Il était enfermé à 150 mètres de la ligne d’arrivée. Coincé derrière Mads Pedersen, la voie bouchée, le sprint qui s’ouvrait devant lui sans qu’il puisse y prendre part. Et puis Tim Merlier a donné un coup d’épaule, s’est libéré, et a lancé. Une fusée, encore. Le Belge de Soudal Quick-Step a survolé le sprint de la 12e étape à Chalon-sur-Saône, décrochant sa troisième victoire sur ce Tour 2026, sa 75e en carrière, sa 6e sur la Grande Boucle. Olav Kooij (2e) et Jasper Philipsen (3e) n’ont rien pu faire. Derrière, une chute massive a projeté Fernando Gaviria et Dorian Godon au sol. Le sprint a tenu toutes ses promesses, et Merlier a tenu son rang.
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Merlier, le roi du sprint : comment le Belge a décroché son triplé à Chalon-sur-Saône dans un final de chaos
L’ESSENTIEL EN 30 SECONDES :
Tim Merlier (Soudal Quick-Step) a remporté la 12e étape du Tour de France 2026 à Chalon-sur-Saône, signant sa troisième victoire sur cette 113e édition après Bordeaux et Bergerac. Le Belge a devancé Olav Kooij (Decathlon CMA CGM) et Jasper Philipsen (Alpecin-Premier Tech) dans un sprint marqué par une lourde chute impliquant Fernando Gaviria et Dorian Godon dans le dernier kilomètre. Baptiste Veistroffer, échappé une grande partie de la journée, a reçu le prix de la combativité. Tadej Pogacar conserve le maillot jaune sans encombre. Merlier compte désormais 6 victoires sur le Tour.
LE CHIFFRE QUI TUE : 3
3. Comme le nombre de victoires de Tim Merlier sur ce Tour 2026. Le Belge a fait carton plein sur les trois sprints massifs qu’il a disputés sans encombre : Bordeaux, Bergerac, Chalon-sur-Saône. Seul Olav Kooij à Pau l’a privé d’un Grand Chelem. Avec désormais 6 victoires sur le Tour en quatre participations, Merlier tourne à une moyenne de 1,5 succès par édition. À 33 ans, il est le sprinteur le plus efficace de sa génération. Et il a fait tout ça sans poisson-pilote depuis l’abandon de Bert Van Lerberghe.
Comment Merlier a-t-il gagné après avoir été enfermé à 150 mètres ?
C’est la marque des très grands. Tim Merlier était coincé. À 150 mètres de la ligne d’arrivée, le Belge se trouvait bloqué derrière Mads Pedersen, la voie obstruée, le sprint lancé devant lui. Jasper Philipsen venait de jaillir, Milan Fretin aussi. Merlier, lui, ne pouvait que regarder.
Et puis il a fait ce que seuls les champions savent faire. Un coup d’épaule pour se dégager de Pedersen, une ouverture qui se dessine, et une accélération foudroyante. Le résultat : une victoire nette, sans contestation possible.
« Je savais que ce type d’arrivée me convenait » a-t-il confié à l’arrivée au micro de France TV. La longue ligne droite de Chalon-sur-Saône, 1,6 kilomètre de bitume, était taillée pour sa puissance. Et malgré une journée harassante pour son équipe Soudal Quick-Step, harcelée par les offensives de Lidl-Trek, Merlier a gardé son sang-froid. Jasper Stuyven, son lanceur, a connu une frayeur avec un pneu crevé.
Merlier ne gagne pas parce qu’il a le meilleur train. Il gagne parce qu’il est le plus fort, le plus malin, et le plus patient.
Une chute massive qui a glacé le final
Le sprint de Chalon-sur-Saône restera aussi marqué par une chute spectaculaire dans le dernier kilomètre. Fernando Gaviria (Caja Rural-Seguros RGA) a heurté la roue arrière d’un coureur de Bahrain Victorious, perdant le contrôle de sa machine et entraînant une dizaine de coureurs au sol.
Dorian Godon (Netcompany INEOS), auteur d’un véritable soleil, a lourdement chuté. Jonas Abrahamsen (Uno-X Mobility), Jenno Berckmoes (Lotto-Intermarché) : la liste des coureurs impliqués est longue. Gaviria semble être le plus sévèrement touché. Des abandons pourraient être annoncés dans les heures qui viennent.
La chute a coupé le peloton en deux. Olav Kooij, ralenti, a dû puiser dans ses réserves pour remonter. Il a finalement pris la 2e place, mais le mal était fait. Merlier, lui, était devant. Comme souvent, le meilleur moyen d’éviter les chutes, c’est d’être le plus rapide.
Lidl-Trek a tout tenté, Merlier a tout contré
C’est l’autre histoire de cette 12e étape. L’équipe Lidl-Trek, avec le maillot vert Mads Pedersen, a livré une démonstration d’offensive. Pendant 40 kilomètres, les coureurs de la formation américaine ont dynamité la course.
Quinn Simmons a lancé les hostilités à 35 kilomètres de l’arrivée, formant un groupe de 14 coureurs qui a obligé Soudal Quick-Step à puiser dans ses réserves. Puis Mattias Skjelmose, 8e du classement général, a relancé. Toms Skuijns a attaqué dans la côte de Montagny-lès-Buxy. Simmons, encore. Et enfin Mads Pedersen lui-même, à 16, 14 et 11 kilomètres de l’arrivée, a tenté de surprendre les sprinteurs.
En vain. Les équipes de sprinteurs ne voulaient pas laisser filer cette probable dernière occasion avant les Alpes. Soudal Quick-Step, Alpecin-Premier Tech, NSN : toutes ont collaboré pour recoller. Lidl-Trek a tout essayé, mais Merlier était intouchable.
Pedersen a perdu la bataille du jour, mais il a montré qu’il était un maillot vert offensif, digne des plus grands.
Baptiste Veistroffer : le sanglier solitaire encore à l’honneur
Il faut une nouvelle fois saluer Baptiste Veistroffer. Le coureur de la Lotto Intermarché a encore animé l’étape de la première à la dernière minute. D’abord seul en tête, il a été rejoint par Damiano Caruso (Bahrain Victorious), Ewen Costiou (Groupama-FDJ United) et Mattéo Vercher (TotalEnergies). Puis il s’est retrouvé esseulé à 50 kilomètres de l’arrivée, avant d’être repris à 33 kilomètres du but.
Le Breton de Lotto-Intermarché a reçu le prix de la combativité, une récompense méritée pour celui qui aura passé plus de kilomètres en échappée que quiconque sur ce Tour. À Pau (144 km seul), à Bordeaux (156 km en duo), à Bergerac (40 km en solitaire), et maintenant à Chalon-sur-Saône : Veistroffer est l’âme de cette 113e édition.
Philipsen encore battu, Kooij encore deuxième : la malédiction continue
Jasper Philipsen a tout eu pour lui. Trois équipiers d’Alpecin-Premier Tech devant lui à la flamme rouge. Mathieu van der Poel en lanceur de luxe. Une longue ligne droite taillée pour sa puissance. Et pourtant, le Belge a encore calé. 3e, comme la veille à Nevers. Il n’a jamais été en mesure de rivaliser avec Merlier.
Le constat est cruel : le meilleur train du monde n’a toujours pas gagné un sprint massif sur ce Tour.
Olav Kooij, lui, peut nourrir des regrets. 2e pour la deuxième journée consécutive, le Néerlandais de Decathlon CMA CGM est régulier, puissant, mais il lui manque ce petit supplément d’âme qui fait les vainqueurs. Ralenti par la chute, il a dû puiser dans ses réserves pour remonter. Trop tard. Merlier était déjà loin.
Le maillot vert : Pedersen résiste, mais l’écart se resserre
Mads Pedersen a vécu une journée contrastée. Le Danois de Lidl-Trek a tout tenté pour dynamiter la course, attaquant lui-même à trois reprises dans le final. Il termine 9e de l’étape, mais 2e du sprint intermédiaire.
Au classement par points, Pedersen conserve la tête avec 357 points, devant Biniam Girmay (317 points) et Jasper Philipsen (311 points). Tim Merlier, malgré ses trois victoires, n’a jamais joué le classement par points et reste plus loin. Mais le Belge a prouvé qu’il était le sprinteur le plus rapide du monde. Le maillot vert, lui, récompense la régularité. Deux philosophies qui s’affrontent, et c’est toute la beauté de ce classement.
Et si Merlier était tout simplement le meilleur sprinteur du monde ?
C’est la question qui ne se pose même plus. Tim Merlier a remporté trois des cinq sprints massifs de ce Tour 2026. Il l’a fait sans son poisson-pilote Bert Van Lerberghe, abandonné dans les Pyrénées. Il l’a fait en étant enfermé, en étant mal placé, en étant parfois livré à lui-même. Il l’a fait à Bordeaux, à Bergerac, à Chalon-sur-Saône. À chaque fois avec la même autorité.
En face, Olav Kooij est régulier, Jasper Philipsen a le meilleur train du monde, Biniam Girmay est complet. Mais aucun n’a la pointe de vitesse pure du Belge. Sur une ligne droite, sur un sprint massif, Merlier est intouchable.
La note TODAYCYCLING de l’étape
7/10. Une étape de plaine qui a tenu toutes ses promesses. L’échappée de Veistroffer, le baroud offensif de Lidl-Trek, le sprint massif avec son lot de suspense et de chaos : la journée a été animée de bout en bout. La chute massive dans le dernier kilomètre assombrit le tableau, mais elle rappelle aussi la dangerosité des arrivées au sprint. Le triplé de Merlier est la cerise sur le gâteau : un champion au sommet de son art, une victoire chargée d’émotion avec sa famille présente. Un point en moins pour la nervosité excessive du final.
L’image qu’on retiendra
On retiendra ce moment où Tim Merlier, enfermé à 150 mètres de la ligne, donne un coup d’épaule pour se dégager de Mads Pedersen. Le Belge voit l’ouverture, lance son sprint, et s’envole. Derrière lui, Fernando Gaviria est au sol, le peloton est coupé en deux, la chute jette une ombre sur le final. Mais Merlier est déjà loin, les bras levés, le regard tourné vers sa famille présente sur la ligne. La 75e victoire de sa carrière, la 6e sur le Tour, la 3e sur cette édition. Le roi du sprint a frappé, et personne n’a rien pu faire.
Les notes des coureurs
| Coureur | Mention | Analyse |
| Tim Merlier | Excellent | Enfermé à 150 m, il se libère et s’impose. Troisième victoire, 75e en carrière. Intouchable. |
| Baptiste Veistroffer | Excellent | Encore une échappée, encore un numéro en solitaire. Prix de la combativité. L’âme du Tour. |
| Olav Kooij | Très bon | 2e pour la deuxième fois consécutive. Ralenti par la chute, il revient fort. La victoire est proche. |
| Mads Pedersen | Très bon | A tout tenté : attaques, sprint intermédiaire, offensives. Le maillot vert est offensif. |
| Jasper Philipsen | Décevant | Trois équipiers devant lui, Van der Poel en lanceur, et pourtant 3e. La malédiction continue. |
| Lidl-Trek | Très bon | Simmons, Skjelmose, Skuijns, Pedersen : ils ont dynamité la course. Mention collective. |
| Fernando Gaviria | Chute lourde dans le final. Des nouvelles rassurantes attendues. | |
| Dorian Godon | Pris dans la chute. Journée noire pour le Français. |
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