Valentin Madouas. Photo : @GroupamaFDJ
0 Partages

À 23 ans, Valentin Madouas semble promis à un très bel avenir. 13ème du dernier Tour d’Italie, le Breton ne cesse d’impressionner depuis son arrivée chez les pros, en 2018, au sein de la formation Groupama-FDJ. Performant, mais pas vainqueur en début de saison, il s’est classé deuxième du Grand Prix La Marseillaise avant de terminer 11ème du général de l’Etoile de Bessèges. Confiné à Brest, sa ville natale, Valentin Madouas a accepté de répondre à nos questions sur son début de carrière, sa situation actuelle, et ses objectifs.

Valentin Madouas : « Ce n’est pas la fin de la saison, en tout cas ce n’est pas ce qui se dit »

Today Cycling : Bonjour Valentin, comment-vas tu et comment vis-tu la situation actuelle ?

Valentin Madouas : Cette situation, je la vis bien. J’ai un jardin, il fait beau, c’est plutôt sympa. Ma fracture de la mâchoire (après une chute sur l’Ardèche Classic, ndlr) se guérit parfaitement, tout revient dans l’ordre. J’ai des rendez-vous pour vérifier ça, mais ce n’est plus un problème. Normalement, d’ici deux semaines, tout devrait être remis parfaitement.

Et au niveau de la condition physique ?

Je m’entraîne tous les jours, pour éviter de perdre trop de niveau, et d’avoir trop à rattraper par la suite. En tout cas je n’y vais pas à fond, j’évite de faire de l’intensité maximum. On n’a pas de visibilité à long terme, et on ne sait pas si on va reprendre dans deux, trois mois, ou plus tard. Donc ça ne sert à rien de faire trop d’intensité sur le home-trainer. On va attendre la reprise sur la route pour monter en régime.

Vois-tu ce confinement comme un arrêt net dans ta progression de ces deux dernières années ?

Non, je le vois plutôt comme une petite pause, comme une coupure hivernale. Les classiques du mois d’avril, mes objectifs principaux, n’ont -pour le moment du moins- pas été annulées. Ce n’est pas la fin de la saison, en tout cas ce n’est pas ce qui se dit. On attend de voir comment ça va évoluer, mais je ne m’inquiète pas à ce niveau.

Que penses-tu de la demande de dérogation faite par l’UNCP (syndicat des cyclistes) auprès du ministère des Sports, pour permettre aux cyclistes professionnels de rouler ?

Valentin Madouas, un coureur talentueux et très attendu. Photo : @GroupamaFDJ

C’est un sujet compliqué. Après, si on connaît la date du Tour de France, il va bien falloir aller s’entraîner dehors un jour. Il faut voir comment évolue la situation sanitaire, mais en tout cas, je ne m’oppose pas à cette demande de l’UNCP, pas du tout. On fait un travail comme les autres. Et vu le nombre de pros en France, la probabilité que quelqu’un se blesse à l’entraînement est très réduite. Je ne demande pas d’aller sur la route tous les jours. Mais une à deux fois par semaine, ce serait très bien. Et c’est ce qui nous manque actuellement.

« Je me sentais capable d’être à ce niveau »

D’après les estimations du moment, il se pourrait que la saison reprenne aux championnats de France. Cétait un de tes objectifs en début d’année, estce que la situation change cela ?

Concernant les championnats de France, il n’y a pas les mêmes débats que pour toutes les autres courses. Pour le coup, tous les coureurs français sont logés à la même enseigne. Il n’y a pas de risque d’inégalité entre ceux qui ont pu rouler et ceux qui sont confinés, puisque tous les cyclistes habitant en France sont confinés. Donc pour moi, ça ne change pas grand chose. La préparation sera totalement différente, certes, mais il n’y aura pas d’injustice. Et si la course a bien lieu, je suivrai évidemment les consignes de l’équipe. Mais j’ai été très performant l’an dernier (5ème, dans les temps du vainqueur), et je pense être capable de faire mieux cette fois-ci.

En parallèle de ta carrière de cycliste, tu suis également une formation d’ingénieur. Profites-tu du confinement pour te consacrer davantage à tes études ?

La fin de mes cours a concordé avec le début du confinement. Je vais avoir quelques devoirs à rendre, mais de manière générale, ce n’est pas mon activité principale en ce moment. Par contre, je devais avoir un stage en entreprise, qui a logiquement été reporté.

Cela fait maintenant trois ans que tu allies cyclisme professionnel et études supérieures. Au vu de ton statut et de tes ambitions actuelles, est-ce que cette double activité commence à te peser ?

Je ne sais pas si je vais continuer ces études l’année prochaine. Mais ce n’est pas une question de charge de travail. Je travaille surtout en période de hors-saison, donc ça n’impacte pas vraiment mes performances. Ça joue au niveau de la récupération, mais je pense que ça ne freine pas encore ma progression.

Ta progression, justement, s’est concrétisée notamment par un superbe Giro 2019. Ce résultat t’a-t-il amené à revoir tes ambitions sur les Grands Tours ?

Honnêtement, je me sentais capable d’être à ce niveau. Mais c’est sûr que ce résultat m’a donné plus d’espoir. Et c’est une forme de progrès en soi. Actuellement, je pense pouvoir viser des étapes sur les Grands Tours, et pourquoi pas une place au général. Mais je n’ai pas le niveau pour jouer un podium par exemple, ça c’est sûr. À voir dans le futur, selon ma progression.

Madouas : « Ne pas me cantonner aux Ardennaises »

Tes capacités pourraient te permettre de performer tant sur des courses de trois semaines que sur des classiques. Quelles sont tes priorités ?

Valentin Madouas Grand Prix La Marseillaise 2020
Valentin Madouas a répondu présent dès le début de saison, à l’occasion du Grand Prix La Marseillaise, qu’il a fini 2e. Photo : Groupama-FDJ/Pressesports

Pour l’instant, je vais surtout viser les classiques. Les courses longues et difficiles, c’est ce qui me convient le mieux. Mais je pense que dans une saison, on ne doit pas avoir à choisir entre tous ces objectifs, on peut les allier. Comme je ne vise pas encore le haut d’un classement général, j’ai une certaine liberté. Et même dans le registre des classiques, je ne souhaite pas me cantonner aux Ardennaises. J’aime aussi beaucoup les classiques italiennes. La saison est découpée en plusieurs parties, donc il est possible de jouer sur plusieurs tableaux. Mais c’est sûr que je connais mieux les Ardennaises. J’ai pu les courir deux années de suite, donc je commence à avoir une petite expérience dessus.

Quel regard portes-tu sur tes progrès récents ? Quels axes de travail ont payé ?

Je progresse un peu dans tous les domaines, c’est bien. Mais mes plus gros progrès ont été faits en montagne. J’ai pu faire plus de stages, monter plus de cols, donc forcément, il y a eu des résultats. Je pense aussi avoir passé un petit cap sur les courses longues. Et également sur le rythme en général.

Les questions que je te pose illustrent bien le fait que beaucoup d’espoirs sont placés en toi. Comment vis-tu vis ces attentes ?

Je suis assez distant à ce niveau. Il y a des coureurs qui ont plus prouvé que moi, donc c’est à moi d’atteindre leur niveau. Et non pas l’inverse. J’espère que je vais me faire un nom dans ce milieu, mais pour cela il va falloir du travail, et je n’y suis pas encore.

Ta blessure à la mâchoire t’a empêché de courir Paris-Nice, qui devait être l’occasion de courir avec Thibaut Pinot. Est-ce que ça pourrait remettre en cause un éventuelle participation au Tour de France ?

Oui, c’est problématique. Je devais en effet travailler pour Thibaut sur Paris-Nice, afin de prendre quelques automatismes, potentiellement en vue du Tour de France. L’idée était de préciser ce rôle d’équipier, de voir jusqu’où je pouvais aller. Cela devait être un test. Donc forcément, c’est embêtant. Mais ce sera à moi de faire ma place pour aller sur le Tour, et j’espère pouvoir en prendre le départ.

Pour finir, les JO 2020 ont donc été déplacés d’un an. Est-ce que ça te donne des idées ?

C’est une course vraiment importante pour nous, et pour moi en particulier. Le parcours est très difficile, et ça aurait été compliqué pour moi d’être sélectionné cette année. Donc avoir un an de travail en plus, c’est plutôt une bonne chose.

0 Partages
Thibaud KEREBEL

Envie de réagir à cet article ?

Entrez votre réaction ici
Entrez ici votre nom / pseudo

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.