Ce n’était qu’une rumeur, un poisson d’avril trop beau pour être vrai. Pourtant, mercredi, Remco Evenepoel a retourné le peloton comme un crêpe flamand. En annonçant sa première participation au Tour des Flandres 2026, le double champion olympique met fin à des années de suspense. Décryptage d’une opération secrète signée Red Bull, et analyse d’une confrontation inédite avec Tadej Pogacar, Mathieu Van der Poel et Wout Van Aert.
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Comment l’annonce choc de Remco Evenepoel a fait basculer le Ronde 2026 dans la légende
Le 1er avril, le jour où le cyclisme belge a retenu son souffle
Il était environ 10 heures ce mercredi matin à Roulers, au départ d’À travers la Flandre. Les journalistes s’agglutinent autour du bus Red Bull-BORA-Hansgrohe, smartphones en éveil. La rumeur enflait depuis la veille : et si Remco Evenepoel allait finalement s’attaquer aux monts du Ronde ? Beaucoup y voyaient un canular, un sketch bien rodé pour le 1er avril. Puis, la story Instagram est tombée, comme un pavé (flandrien) dans la mare.
C’en était fini des dénégations. Le coureur de Schepdaal, 26 ans, double vainqueur de Liège-Bastogne-Liège 2022 et 2023 et troisième du Tour de France 2024, venait de signer son plus gros coup médiatique. Mais au-delà du buzz, cette annonce transforme profondément la hiérarchie du Tour des Flandres 2026. Pour la première fois de l’histoire moderne, les quatre cavaliers les plus talentueux de la planète s’affronteront sur une Classique, et pas n’importe laquelle : le plus beau des Monuments.
Pourquoi personne ne croyait (vraiment) à cette participation ?
Un « non » catégorique transformé en secret de Polichinelle
Il y a encore quelques semaines, le scénario relevait de la science-fiction. Ralph Denk, le manager général de Red Bull, avait été on ne peut plus clair dans les colonnes du Het Nieuwsblad : « Avec une certitude absolue à 100 %, Remco Evenepoel ne disputera pas le Tour des Flandres en 2026. » Le plan était rodé : une coupure après le Tour de Catalogne, puis une préparation tranquille pour les Ardennaises (Amstel, Flèche, Liège).
Sauf que dans l’ombre, tout a changé. Selon nos informations recoupées, l’équipe allemande a planifié ce coup médiatique il y a plus de 100 jours. « Un projet comme celui-ci ne se construit pas du jour au lendemain » a finalement admis Denk, fier d’avoir gardé le secret. Une opération digne d’un service secret, où Evenepoel a même reconnu le parcours en décembre dernier… sous le nez des photographes.
Evenepoel, un « piètre rouleur de pavés » ? Le paradoxe du champion
L’argument qui tenait la route jusque-là, c’était le profil. Evenepoel le répétait : il n’a pas « l’explosivité sur les efforts courts » que réclame le Ronde. Un discours logique pour un pur puncheur-chronoman, habitué aux longues échappées en solitaire.
Pourtant, l’histoire du cyclisme nous a appris à nous méfier des évidences. Le Tour des Flandres moderne n’est plus seulement une question de puissance brute sur les pavés. C’est une succession de murs, d’accélérations violentes et de gestion d’effort. Sur le papier, le Vieux Quaremont (2 200 m à 4,2%) pourrait même convenir à un puncheur-grimpeur comme Evenepoel.
Le casse-tête tactique : Comment Evenepoel peut-il gagner ?
L’effet « joker » dans le duel Pogacar – Van der Poel
Voici le vrai enjeu du Tour des Flandres 2026. Avant cette annonce, on se dirigeait vers un énième duel à distance : Tadej Pogacar (UAE Team Emirates – XRG) vs Mathieu Van der Poel (Alpecin-Premier Tech). L’an dernier, Pogacar l’avait emporté avec plus d’une minute d’avance, laissant le Néerlandais se battre pour la troisième place derrière Mads Pedersen.
L’arrivée d’Evenepoel dynamite cette équation. Le Belge est le seul au départ à pouvoir menacer Pogacar sur une attaque de longue distance. Souvenez-vous de Liège 2022 ou de la Vuelta 2022 : quand Evenepoel part seul à 30 bornes de l’arrivée, il est imprenable. Van der Poel, lui, préfère les sprints entre costauds. Wout Van Aert, ravi de cette nouvelle, l’a bien résumé à Sporza : « Il ne partirait que s’il visait un résultat de premier plan. »
Une équipe bâtie pour le chaos
Evenepoel ne sera pas seul. Contrairement aux rumeurs d’un isolement, Red Bull l’entoure d’une garde rapprochée de choc. On y retrouve les frères Van Dijke (Tim, 2e du Het Nieuwsblad, 13e à Kuurne, et Mick), des équipiers de luxe pour les secteurs pavés. Surtout, Gianni Vermeersch (5e des Strade Bianche) sera le lieutenant idéal. Et n’oublions pas Jan Tratnik, vainqueur du Nieuwsblad en 2024. Une formation taillée pour le placement, l’antidote parfait contre les bordures. Question aux puristes : Pensez-vous que l’équipe Red Bull sacrifiera Vermeersch dès le Koppenberg, ou jouera la carte de la double menace ?
La revanche de la Belgique : En finir avec 9 ans de disette
2017 – 2026, le trop long tunnel
Pour comprendre l’onde de choc, il faut rappeler un chiffre : 69 victoires belges en 110 éditions, mais plus aucune depuis Philippe Gilbert en 2017. Pire encore, aucun Belge sur le podium depuis 2021. Dans un pays où le Ronde est une religion, cette disette est vécue comme un traumatisme national.
Evenepoel porte désormais ce poids. Wout Van Aert a échoué plusieurs fois (2e en 2020, 3e en 2022). Arnaud De Lie, pourtant pressenti comme le futur roi, a balayé le sujet d’un revers de main à la RTBF : « Honnêtement, je m’en fous. Ça ne me fait ni chaud ni froid. » Une déclaration qui en dit long sur la pression qui entoure ce monument. Evenepoel, lui, ne peut pas se permettre cet aplomb. Il arrive en sauveur providentiel, ou en candidat au crash.
L’héritage d’un « enfant du Brabant flamand »
N’oublions jamais que Remco Evenepoel est originaire de Schepdaal, à 60 km du Vieux Quaremont. Il a grandi avec ces monts dans les jambes lors de ses sorties d’entraînement. Il connaît chaque fissure du Mur de Grammont. Cette dimension locale, couplée à son statut de double champion olympique, le place dans une position unique. Il n’est pas un touriste. Il est le fils prodige qui rentre à la maison.
Les 4 Mousquetaires : Ce qui rend ce plateau historique
Nous avons déjà vu des trios. Mais un quatuor ? C’est du jamais vu sur une classique.
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates – XRG) : Le patron, vainqueur sortant, roule sur l’eau.
Mathieu Van der Poel (Alpecin-Premier Tech) : Le recordman en puissance (3 victoires : 2020, 2022 et 2024), le plus explosif.
Wout Van Aert (Visma-Lease a Bike) : Le revenant, affamé, le plus régulier sur le Ronde.
Remco Evenepoel (Red Bull-BORA-Hansgrohe) : Le X Factor, l’inconnu.
N’oublions pas non plus un certain Mads Pedersen (Lidl Trek), 2e l’an passé, 4e du dernier Milan-SanRemo, qui pourrait venir arbitrer ce quatuor.
Pour la première fois hors Championnats du Monde, ces quatre-là se font face avec des ambitions de victoire. Jonas Vingegaard, lui, reste sagement à la maison. Son directeur sportif, Grischa Niermann, a ironisé : « J’ai pensé à appeler Jonas pour lui dire de venir ici ! » Un rire jaune, car la Visma sait que le scénario de la course leur échappe désormais.
Le verdict : Evenepoel va-t-il gagner dès sa première ?
Soyons francs. Le cyclisme ne fonctionne pas aux sentiments. Remco Evenepoel arrive avec un début de saison en dents de scie. Oui, il a survolé le Tour de Valence (7 victoires sur ses 10 premiers jours de course), mais il a paru émoussé à l’UAE Tour (10e) et sur le Tour de Catalogne (5e), où une chute avec Vingegaard n’a rien arrangé.
Pourtant, les spécialistes s’accordent sur un point : Evenepoel est un compétiteur hors norme, capable de se sublimer sur un objectif précis. S’il a sacrifié sa condition sur le Catalogne pour peaufiner sa pointe de vitesse sur les bosses, attention à la déflagration. La comparaison avec Pogacar est inévitable. Le Slovène a dû s’y « essayer » avant de dompter le Ronde (4e en 2022, victoires en 2023 et 2025). Il serait naïf de penser qu’Evenepoel réussira du premier coup là où Pogacar a échoué.
Notre pronostic : Evenepoel ne gagnera probablement pas. Mais il va exploser la course. Il attaquera dans le Koppenberg ou le Taaienberg, forçant Pogacar à réagir, et offrant peut-être la victoire à un Van der Poel embusqué. Une chose est sûre : si vous n’aimez que les arrivées au sprint, fuyez ce dimanche 5 avril. Si vous voulez assister à une bataille digne des guerres flamandes, soyez à Audenarde.
« À dimanche », avait écrit Remco. Les Flandres ont répondu. L’attente va être insoutenable.
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