Il était tombé la veille dans le Puy Mary. Il avait fini dernier de l’étape du Lioran. Il se sentait « merdique » au départ de Vichy. Et puis Soren Waerenskjold a surgi des barrières à 400 mètres de la ligne d’arrivée, et résisté au retour de tout le peloton pour décrocher la plus belle victoire de sa carrière. Le Norvégien d’Uno-X Mobility, 1,95 m pour 92 kg, a dompté l’étape la plus rapide de l’histoire du Tour de France (50,91 km/h de moyenne) et offert à son équipe un deuxième succès sur cette 113e édition. Olav Kooij (2e) et Jasper Philipsen (3e) ont eu beau revenir comme des avions, le géant scandinave était déjà trop loin.
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Waerenskjold, le géant norvégien qui a piégé tous les sprinteurs dans l’étape la plus rapide de l’histoire à Nevers
L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES :
Søren Waerenskjold (Uno-X Mobility) a remporté la 11e étape du Tour de France 2026 à Nevers au terme d’un sprint décousu. Le Norvégien a anticipé à 400 mètres en suivant Cees Bol (Decathlon CMA CGM) et a résisté au retour d’Olav Kooij (2e) et Jasper Philipsen (3e, reclassé après déclassement). L’étape est devenue la plus rapide de l’histoire du Tour pour une étape en ligne : 50,91 km/h de moyenne. Tim Merlier, enfermé, termine 15e. Tadej Pogacar conserve le maillot jaune sans encombre.
LE CHIFFRE QUI TUE : 50,91
50,91. Comme la vitesse moyenne en km/h de cette 11e étape entre Vichy et Nevers. Le peloton a parcouru les 161 kilomètres en 3 heures et 10 minutes, pulvérisant le précédent record pour une étape en ligne (50,36 km/h, détenu depuis 1999 par l’étape Laval-Blois remportée par Mario Cipollini). Vent de dos, étape courte, échappée menaçante : tous les ingrédients étaient réunis. Un record qui en dit long sur l’évolution du matériel et du niveau général.
Comment Waerenskjold a-t-il piégé tous les favoris dans un final chaotique ?
C’est la magie d’un sprint désorganisé. Pendant 155 kilomètres, les équipes de sprinteurs ont roulé à une allure folle pour contrôler l’échappée. Soudal Quick-Step, XDS Astana, NSN : toutes ont usé leurs trains dans la poursuite. Et puis, dans le final, plus personne n’avait de munitions.
À 400 mètres de la ligne d’arrivée, Cees Bol, le poisson-pilote d’Olav Kooij (Decathlon CMA CGM), a surgi de nulle part. Un trou s’est ouvert. Søren Waerenskjold, bloqué le long des barrières sur la droite, a osé. Le Norvégien s’est glissé dans la roue de Bol, a lancé de loin, et a résisté jusqu’au bout.
Olav Kooij, 2e, a refusé de suivre son propre lanceur. Jasper Philipsen, 3e après avoir été déclassé puis reclassé, a dû se contenter des miettes. Tim Merlier, le double vainqueur de Bordeaux et Bergerac, a été enfermé et termine 15e. Max Kanter 18e. Biniam Girmay 6e. Tous les grands noms du sprint ont été piégés.
Difficile de ne pas être admiratif devant le culot du Norvégien. Il n’a pas gagné parce qu’il était le plus rapide. Il a gagné parce qu’il a été le plus malin.
Une étape record : comment le peloton a-t-il roulé à près de 51 km/h de moyenne ?
Le record est tombé. 50,91 km/h de moyenne sur 161 kilomètres, du jamais vu sur une étape en ligne du Tour de France. Le précédent record (50,36 km/h) datait de 1999, entre Laval et Blois, avec la victoire de Mario Cipollini.
Plusieurs facteurs expliquent cette performance historique. D’abord, le vent de dos, poussant le peloton sur une grande partie du parcours. Ensuite, une étape courte (161 km), qui a permis aux coureurs de maintenir un rythme élevé sans économiser leurs forces. Enfin, une échappée de quatre coureurs – Julian Alaphilippe, Mathis Le Berre, Nelson Oliveira et Anthon Charmig – qui a obligé les équipes de sprinteurs à rouler à fond pour limiter l’écart.
Uno-X Mobility : une équipe qui ose, une équipe qui gagne
Uno-X Mobility vit un Tour de France en montagnes russes. Torstein Traeen a porté le maillot jaune pendant deux jours avant de chuter et de tout perdre dans le Tourmalet. Jonas Abrahamsen a dynamité la 9e étape à Ussel. Et voilà que Soren Waerenskjold, tombé la veille dans le Puy Mary, dernier de l’étape du Lioran, s’impose à Nevers au nez et à la barbe des cadors. Un géant au cœur tendre, qui a signé la plus belle victoire de sa carrière.
Avec ce succès, Uno-X devient la première équipe scandinave à remporter deux étapes sur un même Tour de France. Après Abrahamsen en 2025, Waerenskjold en 2026 : la formation norvégienne n’est plus une invitée, c’est une protagoniste.
Merlier enfermé, Pedersen en défense : le maillot vert en suspens
C’était l’étape que Tim Merlier avait cochée. Le Belge de Soudal Quick-Step, double vainqueur à Bordeaux et Bergerac, pouvait revenir à hauteur de Mads Pedersen au classement par points. Mais le scénario a viré au cauchemar.
Au sprint intermédiaire de Saint-Pourçain-sur-Sioule, c’est Jasper Philipsen qui a réglé le peloton pour les points restants, devant Max Kanter et Mads Pedersen. Merlier, déjà, était en retrait. À l’arrivée, le Belge a été enfermé dans le final chaotique et termine 15e. Il n’inscrit quasiment aucun point.
Résultat : Mads Pedersen conserve le maillot vert sans avoir brillé (il ne termine pas dans le top 10 de l’étape). Le Danois a limité la casse presque malgré lui. Biniam Girmay, 6e, perd également gros. La hiérarchie du classement par points ne bouge pas, mais les occasions de renverser la table se raréfient pour les poursuivants.
Les puristes crieront au scandale : un maillot vert qui se joue sur des sprints intermédiaires et des places d’honneur, est-ce vraiment ça l’esprit du classement par points ? Mais c’est aussi toute la beauté de ce maillot : il récompense la régularité, pas seulement la vitesse.
Julian Alaphilippe : la dégringolade continue
C’est une image qui fait mal. Julian Alaphilippe, double champion du monde (2020, 2021), lâché dans une côte de 4e catégorie, la Côte de Billy-Chevannes, à 36 kilomètres de l’arrivée. Le Français de Tudor Pro Cycling, qui avait pourtant attaqué dès le début de l’étape, n’a pas tenu le rythme.
Pire : après avoir perdu contact avec l’échappée, il a ensuite été distancé par le peloton. Il a franchi la ligne en dernière position (174e), à plus de sept minutes du vainqueur.
C’est le genre de dégringolade qui fait mal au coeur. Alaphilippe, qui a fait rêver la France entière en 2019 avec 14 jours en jaune, n’est plus que l’ombre de lui-même. À 34 ans, le puncheur de charme semble avoir perdu la flamme. Une page se tourne, et elle est douloureuse.
Philipsen reclassé, Kooij frustré : le sprint sous tension
Le final de Nevers a été marqué par une polémique. Jasper Philipsen, 3e sur la ligne, a d’abord été déclassé pour une embardée dans le sprint, laissant Milan Fretin (Cofidis) monter sur le podium. Mais les commissaires ont finalement annulé la pénalité et réintégré le Belge à sa place initiale.
Un soulagement pour Alpecin-Premier Tech, qui évite une nouvelle désillusion après les échecs de Pau, Bordeaux et Bergerac. Mais Philipsen reste sur une série frustrante : quatre sprints massifs, zéro victoire. Mathieu van der Poel, vainqueur à Ussel, semble être le seul coureur d’Alpecin capable de lever les bras sur ce Tour.
Olav Kooij, lui, peut nourrir des regrets. Le Néerlandais de Decathlon CMA CGM, vainqueur à Pau, a refusé de suivre son poisson-pilote Cees Bol dans le final. Résultat : Bol s’est envolé, Waerenskjold a suivi, et Kooij a dû se contenter de la 2e place. Une erreur de jeunesse qui coûte cher.
Et si Waerenskjold était le nouveau roi des Classiques ?
Soren Waerenskjold n’est pas un sprinteur pur. Avec son gabarit de 1,95 m pour 92 kg, il est taillé pour les classiques flandriennes. Vainqueur de l’Omloop Het Nieuwsblad en 2025, 2e à Bordeaux sur ce Tour, et désormais vainqueur à Nevers : le Norvégien construit un palmarès qui ressemble à celui d’un futur prétendant aux Monuments.
Avec sa puissance sur le plat, sa capacité à lancer de loin, et son audace dans les finals désorganisés, Waerenskjold a le profil idéal pour les pavés. Après cette victoire sur le Tour, il sera attendu au tournant en 2027.
La note TODAYCYCLING de l’étape
7/10. Une étape de plaine qui entre dans l’histoire grâce à un record de vitesse pulvérisé (50,91 km/h). L’échappée de quatre coureurs, dont un Julian Alaphilippe en sursis, a animé la journée et obligé le peloton à rouler à fond. Le sprint final, complètement décousu, a offert un vainqueur surprise et une belle histoire avec Waerenskjold. Un point en moins pour l’absence des grands noms du sprint dans le top 5 (Merlier 16e, Girmay 6e). Mais pour une étape de transition, le spectacle était au rendez-vous.
L’image qu’on retiendra
On retiendra ce moment où Soren Waerenskjold, bloqué le long des barrières sur la droite de la chaussée, voit un interstice s’ouvrir. Cees Bol vient de surgir, personne ne suit. Le Norvégien, 1,95 m, 92 kg, se glisse dans la brèche comme un félin. Il lance, il accélère, il creuse. Derrière lui, Olav Kooij et Jasper Philipsen reviennent comme des balles. Mais trop tard. Le géant scandinave lève les bras, incrédule, les yeux écarquillés. Tombé la veille, dernier du Lioran, « merdique » au départ : il est le roi de Nevers. Le cyclisme est un sport de contes de fées, et celui-ci est magnifique.
Les notes des coureurs
| Coureur | Mention | Analyse |
| Søren Waerenskjold | Excellent | Tombé la veille, il surgit des barrières et résiste à tout le peloton. Première victoire sur le Tour. Audacieux, puissant, inoubliable. |
| Olav Kooij | Très bon | 2e, mais il a refusé de suivre son lanceur Bol. Une erreur qui lui coûte la victoire. La vitesse est là, le regret aussi. |
| Jasper Philipsen | Au rendez-vous | 3e après déclassement annulé. Il monte enfin sur le podium d’un sprint. Mais toujours pas de victoire. |
| Cees Bol | À suivre | Son lancement-surprise a failli lui offrir l’étape. C’est Waerenskjold qui en a profité. Cruel. |
| Mathis Le Berre | Très bon | Dernier repris de l’échappée à 5,5 km. A roulé en 56×11 toute la journée. Respect. |
| Tim Merlier | Très décevant | Enfermé, 16e. Le maillot vert s’éloigne dangereusement. |
| Julian Alaphilippe | Très décevant | Lâché dans une côte de 4e catégorie, dernier à 7 minutes. Le crépuscule d’un champion. |
| Mads Pedersen | Au rendez-vous | Sans briller, il conserve le maillot vert. L’essentiel est sauf. |
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Il y a quelques années, les Uno-X n’étaient pas vraiment ou totalement considérés : vaillants et forts, mais un peu naifs dans leur manière de courir, le plus souvent la victoire leur échappait… Il y eut ensuite l’arrivée de Kristoff. Sans doute managée autrement, l’équipe a sérieusement progressé, et la victoire vient désormais à eux dans les plus grandes épreuves, Giro, Tour, etc…, avec nombre de leurs solides coureurs : Charmig, Dversnes, Abrahamsen ou ici Waerenskjold…
En effet, Kooij n’a pas choisi de suivre son lanceur Bol, et ce fut peut-être son erreur, préférant sans doute marquer Philipsen afin de le passer ensuite, comme il le fit à Bergerac, mais sans toutefois gagner, car Philipsen n’est pas forcément à son meilleur dans sa force ou ses initiatives… Lorsque Kooij prit l’initiative de lancer son propre sprint sans se soucier de sauter en bout de route, il l’emporta; c’était à Pau… Comme avec Merlier par deux fois, dans ces quatre premiers sprints du Tour, la victoire revient chaque fois à celui qui prend l’initiative de faire un effort total, sans trop chercher à prendre la roue d’un autre; la détermination et le désir absolu de vaincre prendraient le pas sur la malice ou la ruse du placement par rapport à l’adversaire…