Sur des routes détrempées et dans un final marqué par deux chutes, Arvid de Kleijn a surgi de nulle part pour s’offrir sa première victoire depuis près d’un an. Le Néerlandais devance Tobias Müller et Ethan Vernon, tandis que les favoris Paul Magnier et Olav Kooij, piégés par les chutes, terminent aux 31e et 40e places. Un dimanche de chaos dans l’Avesnois.
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De Kleijn, le survivant du chaos nordiste
L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES :
Arvid de Kleijn (Tudor Pro Cycling) a remporté la 93e édition du Grand Prix de Fourmies, 12e manche des FDJ United Series 2026, au terme d’un sprint massif disputé sous la pluie. Le Néerlandais a devancé Tobias Müller (Unibet Rose Rockets) et Ethan Vernon (NSN Cycling Team), signant sa première victoire depuis près d’un an et sa deuxième à Fourmies après 2024. Les favoris Paul Magnier (Soudal-QuickStep) et Olav Kooij (Decathlon-CMA CGM), piégés par les chutes dans le final, terminent 31e et 40e. Aucun Français dans le top 10, une première depuis 2003.
LE CHIFFRE CLÉ : 23 ans.
C’est l’âge du dernier top 10 français manquant à Fourmies… non, plus sérieusement : c’est depuis 2003 qu’aucun coureur tricolore n’avait terminé dans les dix premiers du Grand Prix de Fourmies. Vingt-trois années d’attente, et un dimanche de plus à ranger dans la catégorie des mauvais souvenirs pour le cyclisme français. Matys Grisel (Lotto-Intermarché), 11e, est le premier Tricolore au classement. Un chiffre qui pique, dans une course où les Français étaient pourtant attendus, à commencer par Paul Magnier, vainqueur sortant.
Le récit de l’étape
Il faut imaginer Fourmies sous la pluie. Pas une petite pluie fine de printemps, non : une pluie d’automne, insistante, qui transforme les routes de l’Avesnois en patinoire et rend chaque virage suspect. C’est dans ces conditions que s’est élancée la 93e édition du Grand Prix de Fourmies, 12e manche des FDJ United Series 2026, pour 200,1 kilomètres de course.
Le scénario, sur le papier, était simple : une échappée matinale, un peloton qui contrôle, un sprint massif. Mais dans les faits, rien ne s’est passé comme prévu. Car pendant 80 kilomètres, le peloton a refusé de laisser partir la moindre échappée. Les attaques se sont succédé sans jamais aboutir, les équipes de sprinteurs verrouillant la course avec une détermination farouche.
Il aura fallu attendre le kilomètre 80 pour qu’un groupe de cinq coureurs parvienne enfin à s’extraire : Noah Ramsay (Alpecin-Premier Tech), Javier Serrano (Team Polti VisitMalta), Brem Deman (Team Flanders-Baloise), Léandre Huck (Van Rysel Roubaix) et Théo Delacroix (St Michel-Preference Home-Auber93). Une échappée de circonstance, maintenue sous contrôle avec moins de deux minutes d’avance par les équipes de sprinteurs. Jamais vraiment dangereuse, jamais vraiment tranquille.
La nervosité, elle, est montée d’un cran dans le peloton. Sur des routes glissantes, les chutes se sont multipliées, dont celle d’Olav Kooij (Decathlon-CMA CGM), l’un des favoris annoncés. Le Néerlandais, piégé, a vu ses chances de victoire s’envoler avant même le final. Un premier avertissement.
À un peu plus de vingt kilomètres de l’arrivée, une cassure a isolé un premier groupe d’une vingtaine d’hommes, avec Florian Sénéchal (Alpecin-Premier Tech) et Jonas Abrahamsen (Uno-X Mobility). Le peloton s’est alors déchiré, les équipes de sprinteurs tentant de revenir. L’échappée initiale a été reprise à 35 kilomètres du but, Serrano étant le dernier survivant du quintette de tête.
C’est alors que Lionel Taminiaux (Lotto-Intermarché) a tenté sa chance en solitaire. Le Belge a attaqué à 13 kilomètres de l’arrivée, avec l’énergie du désespoir, et a longtemps résisté. Mais le peloton, lancé à pleine vitesse, l’a rattrapé dix kilomètres plus loin. La messe était dite : ce serait un sprint massif.
Dans les derniers kilomètres, les trains de sprinteurs se sont organisés. Soudal-QuickStep et Uno-X Mobility ont mené la chasse, mais le final allait basculer dans le chaos. À 400 mètres de la ligne, une première chute a éclaté, juste après la flamme rouge. Paul Magnier (Soudal-QuickStep), vainqueur sortant et grand favori, s’est retrouvé piégé. À 200 mètres, une seconde chute a encore bousculé le sprint. Magnier, Kooij, les favoris étaient hors du coup.
Et c’est là qu’Arvid de Kleijn a surgi. Le Néerlandais de Tudor Pro Cycling, déjà vainqueur à Fourmies en 2024, a parfaitement pris la roue de Tobias Müller (Unibet Rose Rockets) avant de le déborder juste avant la ligne. Une victoire au métier, à l’expérience, dans un final que beaucoup auraient fui. Ethan Vernon (NSN Cycling Team) complète le podium, tandis que Pavel Bittner (Picnic-PostNL) et Matteo Moschetti (Pinarello-Q36.5) ferment le top 5.
Au classement final, Paul Magnier termine 31e, Olav Kooij 40e. Aucun Français dans le top 10 : Matys Grisel (Lotto-Intermarché), 11e, est le premier Tricolore. Gerben Thijsen (Alpecin-Premier Tech) est le premier Belge, 8e.
De Kleijn, la victoire du métier
Il y a des sprints qui récompensent la vitesse pure. Et il y a des sprints qui récompensent l’intelligence, l’expérience, la capacité à rester lucide quand tout part en vrille. La victoire d’Arvid de Kleijn à Fourmies appartient à cette seconde catégorie.
Car dans ce final chaotique, avec deux chutes en quelques centaines de mètres, le Néerlandais n’a pas paniqué. Il n’a pas cherché à forcer son destin en se lançant trop tôt. Il a attendu, patiemment, dans la roue de Tobias Müller, avant de placer son accélération au moment parfait, juste avant la ligne. Un sprint de vieux briscard, pour un coureur qui connaît Fourmies par cœur.
Cette victoire a une saveur particulière pour de Kleijn. Elle intervient après plusieurs mois très compliqués sur le plan personnel, et près d’un an sans lever les bras — son dernier succès remontant au Tour de Langkawi en octobre 2023. À 32 ans, le Néerlandais prouve qu’il n’a rien perdu de sa pointe de vitesse, et que Tudor Pro Cycling a eu raison de lui faire confiance.
Pour l’équipe suisse, cette victoire est aussi une forme de validation. Tudor Pro Cycling, qui monte en puissance depuis plusieurs saisons, décroche un nouveau succès sur une classique du calendrier européen. Une confirmation que le projet, porté par Fabian Cancellara, avance dans la bonne direction.
Magnier et Kooij, les grands perdants d’un dimanche fou
Ils étaient les deux favoris les plus attendus. Paul Magnier (Soudal-QuickStep), vainqueur sortant, auréolé de son statut de meilleur sprinteur français du moment. Olav Kooij (Decathlon-CMA CGM), l’un des hommes les plus rapides du peloton. Tous deux terminent aux 31e et 40e places, piégés par les chutes et le chaos d’un final indéchiffrable.
Pour Magnier, la frustration est immense. Le Français, qui devait confirmer son succès de 2025, n’a jamais pu disputer le sprint. Piégé par la première chute à 400 mètres de la ligne, il a vu la victoire s’envoler sans pouvoir rien faire. Une désillusion d’autant plus cruelle que le Tricolore avait les jambes pour jouer la gagne.
Pour Kooij, le scénario est encore plus douloureux. Le Néerlandais est tombé bien avant le final, dans cette série de chutes qui a émaillé la journée. Touché, il n’a jamais pu revenir dans le coup. Une journée noire pour Decathlon-CMA CGM, qui misait beaucoup sur lui.
Le contraste entre ces deux trajectoires illustre la dureté du métier de sprinteur. Sur des routes sèches, Magnier et Kooij auraient probablement disputé la victoire. Sous la pluie, dans un final chaotique, ce sont d’autres qualités qui font la différence : la lecture de course, la capacité à anticiper, le sang-froid. De Kleijn possédait ces qualités. Ses rivaux, non.
Faut-il annuler les sprints massifs sous la pluie ?
Il faut se poser la question. À Fourmies, deux chutes ont éclaté dans les 400 derniers mètres, sur une route détrempée. Magnier, Kooij et d’autres ont vu leur course ruinée. Alors, faut-il protéger les sprinteurs en neutralisant les arrivées massives sous la pluie ? Ou faut-il accepter ces conditions comme partie intégrante du cyclisme, et laisser les coureurs s’adapter ? Un débat qui revient chaque automne, et qui mérite peut-être une vraie réponse.
Le cyclisme français, encore à côté de la plaque
Il y a des statistiques qui font mal. Celle-ci en fait partie : depuis 2003, aucun coureur français n’avait terminé dans le top 10 du Grand Prix de Fourmies. Vingt-trois ans d’attente, et un dimanche de plus à ranger dans la catégorie des mauvais souvenirs. Matys Grisel (Lotto-Intermarché), 11e, est le premier Tricolore au classement.
Ce constat est d’autant plus frustrant que les Français étaient nombreux au départ, et que certains figuraient parmi les favoris. Paul Magnier, bien sûr, mais aussi Florian Sénéchal (Alpecin-Premier Tech), présent dans le groupe de tête à vingt kilomètres de l’arrivée, ou encore Clément Dubois (Van Rysel Roubaix), qui a tenté sa chance.
Alors, comment expliquer cette disette ? Il y a sans doute une part de malchance, notamment pour Magnier, piégé par les chutes. Mais il y a aussi une réalité plus profonde : le cyclisme français manque de sprinteurs de très haut niveau, capables de s’imposer sur les classiques du calendrier européen. Les jeunes talents existent, mais ils peinent à franchir le cap face à la concurrence internationale.
Cette 93e édition du Grand Prix de Fourmies est un rappel de plus : le cyclisme français a besoin de résultats, et vite. Parce que vingt-trois ans, c’est long. Trop long.
Que retenir de ce GP de Fourmies 2026 ?
Cette 93e édition restera comme une course animée, disputée sous des conditions difficiles, avec un final chaotique et une victoire au métier. Elle a offert un succès émouvant à Arvid de Kleijn, confirmé la dureté du métier de sprinteur, et rappelé que les chutes font partie intégrante du cyclisme moderne.
Mais elle laisse aussi des images moins réjouissantes. Les deux chutes dans les derniers mètres, la frustration de Magnier et Kooij, l’absence de Français dans le top 10 — autant d’éléments qui ternissent le tableau. La 12e manche des FDJ United Series a tenu ses promesses sportives, mais elle a aussi exposé les fragilités d’un cyclisme qui doit composer avec des conditions de plus en plus imprévisibles.
Enfin, cette édition confirme une tendance : les courses d’un jour du calendrier français attirent les meilleurs sprinteurs internationaux, mais les Français peinent à rivaliser. Un constat qui devrait alimenter les débats dans les mois à venir.
De Kleijn mérite-t-il plus de reconnaissance ?
Arvid de Kleijn a gagné à Fourmies en 2024, il a récidivé en 2026. Il compte dix-neuf victoires professionnelles, dont plusieurs sur des classiques européennes. Pourtant, son nom n’est jamais cité parmi les meilleurs sprinteurs du monde. Alors, le Néerlandais est-il sous-estimé ? Ou son palmarès, solide sans être exceptionnel, reflète-t-il simplement son niveau réel ? À vous de juger.
La note TODAYCYCLING de l’étape : 6/10
Une course animée, mais gâchée par les conditions météo et les chutes. L’échappée a mis 80 kilomètres à se former, le peloton a contrôlé sans vraiment forcer, et le final a été décidé par deux chutes plutôt que par un vrai duel de sprinteurs. La victoire de De Kleijn est méritée, mais on ne peut s’empêcher de penser que Magnier et Kooij, sans ces incidents, auraient offert un sprint autrement plus spectaculaire. Le suspense était là, mais le scénario laisse un goût d’inachevé.
L’image qu’on retiendra
C’est un contraste saisissant. D’un côté, Arvid de Kleijn, les poings levés sous la pluie battante, célébrant sa victoire avec la sobriété d’un homme qui sait ce qu’elle représente. De l’autre, Paul Magnier, le visage fermé, les mains sur le guidon, regardant la ligne d’arrivée s’éloigner sans avoir pu disputer son sprint. Entre les deux, des coureurs au sol, des vélos cassés, et une route détrempée qui a décidé du sort de la course. Ce dimanche à Fourmies, le cyclisme a offert une leçon d’humilité : sur des routes glissantes, la vitesse ne suffit pas. Il faut aussi de la chance, et surtout, la capacité à rester debout.
Les notes des coureurs
| Coureur | Mention | Analyse |
| Arvid de Kleijn (Tudor Pro Cycling) | Excellent | Une victoire au métier, dans un final chaotique. Il a su rester lucide quand tout partait en vrille. Sa première depuis près d’un an. |
| Tobias Müller (Unibet Rose Rockets) | Très bon | Deuxième, il a mené le sprint avant de se faire déborder par De Kleijn. Une performance solide, mais frustrante. |
| Ethan Vernon (NSN Cycling Team) | Très bon | Troisième, il a su éviter les chutes et se mêler au sprint final. Une belle régularité. |
| Paul Magnier (Soudal-QuickStep) | Décevant | Vainqueur sortant, il termine 31e, piégé par les chutes. Il avait les jambes pour gagner, mais n’a jamais pu s’exprimer. |
| Olav Kooij (Decathlon-CMA CGM) | Décevant | Tombé bien avant le final, il termine 40e. Une journée noire pour lui et son équipe. |
| Lionel Taminiaux (Lotto-Intermarché) | Courageux | Il a tenté sa chance en solitaire à 13 km de l’arrivée, résistant longtemps avant d’être repris. Un beau panache. |
| Florian Sénéchal (Alpecin-Premier Tech) | Courageux | Présent dans le groupe de tête à vingt kilomètres de l’arrivée, il a animé la course. Sans réussite, mais avec panache. |
| Javier Serrano (Team Polti VisitMalta) | Courageux | Dernier survivant de l’échappée matinale, repris à 35 km de l’arrivée. Il a fait honneur à son rôle. |
| Matys Grisel (Lotto-Intermarché) | Au rendez-vous | Onzième, premier Français au classement. Il sauve l’honneur tricolore dans une journée difficile. |
| Gerben Thijsen (Alpecin-Premier Tech) | Au rendez-vous | Huitième, premier Belge de l’épreuve. Une performance correcte dans un final chaotique. |
(vidéo résumé à venir…)
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Paul Magnier, l’apprentissage de la dureté – Comment le sprinteur français digère ses premières désillusions chez les professionnels.
Les FDJ United Series 2026 : un calendrier qui monte en puissance – Analyse d’un circuit qui attire de plus en plus de sprinteurs internationaux.
Arvid de Kleijn, le métier avant la vitesse – Portrait d’un sprinteur néerlandais qui gagne à l’expérience plus qu’à la puissance.
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