Vuelta 2026, étape 19 : Eddie Dunbar piège Buitrago, Enric Mas vers la gloire

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Vuelta 2026 étape 19 Eddie Dunbar piège Buitrago Enric Mas vers la gloire
Image : @Pinarello_Q365_2026

À 30 ans, Eddie Dunbar a signé l’un des succès les plus émouvants de sa carrière en crucifiant Santiago Buitrago à 500 mètres du sommet de Peñas Blancas. Derrière, Enric Mas a repoussé les assauts de Primož Roglič et conserve son maillot rouge. Récit d’une journée où le courage a triomphé de la force brute.

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L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES :

Eddie Dunbar (Pinarello-Q36.5) a remporté la 19e étape de la Vuelta 2026 au sommet de Peñas Blancas, offrant à sa formation sa première victoire en Grand Tour. Le Colombien Santiago Buitrago (Bahrain Victorious), parti seul à 2 km du sommet, a été repris puis dépassé dans les 500 derniers mètres. Derrière, le maillot rouge Enric Mas (Movistar) a contenu les attaques de Primož Roglič (Red Bull-Bora-Hansgrohe) et conserve son leadership à deux jours de l’arrivée. Felix Gall (Decathlon-CMA CGM) règle le sprint du groupe des favoris et conforte sa troisième place au général.

LE CHIFFRE CLÉ : 14 secondes.

C’est l’écart qui séparait Eddie Dunbar de Santiago Buitrago sur la ligne d’arrivée de Peñas Blancas. Quatorze petites secondes qui résument toute la science de la gestion d’effort de l’Irlandais : là où le Colombien a explosé après son attaque à 2 kilomètres du sommet, Dunbar a patiemment recollé, avant de porter l’estocade dans les 500 derniers mètres. Un écart infime, mais une démonstration tactique.

Le récit de l’étape

La 19e étape de cette Vuelta 2026, la plus longue de l’édition avec ses 210,8 kilomètres entre Vélez-Málaga et Peñas Blancas, s’annonçait comme la dernière grande opportunité pour les grimpeurs avant l’ultime explication du lendemain. Mais le scénario allait se révéler bien plus chaotique que prévu.

Dès les premiers kilomètres, le peloton a été soumis à un rythme infernal : plus de 52 km/h de moyenne sur les 40 premiers kilomètres, une allure digne d’un contre-la-montre par équipes. Steven Kruijswijk (Visma-Lease a Bike), Andreas Leknessund (UNO-X Mobility) et Jasha Sütterlin ont bien tenté de s’extraire, creusant un écart de 45 secondes, mais l’entreprise était vouée à l’échec. Le peloton, lancé à pleine vitesse, est revenu à 30 secondes, puis à moins de 30 secondes au sommet du Puerto de las Abejas. Un groupe d’une vingtaine de coureurs s’est alors formé, trop gros pour les ambitions de Netcompany Ineos, qui a ramené tout ce petit monde à 30 secondes lors de la deuxième difficulté du jour.

C’est à ce moment précis que le chaos a atteint son paroxysme. Enric Mas, le maillot rouge, s’est retrouvé isolé, sans équipier Movistar à ses côtés, une première depuis qu’il avait endossé la tunique de leader à l’issue de la 8e étape. L’alerte a été brève, mais révélatrice de la nervosité qui régnait dans le peloton. Carapaz, quatrième du général, a flairé le bon coup et s’est glissé dans une échappée dangereuse, forçant Decathlon-CMA CGM à assumer la poursuite.

Après 130 kilomètres de course et 80 kilomètres encore à parcourir, la situation s’est enfin stabilisée. Un groupe de 16 coureurs, comprenant Buitrago, Dunbar, Gloag, Leknessund, Martin, Molard et Tronchon, a consolidé son avance. Movistar a pris les commandes du peloton pour Mas, rejoint plus tard par Netcompany Ineos. Mais l’écart n’a cessé de croître : 5 minutes, puis 6 minutes et 30 secondes sur la côte, et enfin 7 minutes et 15 secondes au pied de l’ascension finale de Peñas Blancas, longue de 18,8 kilomètres à 6,5 % de pente moyenne. Le vainqueur du jour serait un échappé, cela ne faisait plus aucun doute.

Rudy Molard (Groupama-FDJ United) a lancé les hostilités dès les premières rampes, mais son offensive a été de courte durée. Pau Miquel, équipier de Buitrago, a ramené son leader en tête à 13 kilomètres du sommet. Thomas Gloag (Pinarello-Q36.5) a suivi, rejoint par Dunbar puis par Urko Berrade (Kern Pharma). Le quatuor de tête s’est alors détaché, tandis que le reste de l’échappée se disloquait derrière eux.

À 2 kilomètres du sommet, Buitrago a joué son va-tout. Le Colombien, porteur du maillot à pois, a attaqué avec la rage de celui qui n’a pas encore goûté à la victoire sur ce Tour d’Espagne. Dunbar, fidèle à sa réputation de coureur patient et calculateur, n’a pas paniqué. Il a laissé filer, puis a enclenché la poursuite. Mètre après mètre, l’écart s’est réduit. Buitrago, visiblement à bout de forces, a vu l’Irlandais revenir dans sa roue, puis le dépasser à 500 mètres de la ligne. Dunbar a levé les bras, Buitrago s’est effondré sur son guidon. Thomas Gloag a complété le podium, offrant à Pinarello-Q36.5 une journée historique.

Derrière, la bataille pour le général n’a pas eu lieu. Red Bull-Bora-Hansgrohe a bien tenté de durcir le rythme dans l’ascension, et Primož Roglič a placé une attaque, mais Enric Mas a répondu sans difficulté. Les cinq premiers du classement général ont franchi la ligne ensemble, à 5 minutes et 11 secondes des échappés, Felix Gall réglant le sprint devant ses rivaux. Le maillot rouge reste solidement ancré sur les épaules de l’Espagnol.

Eddie Dunbar, le revenant qui a dompté la montagne

Il y a des victoires qui racontent plus qu’un simple résultat sportif. Celle d’Eddie Dunbar à Peñas Blancas appartient à cette catégorie. À 30 ans, l’Irlandais décroche sa troisième victoire d’étape sur la Vuelta, après ses deux succès de 2024, mais celle-ci a une saveur particulière. Car pour comprendre ce qu’elle représente, il faut mesurer le chemin parcouru.

Percuté par une moto à Monte-Carlo en début d’année, sévèrement touché à la cheville, Dunbar a passé trois mois sans monter sur un vélo. Un calvaire pour un coureur dont la carrière a souvent été contrariée par les blessures. Alors quand il a franchi la ligne, les larmes aux yeux, ce n’était pas seulement la joie d’un succès. C’était la libération d’un homme qui avait cru, à certains moments, que son corps ne lui permettrait plus jamais de jouer à ce niveau.

Sur le plan tactique, sa victoire est un modèle du genre. Dunbar n’a jamais cédé à la panique. Lorsque Buitrago a attaqué à 2 kilomètres du sommet, il aurait pu tenter de suivre immédiatement, au risque d’exploser comme le Colombien l’a fait. Au contraire, il a géré son effort, réduisant l’écart progressivement, pour mieux porter l’estocade dans les ultimes hectomètres. Une leçon de sang-froid.

Cette victoire est aussi celle d’une équipe. Pinarello-Q36.5, créée en 2023, décroche son premier succès sur un Grand Tour. Thomas Gloag, troisième de l’étape, a parfaitement joué le jeu de son leader. Le champion d’Espagne Marcel Camprubí, présent dans l’échappée, a également contribué à ce succès collectif. Pour une formation qui cherche à s’imposer dans le paysage cycliste mondial, ce triomphe à Peñas Blancas vaut de l’or.

Buitrago, l’éternel second

Santiago Buitrago doit avoir une relation compliquée avec les sommets andalous. Le Colombien, maillot à pois de ce Tour d’Espagne, a encore une fois touché du doigt la victoire, avant de la voir s’envoler dans les derniers mètres. À 2 kilomètres du sommet, son attaque semblait pourtant décisive. Il avait distancé ses compagnons d’échappée, Dunbar semblait à portée de contre, et le maillot de meilleur grimpeur lui tendait les bras.

Mais Buitrago a commis l’erreur classique du grimpeur trop généreux : il a mis trop de force dans son attaque, trop tôt. À 2 kilomètres du sommet, dans une ascension de 18,8 kilomètres, cela peut sembler être le bon moment. Mais avec un Dunbar aussi calculateur dans sa roue, c’était peut-être un kilomètre de trop. Le Colombien a payé cash son audace, et doit se contenter d’une deuxième place qui, au vu de sa saison, ressemble à une nouvelle désillusion.

Car Buitrago n’en est pas à son coup d’essai. Sur ce Tour d’Espagne, il a déjà dû se contenter de places d’honneur à plusieurs reprises. Son maillot à pois est une consolation, mais pour un coureur de son talent, les victoires d’étape sont la vraie monnaie. Et cette 19e étape restera comme une occasion manquée.

Enric Mas mérite-t-il vraiment ce maillot rouge ?

Enric Mas n’a pas gagné d’étape sur cette Vuelta. Il n’a pas non plus écrasé la course de sa supériorité. Mais il est là, solide, à deux jours de la fin, avec 1 minute et 37 secondes d’avance sur Primož Roglič. Alors, Enric Mas est-il un leader chanceux, profitant des circonstances, ou un champion injustement sous-estimé, dont la régularité force le respect ? Les avis divergent, et c’est peut-être là toute la beauté de ce Tour d’Espagne.

Le calvaire de Skjelmose et la résilience de Berthet

Si Enric Mas a passé une journée tranquille, ce n’est pas le cas de tous les membres du top 10. Mattias Skjelmose (Lidl-Trek), neuvième du classement général, a été le premier à céder dans l’ascension de Peñas Blancas. À 4 kilomètres du sommet, le Danois a flanché, perdant une position au général (9e, + 9’06’). Une contre-performance qui vient ternir une Vuelta jusqu’ici correcte pour lui.

À l’inverse, Clément Berthet (Groupama-FDJ United) a livré une prestation solide. Le Français, septième du général, a défendu sa place avec autorité, résistant au rythme imposé par les favoris. Dans une journée où beaucoup ont souffert, il a fait preuve d’une résilience appréciable, confirmant les progrès entrevus depuis le début de ce Tour d’Espagne.

Le contraste entre ces deux trajectoires illustre la dureté de cette Vuelta 2026. Les écarts se creusent, les corps lâchent, et seuls les plus solides mentalement parviennent à tirer leur épingle du jeu.

Quatrième question clé : que reste-t-il à jouer avant Madrid ?

Avec deux étapes restantes, dont une 20e étape montagneuse qui s’annonce redoutable, le classement général semble figé. Enric Mas compte 1’37 d’avance sur Roglič, 3’01 sur Felix Gall, 5’17 sur Carapaz. À moins d’un effondrement ou d’un coup de force, le maillot rouge ne devrait pas changer d’épaules. Mais le cyclisme nous a appris à ne jamais dire jamais.

La 20e étape, prévue ce samedi, pourrait offrir une dernière occasion aux audacieux. Roglič, en vieux briscard, tentera sans doute quelque chose. Carapaz, infatigable attaquant, voudra sauver sa Vuelta par un coup d’éclat. Derrière, la bataille pour le podium entre Gall et Carapaz reste ouverte. Et pour les équipes, chaque place au général compte, ne serait-ce que pour les primes et la visibilité.

Cette Vuelta 2026 est-elle la plus indécise de ces dernières années ?

D’un côté, Enric Mas semble tenir son premier grand tour. De l’autre, les attaques n’ont pas manqué, les scénarios ont été chaotiques, et les écarts se sont creusés. Alors, cette Vuelta 2026 restera-t-elle comme une édition passionnante, ou comme un Tour d’Espagne où la montagne n’a pas tenu ses promesses ? À vous de juger.

La note TODAYCYCLING de l’étape : 7/10

Une étape qui aurait pu mériter un 8 ou un 9, tant le scénario de l’échappée a été haletant. La lutte pour former le bon groupe, le chaos dans le peloton, l’isolement temporaire de Mas, l’attaque de Carapaz, tout était réuni pour une grande journée. Mais la neutralisation des favoris dans l’ascension finale, avec un top 5 groupé à l’arrivée, laisse un goût d’inachevé. On attendait une explication entre Mas et Roglič, on a eu une guéguerre de positions. La victoire de Dunbar, émouvante et tactiquement parfaite, sauve la note. Mais cette Vuelta 2026 méritait peut-être un final plus tranchant.

L’image qu’on retiendra

C’est une image de contraste. D’un côté, Eddie Dunbar, les poings levés vers le ciel andalou, le visage baigné de larmes, hurlant sa joie après 500 mètres d’un effort surhumain. De l’autre, Santiago Buitrago, effondré sur son guidon, le regard vide, les mains tremblantes, réalisant que la victoire lui a encore échappé. Entre les deux, 14 secondes. Quatorze secondes qui séparent la gloire de la désolation. C’est toute la beauté cruelle du cyclisme, résumée en un instant. Dunbar a gagné, Buitrago a perdu. Et ce soir, l’un dormira avec un sourire, l’autre avec des regrets.

Les notes des coureurs

CoureurMentionAnalyse
Eddie Dunbar (Pinarello-Q36.5)ExcellentUne gestion d’effort parfaite et un finish en puncheur pour décrocher la plus belle victoire de sa carrière. Émouvant.
Santiago Buitrago (Bahrain Victorious)DécevantEncore une deuxième place. Son attaque à 2 km du sommet était trop généreuse, et il a payé cash son manque de lucidité.
Thomas Gloag (Pinarello-Q36.5)Très bonTroisième de l’étape, il a parfaitement œuvré pour son leader tout en décrochant un résultat personnel de choix.
Enric Mas (Movistar)Au rendez-vousUne nouvelle fois solide. Il n’a pas gagné l’étape, mais il a repoussé toutes les attaques et conserve son maillot rouge.
Primož Roglič (Red Bull-Bora-Hansgrohe) CourageuxIl a tenté, il a attaqué, mais il n’a pas réussi à faire la différence. Le Slovène n’a plus que deux jours pour renverser la Vuelta.
Felix Gall (Decathlon-CMA CGM)Au rendez-vousVainqueur du sprint du groupe des favoris, il conforte sa troisième place au général. Solide et régulier.
Richard Carapaz (EF Education-EasyPost)CourageuxL’Équatorien a encore animé la course, mais ses attaques n’ont pas eu l’effet escompté. Il reste quatrième du général.
Mattias Skjelmose (Lidl-Trek)Très décevantPremier membre du top 10 à céder, il perd une place au général. Une journée noire pour le Danois.
Clément Berthet (Groupama-FDJ United)Très bonLe Français a défendu sa septième place avec autorité. Une prestation de patron dans une journée où beaucoup ont souffert.
Rudy Molard (Groupama-FDJ United) CourageuxPremier à attaquer dans l’ascension finale, il n’a pas pu tenir le rythme des meilleurs, mais il a eu le mérite de tenter.

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