Tour de France, du Gastro à la gastro

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A la veille de la Clasica San Sebastian, principal digestif du Tour, force est de constater que cette Grande Boucle nous laissera un goût amer au fond de la gorge. Le festin de ses trois semaines nous a laissé sur notre faim, malgré quelques savoureuses performances. Celle du gâteau de Bardet, avec une seconde place au général en guise de cerise, du bonbon Sagan à l’explosion de saveurs, ou des bulles Majka, Alaphilippe et Pantano, qui se sont révélés dignes d’un établissement étoilé. Malgré ces délices, dont le Tour raffole, le menu, bien que consistant, ne fut vraiment pas à la hauteur alors que l’addition est, elle, pourtant plus que salée. 

Des rivaux déclarés bien aigres

Alberto Contador, contraint à l’abandon tout près du buffet pyrénéen et la paire Nibali/Arù ayant du mal à supporter le cocktail, Nairo Quintana, devenait le principal adversaire de Froome. On l’annonçait plus piquant que jamais et prêt à pimenter la course dès que la route s’élèverait, mais celui-ci s’est finalement avéré sans relief. Telle une salade sans assaisonnement, le Colombien est resté tout au long de l’épreuve à sucer le réglisse caoutchouteux des roues dans le peloton Maillot Jaune. Ses attaques réchauffées ou plutôt, ses accélérations mal dosées, ne lui auront jamais permis de mettre le feu dans les pentes montagneuses. En panne de gaz dans les jambes, le Condor des Andes a néanmoins pu arracher un bout de gras bouilli à l’eau, avec une troisième place sur les Champs-Elysées. Bien aidé des autres leaders plus concentrés à ne pas perdre leur place dans le TOP 10 qu’à épicer les Massifs d’attaques aromatisées…

Des associations de circonstance

Parmi les outsiders susceptibles de troubler le duel Froome – Quintana, citons Richie Porte. Ex-second du Britannique chez Sky, l’Australien, recruté par la BMC pour un rôle de chef de brigade, a dû rendre assez rapidement sa toque après 2’30 perdues lors d’une sur-cuisson de son boyau dès le hors-d’oeuvre manchois. Il s’est alors mué en commis de luxe pour son ami d’outre-Manche. Un maillot rouge emmenant le maillot jaune, tel le couple ketchup-moutarde inséparable, ceci n’avait pas fini de faire jaser, et ce, au sein même de l’équipe helvético-américaine. Alors que celle-ci répétait à qui voulait l’entendre que ses intérêts et ceux de son leader étaient les mêmes, il faisait clairement état d’un imbroglio en cuisine quand, au fil des étapes, le Wallabie continuait de faire bouillir la marmite pour son ancien collaborateur, jusqu’à regarder sa position et ralentir lorsque celui-ci allait moins bien. Au grand dam de l’éthique et du principe de concurrence.

Une équipe Sky saignante à point

Si les adversaires de Froome ne furent pas à la hauteur de leur réputation, la Sky, elle, maintint sa cuisson pour obtenir une cohésion d’équipe toujours aussi efficace. Taillée dans le bifteck, elle dispose d’éléments peu épais et sans matière grasse permettant à son leader d’être toujours servi à point lors du grand repas de juillet. A l’instar d’un Wouter Poels, efficace margarine empêchant le grillé de la fatigue de s’installer sur le Maillot Jaune – malgré ce notable incident sur les pentes du Ventoux quand une moto s’est pris les pieds dans la nappe de la table où il se trouvait, avec Porte et Mollema. Dans une autre équipe, le néerlandais, avec une préparation similaire, aurait probablement pu être le principal adversaire de Froome. En effet, c’est très souvent lui qui donnait le dernier coup de spatule sur l’assiette peloton. Avec un tel dressage, il était certain que les poursuivants déjà trop repus ne puissent avaler une bouchée supplémentaire et uniquement rester collés au fond de la poêle…

Cette 110è édition ne restera donc pas dans le Gault et Millau, mais dans les adresses françaises des repas les plus rances et acides que la gastronomie hexagonale ai connu depuis des années. Maintenant, les suiveurs et passionnés attendent avec impatience la prochaine Vuelta, en souhaitant que le rapport qualité-prix soit plus à la hauteur des dernières éditions ibériques et d’un Giro estampillés chacun 3* que ce Tour plus piquette AOP que Grand Cru AOC…

6 Commentaires

  1. Votre commentaire est bien sévère à l’égard des concurrents de ce tour, hormis quelques-uns qui avaient sans doute davantage les moyens de se mettre en avant, dont B.Mollema qui bénéficie d’un traitement de faveur assez singulier…Il est vrai que la façon dont le néerlandais a conclu les étapes vers St-Gervais et Morzine a pu faire surgir de nos mémoires les allures des merveilleux forçats de la route des années 1950-1960, ce qui a pu enthousiasmer les nostalgiques de ces visions de coureurs défaillants, s’effondrant dans les fossés, etc …Vos allusions aux collusions entre coureurs me paraissent tout à fait logiques et il y a sans aucun doute trop d’outrance dans certains comportements…Quant aux régimes ou préparations des uns ou des autres, les allusions sans preuves ne contribuent pas forcément à solutionner ce qui ne peut malheureusement pas l’être au moment de la compétition ..Et rarement ensuite, à l’exemple et malgré ce qui a pu être dévoilé sur le seul sport en Russie…Personnellement je m’orienterais davantage sur une critique bien plus globale qui tenterait d’analyser en profondeur les raisons d’une course bloquée mais qui respecterait en premier lieu les coureurs qui font ans doute l’un des sports les plus exigeants, avec la boxe peut-être ! …Votre article est certes fort attrayant à lire … Mais 39,7 km/h pour le vainqueur tout de même…Sur giro ou la vuelta, des épreuves aux déroulements souvent plus passionnants que celui du tour -je vous suis sur cette constatation !- , les moyennes et la dureté des épreuves ne sont pas supérieures….Voilà…Personnellement, encouragements et bravo à tous les malchanceux et arrivants du tour en passant par les plus connus comme T.Pinot, le dernier ou bien le plus parfait des anonymes…

  2. Premièrement, sachez que je ne fais aucune allusion. Il s’agit juste de formules de style, mais en aucun cas je fais fi dans cet article, de suspicions. Néamoins, je me doutais bien que certaines tournures pourraient porter à confusion.
    Concernant le cas Mollema, cela fait déjà quelques années que l’on sait qu’il ne tient pas trois semaines, donc, il ne faisait pas partie au départ des candidats à la victoire finale. Les cas de Quintana et Porte sont juste les plus symptomatiques et leurs attitudes respectives ont interpellé tout le monde. De ce fait, je ne vois pas ce que Pinot vient faire là-dedans, puisqu’il n’a pas du tout influencé sur la course contrairement aux deux autres.
    J’aimerais beaucoup écrire sur les anonymes et les lanternes rouges, mais c’est assez difficile sans informations ni images de leur course…

  3. Vous avez bien voulu lire mon commentaire jusqu’au bout puisque vous retenez le nom de T.Pinot que j’ai pris en exemple car il a été un des coureurs les plus décriés au même titre que Quintana, etc…pour avoir d’une certaine façon déçu par rapport aux espérances mises en lui…Que vous ne le citiez pas n’est pas la question, puisque le fond de ma réflexion porte sur le fait de critiquer uniquement les coureurs qui ne sont que la dernière maille ouvrière d’un système bien plus global qu’ils ne maitrisent pas …Par ailleurs, je suis sportivement et sincèrement heureux de voir tout l’intérét que vous souhaiteriez porter aux anonymes… En creusant un peu on peut néanmoins se rapprocher de la réalité de la pratique ..Quant aux allusions que vous faites ou ne faites pas, ce n’est pas très important…Vous savez bien qu’entre signifiant et signifié, émetteur et récepteur il y a toujours l’espace de l’interprétation qu’il n’appartient qu’à vous de souhaiter maitriser ou pas …Merci pour l’échange …et p.être bonne clasica San Sébastian !…

  4. On connaît la musique culinaire chez les Portelli .Lecture agréable à digérer et léger comme une étape gourmande à déguster . Les adversaires de froome ont manqués d’appétit et étaient déja nauséeux avant le grand départ pour avaler autant de bitume . Pour des sportifs à la diet ,nous ont mis au régime comme souvent sur le tdf . Peut être que l’aspect grande bouffe financière nous échappe nous grand public pour expliquer l’engourdissement de leur tube digestif mais pas de notre ennui .

  5. Il n’est pas interdit au grand public et ce serait même prioritaire de tenter de s’intéresser à l’aspect grande bouffe financière …Au risque de se faire bouffer soi-même en même temps que les coureurs !

  6. On nous cache tout on nous dit rien sur le cyclisme et l’argent . On se doute que certain se goinfre sur le dos des autres . Que fait la sky avec ses 35 millions d’euros annuel . Boulote t’elle tout ou en engraisse t’ elle les tubes digestifs et les bols alimentaires des leaders de certaines équipes . Comment expliquer le manque d’envie des adversaires de Froome ? Les merveilles de la cuisine française se retrouve au même endroit que les fast food au fond du tout à l’égout , j’espère qu’il en est pas de même avec le cyclisme .

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