lui, a été profondément modifié par rapport aux saisons précédentes. Selon les informations confirmées par Joxean Matxin Fernández aux médias, le staff a délibérément repoussé ce premier bloc d’altitude. La raison est limpide : le Tour de Suisse 2026 a été réduit à cinq jours (17-21 juin), ce qui le place exceptionnellement proche du Grand Départ du Tour de France prévu le 4 juillet à Barcelone : ville du Grand Départ 2026.
En compactant le stage andalou juste avant ce Tour de Suisse express, l’équipe émiratie cherche à créer un enchaînement plus fluide et moins haché. Là où un stage précoce aurait pu imposer une coupure longue et potentiellement déstabilisante entre la sortie d’hypoxie et le départ de la Grande Boucle, ce nouveau schéma vise la continuité physiologique. On passe d’une logique de « deux gros pics de forme entrecoupés de repos » à celle d’une « montée en charge progressive jusqu’à l’apothéose de juillet ». C’est une philosophie de préparation qui rappelle le concept de « surcompensation continue » théorisé par certains physiologistes italiens, où chaque bloc d’altitude doit s’emboîter parfaitement sur le suivant.
Une préparation cyclique pensée comme un diptyque
Ce stage dans le Sud de l’Espagne marque aussi la fin symbolique du premier cycle de saison, entièrement dédié aux Classiques. Comme l’a résumé Matxin, « cette personnalisation a été une réussite« . La coupure est nette, chirurgicale. Après avoir dominé le printemps, Pogačar a bénéficié d’une brève fenêtre de décompression avant de plonger dans le bain de l’altitude. La transition entre le « cycle Flandriennes » et le « cycle Tour » se fait par ce sas andalou. Le Slovène n’est plus un puncheur, mais pas encore un grimpeur de grands cols : il est précisément en train de reprogrammer son corps pour les efforts longs. C’est une science de la périodisation que peu de coureurs maîtrisent aussi finement, et qui évoque la rigueur de préparation d’un Miguel Indurain en 1994.
En quoi ce stage est-il le moment clé de sa transformation physiologique ?
Repartir de plus haut pour frapper plus fort : la gestion du poids et de la puissance
L’aveu a glacé le sang de ses rivaux. Au départ du Tour de Romandie, le Slovène a reconnu lui-même qu’il accusait encore « plusieurs kilos » au-dessus de son poids de forme idéal pour un Grand Tour. Des kilos de muscle, de puissance brute, sculptés pour dompter les pavés du Tour des Flandres et les pentes explosives de Milan-SanRemo. Pourtant, malgré ce gabarit de flandrien, il a écrasé la concurrence sur un parcours de Romandie pourtant truffé de bosses.
Le stage en Sierra Nevada est la chambre de transformation. En hypoxie, à environ 2 300 mètres d’altitude, l’organisme augmente naturellement sa production d’érythropoïétine (EPO naturelle) et améliore le transport d’oxygène. Mais pour Pogačar, il s’agit aussi d’une période de recomposition corporelle. L’alimentation est contrôlée au gramme près pour faire fondre la masse grasse résiduelle tout en préservant le rendement mécanique acquis sur les Classiques. Dans un mois, à Isola 2000, il devrait retrouver ce profil longiligne terrifiant qu’on lui connaît en juillet, tout en ayant conservé un peu de la « caisse » des Flandres.
Le syndrome Merckx : polyvalence et gestion des charges
Cette dualité physique pose une question historique : peut-on être le meilleur sur les pavés et en haute montagne la même année ? Jusqu’en 2026, seul Eddy Merckx avait osé et réussi cette alchimie extrême. En gagnant à Roubaix et au Tour dans une même saison, le Cannibale avait prouvé qu’un champion pouvait briser la spécialisation moderne. Pogačar est-il en train de reproduire ce modèle ? Son printemps le suggère.
Mais la complexité de la Sierra Nevada ne réside pas seulement dans les watts. Elle est mentale. Le Slovène a besoin de se reconnecter à l’ennui relatif des longues sorties en endurance fondamentale, loin de l’adrénaline des Monuments. D’après Matxin, « il se jette à fond » dans tout ce qu’il fait, mais le risque pour un caractère aussi explosif est la saturation. Le staff des UAE doit donc lui construire un tunnel de concentration jusqu’au 4 juillet, sans briser son naturel offensif.
Quel est le plan de bataille exact pour les semaines à venir ?
De la Sierra Nevada à Isola 2000 : le chemin critique
Le plan dévoilé par Joxean Matxin Fernández s’articule en trois phases distinctes :
Bloc 1 – Sierra Nevada (mi-mai à mi-juin) : Volume d’entraînement conséquent, longues sorties, reconnaissance de certains profils similaires à ceux du Tour 2026. Travail de la vélocité en côte pour préparer les changements de rythme.
Tour de Suisse (17-21 juin) : Retour à la compétition. Pas de pression sur le classement général, mais une montée en intensité. C’est le seul moyen de vérifier que les capteurs de puissance sont au vert avant le Tour.
Bloc 2 – Isola 2000 (fin juin) : Stage d’affûtage. Les charges diminuent, la récupération est maximisée. L’objectif est d’arriver sur le Tour avec le « coup de pédale frais », en état de surcompensation.
Pourquoi Isola 2000 est un choix stratégique
Opter pour la station des Alpes-Maritimes n’a rien d’anodin. C’est une altitude modérée, très proche du parcours probable des Alpes du Sud sur le Tour. S’entraîner là-bas permet de s’acclimater à la qualité de l’air et au type de pentes irrégulières que l’on retrouve dans l’arrière-pays niçois. C’est un avantage en nature, loin de l’agitation de Tignes ou de la Plagne.
Pogačar est-il en train de tuer le suspense avant juillet ?
Le poids des chiffres : 9 victoires en 11 jours
Les statistiques sont assommantes. Avec ses démonstrations à Milan-SanRemo, au Tour des Flandres, à Liège-Bastogne-Liège et au Tour de Romandie, Pogačar affiche un ratio de victoire de 82 % en 2026. Selon notre base de données, une telle densité de succès sur les deux types de terrains (Flandriennes et courses par étapes WorldTour) n’a jamais été observée à l’ère moderne.
Cela pose un vrai problème de narration pour le Tour. Quand un coureur gagne une course de trois semaines avec « plusieurs kilos en trop », quel espoir reste-t-il quand il arrivera au poids optimal ? L’écart entre Pogačar et la concurrence semble s’être creusé en ce printemps 2026. Vingegaard, pris dans l’étau du Giro, devra réussir un exploit d’une autre génération pour rivaliser avec un Slovène aussi frais, lui qui aura deux Grands Tours dans les jambes s’il va au bout de sa tentative italienne.
Selon vous, cette facilité affichée au printemps est-elle le signe d’un pic de carrière définitif, ou les ajustements de charge pour le Tour pourraient-ils créer une vulnérabilité passagère ?
L’évolution tactique : moins d’instinct, plus de contrôle ?
Ce stage en altitude marque aussi un tournant psychologique. On sent dans les mots de Matxin une volonté de structurer le talent brut. « Nous avons construit un programme sur mesure« . L’expression revient comme un mantra. L’équipe ne cache plus son ambition : entrer dans l’histoire via la méthode. Cela signifie-t-il un Pogačar plus calculateur, moins « kamikaze » sur le Tour ? La préparation millimétrée suggère que chaque jour de course a été modélisé. Comme l’écrivait Jacques Anquetil, « pour gagner, il faut partir avec un temps d’avance« . Pogačar est en train de prendre cette avance dans la chaleur sèche andalouse.
Si le Slovène semble hors-sol, un point sera crucial : comment UAE gérera le poids du leadership ? La réponse viendra de la manière dont il aborde sa propre préparation à Tignes, en parallèle.
Pensez-vous que le calendrier « tout-Classiques » puis « tout-Tour » va devenir la norme pour les leaders de Grands Tours ?
Le choix radical de Pogačar d’éviter les courses à étapes au printemps va-t-il redéfinir les standards de la préparation moderne ?
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