C’était son jour. Le 14 juillet 2024, Jonas Vingegaard le battait d’un boyau au Lioran. Ce mardi, Tadej Pogacar a rendu l’affront avec les intérêts. Attaque foudroyante dans le col de Pertus à 15 kilomètres de l’arrivée, raid solitaire, troisième victoire d’étape, et 3’36 » d’avance au général. Derrière, Paul Seixas a signé un numéro de patron à 19 ans, Isaac Del Toro a explosé, et Remco Evenepoel est revenu de l’enfer pour prendre le podium. La première semaine était une démonstration. La deuxième commence par une exécution.
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Pogacar et le 14 juillet : comment le Slovène a pris sa revanche au Lioran et assommé le Tour une deuxième fois
L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES :
Tadej Pogacar (UAE Team Emirates XRG) a remporté la 10e étape du Tour de France 2026 au Lioran ce 14 juillet. Le Slovène a attaqué dans le Col de Pertus à 15 km de l’arrivée, repris Richard Carapaz, et s’est imposé en solitaire avec 32 secondes d’avance sur Remco Evenepoel et 34 sur Paul Seixas. Jonas Vingegaard, 7e à 44 secondes, concède 54 secondes au général. Isaac Del Toro (1’31) perd le podium et le maillot blanc. Pogacar compte désormais 3’36 d’avance sur Vingegaard et 4’06 sur Evenepoel. Paul Seixas est 5e, Juan Ayuso nouveau maillot blanc.
LE CHIFFRE QUI TUE : 24
24. Comme le nombre de victoires d’étape de Tadej Pogacar sur le Tour de France. À 27 ans, le Slovène égale André Darrigade à la 5e place de l’histoire. Devant lui : Mark Cavendish (35), Eddy Merckx (34), Bernard Hinault (28), et André Leducq (25). À ce rythme, il pourrait dépasser Leducq dès cette édition, et Hinault l’an prochain. L’histoire s’écrit sous nos yeux.
Comment Pogacar a-t-il construit sa revanche du 14 juillet ?
C’était son jour. Le 14 juillet 2024, Jonas Vingegaard le battait d’un boyau sur cette même ligne du Lioran. Une humiliation que le Slovène n’a jamais digérée. Ce mardi, il a rendu l’affront avec une violence clinique.
D’abord, il a laissé son équipe UAE Team Emirates XRG cadenasser la course. Pendant 150 kilomètres, la formation émiratie a contrôlé l’échappée, ne laissant jamais l’écart dépasser les 2 minutes. Nils Politt, Tim Wellens, Brandon McNulty : les équipiers du maillot jaune ont défilé en tête de peloton, essorant la concurrence.
Puis, à 1,5 km du sommet du Col de Pertus (4,4 km à 8,5 %), alors que Davide Piganzoli (Visma) imposait un tempo élevé, Pogacar a placé une accélération dévastatrice. Personne n’a réagi. Pas Vingegaard, pas Evenepoel, pas Ayuso. Le Slovène a avalé en deux minutes les 48 secondes qui le séparaient de Richard Carapaz, dernier rescapé de l’échappée, avant de le déposer sans un regard.
Ensuite, 14 kilomètres en solitaire. Le Col de Font de Cère, la descente, la rampe finale vers Le Lioran. « Dans les 10 derniers kilomètres, je ne savais pas quel était l’écart » a-t-il avoué au micro de France TV. Peu importe. Il a continué à pousser, hanté par le souvenir de 2024. « Il y avait un petit doute dans ma tête depuis il y a deux ans, quand Jonas est revenu et que je n’avais plus rien pour le sprint. »
Cette fois, personne n’est revenu. Le Lioran est vengé. Le Tour est plié.

Vingegaard a tout donné, et ça n’a pas suffi
Jonas Vingegaard n’a pas à rougir. Le Danois a été le seul à prendre ses responsabilités dans le groupe des favoris après l’attaque de Pogacar. Dans le Col de Font de Cère, il s’est mis en tête et a imposé un rythme soutenu, espérant limiter l’écart.
Mais ce travail solitaire lui a coûté cher. Dans la rampe finale (500 m à 7 %), Vingegaard a explosé. Déposé par Remco Evenepoel, Paul Seixas, Florian Lipowitz, Juan Ayuso et Mattias Skjelmose, il a terminé 7e à 44 secondes. Un effort mal récompensé, et une deuxième place au général qui se fragilise : Evenepoel n’est plus qu’à 30 secondes.
C’est le genre de journée qui fait mal aux jambes et à la tête. Vingegaard a tout donné pour rien.
Paul Seixas : un 14 juillet de rêve pour le Français de 19 ans
C’est l’histoire qui réchauffe le cœur un jour de Fête nationale. Paul Seixas, 19 ans, premier Tour de France, s’est hissé sur le podium de l’étape (3e) et grimpe à la 5e place du classement général. Le Lyonnais de Decathlon CMA CGM a résisté dans le Pertus, s’est accroché dans Font de Cère, et a fini plus fort que Vingegaard dans la rampe finale.
Seixas ne s’affole pas, ne grille pas d’énergie, et continue son petit bonhomme de chemin. Il profite de la défaillance d’Isaac Del Toro pour intégrer le top 5. À 4’35 de Pogacar, il est désormais le premier Français au général.
Difficile de ne pas être admiratif devant un tel sang-froid. À 19 ans, sur un 14 juillet, devant son public, il a livré la plus belle performance de sa jeune carrière.

Isaac Del Toro : le coup d’arrêt
C’est le grand perdant du jour. Isaac Del Toro, 3e du général au départ, maillot blanc, lieutenant de luxe de Pogacar, a explosé dans le Col de Pertus. Le Mexicain a concédé 1’31 sur la ligne et dégringole à la 7e place du général, à 5’08 de son leader.
Un coup dur pour UAE Team Emirates XRG, qui perd son deuxième homme au classement. Mais aussi une conséquence logique de son rôle : Del Toro s’est sacrifié dans le Tourmalet, dans le Puy Mary, et a payé ses efforts. Le maillot blanc passe sur les épaules de Juan Ayuso (Lidl-Trek), désormais 4e au général.
Del Toro rebondira-t-il ? À 22 ans, il a le temps. Mais ce 14 juillet restera comme sa première vraie défaillance sur un Grand Tour.
Evenepoel, le revenant : comment le Belge a sauvé sa place sur le podium
Remco Evenepoel a frôlé la catastrophe. Distancé à 6 kilomètres de l’arrivée, le Belge de Red Bull-Bora Hansgrohe a semblé au bord de la rupture. Mais il a réussi l’exploit de recoller dans la descente, seul, sans aide, en véritable spécialiste du chrono en solitaire.
Mieux : dans la rampe finale, il a trouvé les ressources pour sprinter et prendre la 2e place de l’étape à 32 secondes de Pogacar. Il reprend 12 secondes à Vingegaard, 2 à Seixas et Lipowitz, 6 à Ayuso et Skjelmose. Le voilà 3e du général à 4’06, à 30 petites secondes de la 2e place.
C’est le genre de résilience qui forge les champions. Evenepoel n’a pas gagné, mais il a peut-être sauvé son Tour.

Richard Carapaz : le baroudeur qui a failli déjouer les plans d’UAE
Il faut saluer le panache de Richard Carapaz. L’Équatorien d’EF Education-EasyPost a attaqué dès les premières pentes du Puy Mary-Pas de Peyrol, à plus de 30 kilomètres de l’arrivée. Il a compté jusqu’à 1 minute d’avance dans la descente, et abordait le Col de Pertus avec 1’15 de marge.
Mais Pogacar avait décidé que ce 14 juillet serait le sien. Le Slovène a comblé 48 secondes en deux kilomètres pour rejoindre Carapaz, avant de le déposer sans ménagement. L’Équatorien, élu combatif du jour, termine hors du top 10. Mais quel panache.
Les puristes retiennent leur souffle devant ce genre de numéro, et ils ont raison. Carapaz a tenté l’impossible. Il est tombé sur plus fort que lui.

Pedersen grappille, Merlier explose : le maillot vert prend forme
Mads Pedersen (Lidl-Trek) a fait le job. Le Danois a remporté le sprint intermédiaire de Lacapelle-del-Fraisse (km 25) devant Max Kanter, Biniam Girmay et Jasper Philipsen, empochant 25 points précieux. Il n’a pas marqué à l’arrivée, mais l’essentiel est ailleurs.
Pendant ce temps, Tim Merlier (Soudal Quick-Step), son principal rival, a explosé dès les premières bosses. Le Belge, double vainqueur à Bordeaux et Bergerac, a été distancé tôt dans l’étape et n’a inscrit aucun point. L’écart au classement par points se creuse dangereusement pour lui.
Pedersen est plus que jamais le patron du maillot vert. Et avec les étapes de montagne qui s’accumulent, le Danois pourrait bien creuser un écart définitif.
Et si ce Tour était déjà plié ?
C’est la question qui taraude le peloton au soir de ce 14 juillet. Tadej Pogacar compte désormais 3’36 d’avance sur Jonas Vingegaard, 4’06 sur Remco Evenepoel, et 4’22 sur Juan Ayuso. Le Slovène a gagné trois étapes, dont deux en solitaire (Tourmalet et Lioran). Il a pris sa revanche sur le seul coureur qui l’avait battu au sprint l’an dernier.
Vingegaard, lui, semble résigné. Le Danois ne baisse pas les bras publiquement, mais son regard dans le final du Lioran disait tout. Le Tour n’est pas mathématiquement plié. Mais psychologiquement, le coup est rude. Très rude.
La note TODAYCYCLING de l’étape
9/10. Une étape de montagne comme on les aime. Une échappée de 31 coureurs, un Carapaz en mode baroudeur de génie, un Pogacar chirurgical dans le Pertus, et un Seixas héroïque pour la Fête nationale. Le suspense pour la victoire d’étape a été tué par le Slovène en deux coups de pédale, mais la bataille pour le podium a offert un final haletant : Evenepoel revenu de nulle part, Vingegaard qui explose, Del Toro qui craque. Un 14 juillet de feu, à la hauteur de l’événement.
L’image qu’on retiendra
On retiendra ce moment où Tadej Pogacar, à 1,5 km du sommet du Col de Pertus, se dresse sur les pédales et place son attaque. Derrière lui, Jonas Vingegaard regarde, impuissant, les mains crispées sur le guidon. Devant, Richard Carapaz, qui comptait 48 secondes d’avance, est avalé en moins de deux kilomètres. Le Slovène ne sprinte pas, ne s’envole pas : il exécute. À cet instant précis, le Tour 2026 a trouvé son épitaphe. Le Lioran 2024 est vengé. Le Lioran 2026 est un tombeau.
Les notes des coureurs
| Coureur | Mention | Analyse |
| Tadej Pogacar | Excellent | Troisième victoire, raid solitaire de 14 km, revanche sur 2024. Intouchable. |
| Paul Seixas | Excellent | 3e de l’étape un 14 juillet, 5e du général à 19 ans. Un monument de précocité. |
| Remco Evenepoel | Très bon | Distancé à 6 km, revenu seul, 2e au sprint. Résilience de champion. |
| Richard Carapaz | Très bon | Attaque de loin, 1’15 d’avance, seul le monstre Pogacar l’a repris. Panache. |
| Jonas Vingegaard | Décevant | A tout donné, a explosé dans le final. 7e à 44 secondes. Evenepoel revient à 30 secondes. |
| Mads Pedersen | Au rendez-vous | Sprint intermédiaire gagné, 25 pts. Le maillot vert s’envole pendant que Merlier coule. |
| Isaac Del Toro | Très décevant | Explosé dans le Pertus, 1’31 perdues, podium et maillot blanc envolés. Journée noire. |
| Javier Romo | À suivre | Seul rescapé de l’échappée avant Carapaz. A animé la journée avec panache. |
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