Jonas Vingegaard a frappé une deuxième fois sur le Giro. Dans l’interminable ascension de Corno alle Scale, le Danois a déposé Felix Gall pour s’offrir un nouveau succès en solitaire. Si le double vainqueur du Tour assoit sa domination en montagne, le Portugais Afonso Eulalio a limité la casse en conservant sa tunique de leader avant le contre-la-montre.
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Jonas Vingegaard, le coup de grâce à Corno alle Scale : Gall humilié au sprint, le Maillot Rose miraculé
La grande explication : pourquoi l’attaque de Gall était un pari perdant
Pendant 9 kilomètres, on s’est demandé si l’histoire allait bégayer. Comme vendredi au Blockhaus, le train Decathlon CMA CGM a verrouillé le pied de l’ascension pour préparer le terrain à Felix Gall. Mais dans le cyclisme moderne, contrôler n’est pas gagner. À 2,5 km du but, dans un groupe de favoris déjà réduit à une poignée d’unités, l’Autrichien a placé une mine. Une attaque sèche, violente, conçue pour tuer le suspense. Problème : il a emmené avec lui le seul homme capable de le punir. Jonas Vingegaard n’a même pas eu besoin de sprinter pour prendre sa roue. Il s’est collé à lui comme une ombre, le regard fixe, le geste économe.
La suite est un cas d’école de gestion tactique. Vingegaard a refusé de passer. Pas un relais, pas une once d’effort superflu. Gall, piégé par son propre orgueil et l’obligation morale de ne pas laisser rentrer le groupe Piganzoli/Arensman lancé à 20 secondes derrière, a dû s’infliger une souffrance inutile sous la flamme rouge. Vingegaard, lui, attendait. Quand le Danois a placé son démarrage, ce ne fut pas une attaque mais une exécution. La différence de vitesse était presque gênante. En dix coups de pédale, l’écart était fait. À cet instant, la course était finie.

Vingegaard : La froideur clinique d’un cannibale en gestion d’effort
Il y a quelque chose de terrifiant dans la manière dont Jonas Vingegaard aborde ce Giro 2026. À l’arrivée, son visage n’affichait ni joie débordante ni soulagement. Juste la satisfaction du devoir accompli. “Nous sommes là où nous voulions être” a-t-il sobrement déclaré. C’est là toute la nuance : nous sommes en mai, le Tour de France est dans deux mois, et le Danois n’est pas en mode “show”, il est en mode “optimisation”.
Ce succès est sa 50e victoire en carrière, la deuxième en trois jours d’explication en haute montagne. Il n’a pas gagné pour reprendre le Maillot Rose immédiatement, il a gagné pour la cagnotte. Désormais, son matelas sur les autres favoris est conséquent. Surtout, psychologiquement, il a fait comprendre à Gall qu’en un contre un, même en étant affûté, l’Autrichien ne peut pas le battre. La comparaison avec les plus grands est inévitable : ce refus de relayer rappelle les heures sombres de l’ère Froome ou les calculs impitoyables d’Indurain. Vingegaard n’est pas venu jouer, il est venu compter.
Gall, l’éclatant loser : comment Decathlon a perdu une bataille qu’elle a gagnée
Felix Gall peut légitimement nourrir d’immenses regrets. Non pas sur sa condition, qui est exceptionnelle, mais sur le scénario. L’équipe Decathlon CMA CGM a livré une prestation tactique de très haut vol. Ils ont muselé l’échappée toute la journée, fait le ménage dans la montée, et placé leur leader en position de gagner. Mais à la pédale, Gall a confondu ambition et précipitation. Son attaque à 2,5 km était un aveu de faiblesse autant qu’une déclaration de force : il savait qu’il ne pouvait pas suivre Vingegaard sur une accélération, il a donc tenté de le surprendre. Cela n’a pas suffi.
Terminer deuxième, en reprenant du temps à tous les autres, reste une excellente opération au général. Mais le combat pour le maillot rose passe par une victoire d’étape, ne serait-ce que pour prendre les bonifications. À ce jeu, Gall est pour l’instant le Poulidor de ce Giro. Il est le seul à boxer dans la même catégorie que Vingegaard en haute montagne, mais il boxe avec un bras attaché dans le dernier kilomètre. La journée de repos arrive à point nommé pour qu’il digère la frustration.
Maillot Rose Eulalio : un leader en apnée qui tient bon
Que dire d’Afonso Eulalio ? Le Portugais de Bahrain-Victorious a terminé 5e de l’étape, à 41 secondes de Vingegaard. C’est l’écart de la résilience. On l’annonçait défaillant dans les fortes pentes après les signaux encourageants mais pas flamboyants du Blockhaus. Pourtant, le Maillot Rose s’est accroché au groupe des hommes forts, a laissé partir les fusées devant, et a géré son effort à la régulière. Il perd du temps, certes, mais il ne sombre pas.
Il faut saluer l’intelligence tactique de Bahrain-Victorious, qui n’a pas tenté de jouer le bras de fer avec Visma, préférant laisser Eulalio dans sa bulle. Alors que Giulio Pellizzari explosait complètement (22e de l’étape du jour), le Portugais limitait la casse. Son matelas de 2’24 sur Vingegaard reste fragile avant le chrono de mardi, mais il est toujours debout. À ce stade, c’est une victoire en soi.
Mathys Rondel, le nouveau prodige français qui fait taire les sceptiques
Dans l’ombre des ténors, Mathys Rondel a livré une copie parfaite. 7e de l’étape à 46 secondes, le Français de la Tudor Pro Cycling confirme qu’il n’est pas un simple feu de paille. Pour un coureur de son jeune âge, se mêler à la lutte dans une troisième semaine virtuelle alors que la première n’est même pas terminée est un signal très fort envoyé au peloton.
Sa progression est fulgurante et sa capacité à suivre le rythme de Thymen Arensman ou Davide Piganzoli dans les derniers hectomètres force le respect. La formation suisse tient peut-être là le futur coureur de classement général qu’elle espérait tant. Ce Top 10 au général n’est pas un accident, c’est une promesse.
Giulio Pellizzari, le rêve italien brisé dans les pentes assassines
C’est l’image dramatique du jour. À 4 km du sommet, quand la route s’est cabrée, Giulio Pellizzari a calé. Le prodige des tifosi, porteur du maillot blanc, a vu sa roue avant se bloquer mentalement. Il a déboursé 1’28 sur Vingegaard, glissant de la 6e à la 9e place au général. L’addition est salée, presque cruelle pour celui qui portait les espoirs de tout un pays.
Cette défaillance pose une vraie question physique : a-t-il sous-estimé la dépense énergétique des jours précédents ? La volonté de défendre son maillot de meilleur jeune ne lui a-t-elle pas fait griller des allumettes inutiles ? Toujours est-il qu’avant même les grands cols de la dernière semaine, le Vésuve italien est en sommeil. Il lui faudra un mental d’acier pour inverser la tendance mardi lors du contre-la-montre.
Le duel Vingegaard-Gall peut-il survivre à une course d’équipe ?
Les deux hommes semblent voler au-dessus du lot en montagne, mais les dynamiques d’équipe sont radicalement opposées. Visma possède le luxe de rouler avec Piganzoli en lieutenant de luxe, quand Gall doit souvent se dévouer seul dans le final. La supériorité numérique de Visma est-elle en train de tuer le spectacle, ou est-ce le prix à payer pour avoir le meilleur coureur du monde avec soi ? Faut-il blâmer la stratégie attentiste de Decathlon ou la force collective écrasante de la ruche jaune ?
Qui a le plus à perdre mardi dans le chrono de Massa ?
Avec 42 km de contre-la-montre au programme après le jour de repos, la hiérarchie peut basculer. Vingegaard est un rouleur de classe mondiale, mais Afonso Eulalio est une surprise constante. Et si le chrono était le juge de paix des ambitions italiennes ? Giulio Pellizzari, déjà en souffrance, peut-il limiter la casse ou va-t-il sortir du Top 15 ? Quel coureur, selon vous, a le plus à craindre de l’exercice solitaire : un grimpeur léger comme Eulalio, ou un puncheur dépassé en altitude ?
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Classement Giro 2026, Etape 9 : Top 20
- VINGEGAARD JONAS, Team Visma | Lease a Bike les 184 km en 4:20:21 (42,4 km/h)
- GALL FELIX, Decathlon CMA CGM Team +0:12
- PIGANZOLI DAVIDE, Team Visma | Lease a Bike +0:34
- ARENSMAN THYMEN, Netcompany INEOS m.t.
- EULÁLIO AFONSO, Bahrain – Victorious +0:41
- GEE-WEST DEREK, Lidl – Trek +0:46
- RONDEL MATHYS, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- KUSS SEPP, Team Visma | Lease a Bike m.t.
- HINDLEY JAI, Red Bull – BORA – hansgrohe +0:50
- STORER MICHAEL, Tudor Pro Cycling Team m.t.
- CICCONE GIULIO, Lidl – Trek +0:57
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team +1:06
- VAN EETVELT LENNERT, Lotto Intermarché m.t.
- CARUSO DAMIANO, Bahrain – Victorious +1:12
- DE LA CRUZ DAVID, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team m.t.
- BELOKI MARKEL, EF Education – EasyPost m.t.
- BERNAL EGAN, Netcompany INEOS m.t.
- O’CONNOR BEN, Team Jayco AlUla m.t.
- HIRT JAN, NSN Cycling Team m.t.
- LÓPEZ HAROLD MARTÍN, XDS Astana Team m.t.
Classement général Giro 2026 après la 9e étape : Top 20
- EULÁLIO AFONSO, Bahrain – Victorious en 38:49:44
- VINGEGAARD JONAS, Team Visma | Lease a Bike +2:24
- GALL FELIX, Decathlon CMA CGM Team +2:59
- HINDLEY JAI, Red Bull – BORA – hansgrohe +4:32
- SCARONI CHRISTIAN, XDS Astana Team +4:43
- ARENSMAN THYMEN, Netcompany INEOS +5:00
- RONDEL MATHYS, Tudor Pro Cycling Team +5:01
- O’CONNOR BEN, Team Jayco AlUla +5:03
- PELLIZZARI GIULIO, Red Bull – BORA – hansgrohe +5:15
- STORER MICHAEL, Tudor Pro Cycling Team +5:20
- BELOKI MARKEL, EF Education – EasyPost +6:02
- HIRT JAN, NSN Cycling Team +6:11
- PIGANZOLI DAVIDE, Team Visma | Lease a Bike m.t.
- GEE-WEST DEREK, Lidl – Trek +6:15
- BERNAL EGAN, Netcompany INEOS +6:49
- CARUSO DAMIANO, Bahrain – Victorious +7:03
- VAN EETVELT LENNERT, Lotto Intermarché +7:37
- KUSS SEPP, Team Visma | Lease a Bike +8:24
- ARRIETA IGOR, UAE Team Emirates – XRG +8:27
- HARPER CHRIS, Pinarello Q36.5 Pro Cycling Team +8:29
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