Pourquoi le Tour du Colorado va ringardiser le Tour de France ?

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Combien de fois faudra t-il le répéter ? On ne roule pas à côté des spectateurs ! (Source : DR)

En s’imposant cette nuit au terme de la 1ère étape de la Colorado Classic, John Murphy (Holowesko-Citadel – 32 ans) a parachevé le come back du Tour du Colorado à l’agenda cycliste international. Alors amis insomniaques, enfilez vos chaussons, préparez-vous une tisane, et postez-vous devant Eurosport, la Colorado Classic (10-13 août) s’annonce comme LA course la plus excitante de l’année ! Le Tour de France à côté ? Un vulgaire Tour de Pologne. La preuve par 5.

1. Parce qu’il a un « nouveau look pour une nouvelle vie »

« Le temps et le travail nécessaires à cette entreprise ne nous permettent pas d’organiser cet évènement en 2016. A la place, nous espérons relancer la course en 2017 ». Paraît que l’écho de Shawn Hunter, alors directeur de l’USA Pro Cycling Challenge (le Tour du Colorado ancienne version), résonne encore dans toute la chaîne des Rocheuses. Il faut dire qu’une course qui disparait, c’est toujours un terrible coup de couteau pour les amoureux du cyclisme. Et la plaie est d’autant plus béante quand la course en question, du haut de ses 5 prometteuses éditions, a consacré des champion de la trempe de Levi Leipheimer, Christian Vande Velde, Tejay van Garderen et Rohan Dennis. Oui mais voilà, aussi romantique soit-il le cyclisme doit rendre des comptes aux banquiers. Des dettes qui pullulent, des sponsors aux abonnés absents et c’est le couperet qui tombe. Inéluctable ? Pas au pays du happy end ! Après un an d’absence, revoilà le Tour du Colorado au calendrier de l’UCI America Tour, propre comme un sou neuf. Exit l’USA Pro Cycling Challenge. Welcome la Colorado Classic (2.HC). Et parce que les Américains s’y connaissent en entertainment, cette fois tout est fait pour le plaisir des spectateurs locaux. Terminée la longue semaine de raid dans les Rocheuses (qui n’était pas pour nous déplaire),  et place à 4 petits jours de course nerveux et punchy (qui ne seront pas non plus pour nous déplaire). Au programme, des étapes courtes (150 kms maximum), qui partent et reviennent au même endroit (d’ailleurs trois étapes sur quatre seront des circuits), et des équipes limitées à 6 coureurs. Aucun risque donc qu’une formation verrouille la course façon Sky. La garantie aussi d’une course agressive, ouverte et imprévisible ! La panacée pour les nostalgiques d’un cyclisme à l’ancienne. Manquerait plus qu’on enlève les oreillettes et on serait bien tintin !

2. Parce que c’est la course la plus haute du Monde

Dans l’imaginaire collectif, le Colorado c’est avant tout un fleuve qui serpente le long de zones arides et désertiques (Arizona, Utah…), et qui se jette au Mexique après avoir traversé le Grand Canyon (qu’il a lui même creusé). Pourtant ce serait oublier que le Colorado prend sa source dans les Rocheuses, au coeur d’un vaste territoire auquel il a donné son nom, entièrement situé au dessus de 1000m d’altitude. Sachez également que c’est au Colorado qu’on trouve le point culminant des Rocheuses (le Mont Saint Elbert) et la très select station de ski d’Aspen. Bref, si le Colorado est l’état le plus haut des Etats-Unis, la Colorado Classic pourrait bien être la course la plus haute du Monde. Pas étonnant donc que certains des meilleurs grimpeurs du peloton aient inscrits leurs noms au palmarès de feu USA Pro Cycling Challenge. Au programme cette année encore, 6000 mètres de dénivelé cumulé et des étapes en formes de montagnes russes.

3. Parce que Rigoberto Uran, 2e du Tour de France, n’est pas certain de l’emporter

En 2011, pour sa première édition, l’USA Pro Cycling Challenge réunissait le podium du Tour de France : Cadel Evans, Andy Schleck et Fränk Schleck. En 2017, c’est Rigoberto Uran (30 ans – Cannondale Drapac), récent deuxième de la Grande Boucle, qui honorera la Colorado Classic de sa présence. Et à en croire son Directeur Sportif Jonathan Vaughters dans les colonnes du Denver Post, « Il n’a pas l’intention d’y faire du tourisme ». Car le Colombien sait qu’il devra batailler autant qu’en juillet s’il veut lever les bras à Denver. Face à lui, son coéquipier Taylor Phinney, vainqueur d’étape en 2015, qui d’après Jonathan Vaughters « grimpe comme jamais auparavant » et pourrait profiter d’un faux pas de son leader. Dans le rétroviseur également, le revanchard Brent Bookwalter (33 ans – BMC Racing) qui avoue avoir encore « un sentiment d’inachevé » après sa terrible défaillance de 2015 qui lui avait coûté son Maillot Jaune. Attention aussi au régional de l’épreuve, le Coloradien Peter Stetina (30 ans – Trek Segafredo) et au grimpeur canadien Rob Britton (32 ans – Rally Cycling), dont les globules rouges, parfaitement acclimatés à l’altitude après un Tour de l’Utah victorieux, sautillent dans ses veines en attendant d’en découdre de nouveau. Et dans un peloton limité à 6 coureurs par équipes, Rigoberto Uran devra surveiller ce petit monde comme du lait sur le feu s’il veut garder le contrôle de la course.

4. Parce qu’il y a une vraie équipe africaine dans le peloton

Alors oui, bien sur il y eu MTN-Qhubeka et les 4 jours de l’Erythréen Daniel Teklehaimanot, maillot à pois sur les épaules lors du Tour de France 2015. Mais en 2017, sur la Grande Boucle, la touche africaine de l’équipe devenue Dimension-Data avait pris une sacrée claque ! La Colorado Classic pourra quant à elle compter sur la formation Team Rwanda. L’équipe africaine alignera notamment Jean Bosco Nsengimana, vainqueur du Tour du Rwanda 2015, et Bonaventure Uwizyimana qui a également couru cette saison pour la réserve de… Dimension Data.

5. Parce que Lance Armstrong a aussi essayé de s’y incruster… cette fois sans succès !

Certes, en 2009 les dirigeants du Tour de France n’avaient pas vraiment le choix. Certes les organisateurs de la Colorado Classic étaient moins réticents que leurs homologues français, mais le résultat est là : Lance Armstrong s’est fait éconduire de l’organisation de la course américaine, comme un vulgaire type en marcel à l’entrée d’une boîte de nuit. La Colorado Classic avait initialement prévu un partenariat média avec l’ancien coureur, qui devait enregistrer ses fameux podcasts sur place, au frais de la course. Une tentative d’intrusion tuée dans l’oeuf par l’USADA, l’agence américaine anti-dopage, au motif qu’elle contreviendrait à la sanction prononcée à l’encontre de l’ex-leader de l’US Postal, écarté à vie du cyclisme professionnel. Ce dernier à néanmoins fait savoir qu’il maintenait son podcast, enregistré par lui même dans les locaux d’un… vigneron de la région. L’histoire ne dit pas s’il aura droit à une conso gratuite…

Vidéo : la 1ère étape du Tour du Colorado en caméra embarquée !

Visitez le site officiel de l’équipe de la Colorado Classic

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1 COMMENTAIRE

  1. Vous le rppelez très justement à deux reprises, les équipes de ce tour du Colorado seront réduites à six coureurs, ce qui va forcément influer sur le déroulement de la course en la rendant plus ouverte… Il serait même possible de conserver les oreillettes, puisque celles-ci posséderaient un certain intérêt pour la sécurité des coureurs… Sur ce plan, le tour de France, à défaut de vouloir vraiment faire du neuf, tente de lutter contre le ringardisme, puisque l’an prochain les équipes actuellement à neuf seront réduites à huit…
    Ce serait cet argument qu’il faudrait peut-être avancer en priorité pour tenter de prouver que ce tour du Colorado va ringardiser le tour de France…D’autres sont avancés, parfois folkloriques, sans doute pour rechercher un effet de manche, sachant bien que le tour de France est une institution difficile à ringardiser…
    Il n’en demeure pas moins que le tour de France aurait bien besoin de quelques réformes si l’on ne veut pas que l’utilité sociale, le tourisme ou la culture ne prennent le pas sur le sportif… En 1962, pour le retour aux équipes de marques, Antoine Blondin anticipait et exprimait déjà ce désir : Parlant de Jacques Anquetil, il le voyait faisant passer le tour de France du commercial à l’esthétique…l

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